Le sport vi­trine des tech­no­lo­gies

Le sport est en­va­hi par la tech­no­lo­gie à tous les ni­veaux. De l’en­traî­ne­ment du spor­tif à la mise en condi­tion du sup­por­ter, jusque de­vant sa té­lé­vi­sion, la tech­no­lo­gie règne en maître. C’est à croire que la tech­no­lo­gie do­mine le sport lui- même !

L'Informaticien - - SOMMAIRE - BER­TRAND GA­RÉ

On s’était ha­bi­tué à voir le lo­go des en­tre­prises tech­no­lo­giques sur les bo­lides en For­mule 1, ou comme spon­sor des ba­teaux à voile en­ga­gés dans les courses au large, la Route du Rhum et autres Tro­phée Jules- Verne. De­puis peu le phé­no­mène tech­no touche tous les sports : foot­ball, rug­by, tennis ; même les sports « d’es­prit » , comme les échecs ou le go, passent sous la coupe de la tech­no­lo­gie. Car elle est pré­sente à toutes les étapes d’une com­pé­ti­tion spor­tive, à tel point qu’elle va jus­qu’à chan­ger des règles sé­cu­laires. Ain­si la VAR, la vi­déo lors des matchs de foot­ball a in­con­tes­ta­ble­ment mo­di­fié le dé­rou­lé des com­pé­ti­tions, tout comme la « goal

line » ou le « hawk eye » en tennis. Il n’en reste pas moins que la dé­ci­sion reste à l’ar­bitre et à son ap­pré­cia­tion don­nant ain­si l’oc­ca­sion de mul­tiples gloses et dé­bats le plus sou­vent in­utiles du fait qu’il est très rare que les fé­dé­ra­tions re­viennent sur une dé­ci­sion prise lors d’un match. Seul exemple, l’an­nu­la­tion de la sus­pen­sion d’un joueur à la suite d’un car­ton rouge, fi­na­le­ment ju­gé trop sé­vère.

Sous le maillot, une bras­sière GPS

La ré­vo­lu­tion du Big Da­ta et la pos­si­bi­li­té de trai­ter très ra­pi­de­ment un vo­lume de données im­por­tant est à l’ori­gine du phé­no­mène de l’ana­lyse des per­for­mances des spor­tifs ; le phé­no­mène est dé­jà an­cien. Aux États- Unis, Billy Beane fût un pré­cur­seur comme coach des Oak­land Ath­le­tics, une équipe de Base Ball. Il a été l’un des pre­miers à s’ap­puyer sur les statistiqu­es à la fois pour com­po­ser son équipe mais aus­si pour ana­ly­ser la performanc­e de joueurs avec des ré­sul­tats qui, à l’époque, ont sur­pris tous les ob­ser­va­teurs mal­gré le conser­va­tisme et le re­jet de ses mé­thodes même à l’in­té­rieur de son club. Un film cé­lèbre, Mo­ney­ball en an­glais ou Le Stra­tège dans sa ver­sion fran­çaise, avec Brad Pitt dans le rôle prin­ci­pal, a été réa­li­sé sur son ex­pé­rience. Au­jourd’hui, tous les sports amé­ri­cains se sont conver­tis : NFL, NHL, NBA… En rug­by, ce­la fait plus de dix ans que les Néo- zé­lan­dais ou les Aus­tra­liens ont re­cours à dif­fé­rentes tech­no­lo­gies pour amé­lio­rer la performanc­e des joueurs dès l’en­traî­ne­ment. Au foot­ball, le phé­no­mène est plus ré­cent. Mais au­jourd’hui tous les sports s’ap­puient sur des tech­no­lo­gies de ce type pour amé­lio­rer les per­for­mances des ath­lètes en tous genres, et ce, quel que soit leur ni­veau. La prin­ci­pale uti­li­sa­tion se réa­lise à par­tir de cap­teurs GPS pla­cés dans les maillots ou dans une bras­sière por­tée sous le maillot. Ce cap­teur, ain­si que d’autres sur les maillots, en­re­gistre dif­fé­rents pa­ra­mètres comme la fré­quence car­diaque, le vo­lume d’oxy­gé­na­tion… Côté rug­by, le cap­teur est pla­cé entre les omo­plates, seule zone où il ne risque pas

de bles­ser le joueur lors d’un choc ou d’une chute sur le dos du fait du vo­lume des muscles tra­pèzes. Il en­re­gistre aus­si la vi­tesse et les déplacemen­ts des joueurs. Un ac­cé­lé­ro­mètre en­re­gistre et comp­ta­bi­lise les chocs au- de­là des 3G ( plus de 3 fois le poids du corps). Un choc entre joueurs est au­jourd’hui de l’ordre de 6G, pas si loin des 9G qu’en­caisse par­fois un pi­lote de chasse dans son ap­pa­reil. Autre in­no­va­tion à Cler­mont- Fer­rand où les en­traî­ne­ments et les matchs sont sui­vis par des drones qui filment l’en­semble des évo­lu­tions sur le ter­rain.

Amé­lio­rer la vi­sion du jeu

Les en­traî­ne­ments de foot­ball du TSG Hof­fen­heim, près de Stutt­gart, s’ap­puient sur des tech­niques très fines qui ont re­cours à la vi­déo et à la psy­cho­lo­gie cog­ni­tive. Ju­lian Na­gels­mann, l’en­traî­neur du club, a fait ins­tal­ler des ca­mé­ras tout au­tour du stade pour vi­sua­li­ser ce qui se passe pen­dant l’en­traî­ne­ment ; il réunit les joueurs en fin de séance pour in­di­quer à cha­cun les points à amé­lio­rer. Par ailleurs, le club s’est équi­pé d’un écran de la taille d’une pièce qui rend la vi­sua­li­sa­tion d’un ter­rain en taille réelle. Jus­qu’à cinq foot­bal­leurs s’alignent sur l’écran que re­garde un de leurs co­équi­piers. Les cinq joueurs courent en­suite dans tous les sens et re­viennent s’ali­gner de­vant lui. Ce der­nier doit re­trou­ver les places qu’ils oc­cu­paient lors du pre­mier ali­gne­ment. Cet exer­cice spec­ta­cu­laire a pour but d’aug­men­ter la vi­sion du jeu du joueur mais aus­si d’amé­lio­rer sa prise de dé­ci­sion en match afin de pas­ser le bal­lon au bon mo­ment. Au FC Bar­ce­lone, les tech­niques uti­li­sées sont plus proches de celles consta­tées dans d’autres sports, comme au rug­by avec un boî­tier en­re­gis­treur de dif­fé­rents pa­ra­mètres à par­tir du­quel les in­for­ma­tions sont trans­mises en WiFi – ou autres pro­to­coles de connexion – vers les or­di­na­teurs des pré­pa­ra­teurs phy­siques pour ca­li­brer la charge de tra­vail pour chaque joueur. Une par­ti­cu­la­ri­té ce­pen­dant, un lo­gi­ciel pour suivre le som­meil du joueur pen­dant son temps de re­pos. En fait un contrôle in­di­rect de son mode vie et de son hy­giène spor­tive ! En ef­fet, l’en­traî­ne­ment doit être adap­té en fonc­tion de chaque joueur pour évi­ter une charge trop lourde et donc un risque de bles­sure qui ren­drait in­dis­po­nible le joueur et, pour les jeunes joueurs, obé­re­rait leur pro­gres­sion. Au Stade Tou­lou­sain par exemple, les en­traî­ne­ments ont une gra­nu­la­ri­té très fine, en par­ti­cu­lier pour les équipes Espoir ou Ju­nior et ain­si évi­ter la casse lors des dif­fé­rents exer­cices. Les ana­lyses des pré­pa­ra­teurs phy­siques se font en temps réel sui­vant les données reçues de­puis les cap­teurs pré­ci­tés.

Un faible taux de bles­sure amé­liore le clas­se­ment

Un exemple pro­bant sur ce point est la performanc­e de Ge­tafe, un club de foot­ball de la ban­lieue ma­dri­lène qui a ter­mi­né à une très ho­no­rable 5e place lors du der­nier cham­pion­nat d’Espagne. L’équipe ex­plique son clas­se­ment fi­nal par un très faible taux de bles­sure au cours de la sai­son, soit huit bles­sures. En com­pa­rai­son le Real Ma­drid a connu trente bles­sures. Le club du Ge­tafe uti­lise un lo­gi­ciel dé­ve­lop­pé par deux an­ciens agents du Mos­sad, le ser­vice de ren­sei­gne­ment is­raé­lien, pour éta­lon­ner son en­traî­ne­ment.

Les mêmes tech­no­lo­gies sont uti­li­sées pen­dant les matchs per­met­tant aux coachs et dif­fé­rents spé­cia­listes de pré­voir les chan­ge­ments, de re­voir la tac­tique et de sé­rier les per­for­mances des joueurs. Les ana­lyses de SAP pour la Mann­schaft al­le­mande lors de la Coupe du monde 2014 au Brésil, rem­por­tée par elle, et l’uti­li­sa­tion faite de celles- ci par son coach Joa­chim Löw avait été lar­ge­ment mise en avant. De­puis, l’en­semble des équipes na­tio­nales de foot­ball se sont équi­pées. Dans les tour­nois WTA, le clas­se­ment fé­mi­nin du tennis mon­dial, SAP four­nit des statistiqu­es pour les coachs qui peuvent échan­ger pen­dant la mi­nute de re­pos avec la joueuse pour lui in­di­quer comment adap­ter son jeu face à son ad­ver­saire. Le lo­gi­ciel ana­lyse l’en­semble des points avec les angles de balles uti­li­sés ain­si que des statistiqu­es sur les points réa­li­sés : coup droit, re­vers, pre­mier ser­vice, zones de ser­vices, zones de re­tour de ser­vice… Tous est re­vu en temps réel et offre la pos­si­bi­li­té au coach de mieux en­ca­drer la joueuse et de lui four­nir des élé­ments utiles pour son match. Tous les clubs que nous avons cités connaissen­t la réus­site, non seule­ment par la tech­no­lo­gie ap­pli­quée aux spor­tifs mais aus­si parce qu’ils ont les moyens fi­nan­ciers pour le faire avec des sup­por­ters en­ga­gés ve­nant au stade et dé­pen­sant sou­vent des sommes im­por­tantes sur des pro­duits dé­ri­vés comme les mai l lot s. À Bar­ce­lone, la bou­tique du FC Bar­ce­lone s’étend sur un im­meuble en­tier où vous pou­vez trou­ver à peu près tout ce que vous sou­hai­tez es­tam­pillé du lo­go du club. Tout est fait pour que le fan reste en con­tact avec son club de coeur. Ap­pli­ca­tion mo­bile, SMS, statistiqu­es, soi­rée dé­diée avec des concours, ac­cès pré­fé­ren­tiel au stade avec la pos­si­bi­li­té de choi­sir son siège, sont pré­sents pour que le sup­por­ter se sente comme chez lui, que ce soit en de­hors ou dans l’en­ceinte du stade. Des ef­forts im­por­tants sont réa­li­sés par les clubs en ce sens. Ceux de Pre­mier League an­glaise fe­raient la course en tête dans ce do­maine, mais le phé­no­mène ar­rive pe­tit à pe­tit en France avec les stades de Lyon, Nice et d’autres : là par un ré­seau de com­mu­ni­ca­tion WiFi, le fan peut re­vivre l’ac­tion qui vient de se dé­rou­ler ou com­man­der une bois­son et un sand­wich sans bou­ger de son siège en payant sur l’ap­pli­ca­tion du club.

Des sup­por­ters tou­jours plus sup­por­ter…

Il est dé­sor­mais pos­sible d’al­ler au stade sans avoir sur soi le moindre cash, tout est pré­payé ou par le ca­nal de l’ap­pli­ca­tion. Le Mia­mi Heat, un club de NBA ( Na­tio­nal Bas­ket As­so­cia­tion), un des clubs amé­ri­cains les plus re­nom­més, a vu la plu­part de ses meilleurs joueurs par­tir vers d’autres rêves de titre. Le Mia­mi Heat s’est vu ain­si re­de­ve­nir une équipe moyenne. Or, par l’in­ter­mé­diaire d’une ap­pli­ca­tion mo­bile et d’ou­tils d’ana­lyses sur les seg­men­ta­tions de sup­por­ters, le club a réus­si, en ce temps de vaches maigres, a aug­men­ter ses re­ve­nus de 10 % tout en en­ga­geant da­van­tage ses fans. Cette ex­pé­rience est qua­si com­mune dans les salles, ter­rains ou pa­ti­noires amé­ri­caines. Que ce soit le Le­vi’s Sta­dium, à San­ta Cla­ra, la SAP Are­na, à San Jose, la mai­son de l’équipe des Sharks, au ho­ckey sur glace, la plu­part des équi­pe­ments sont ain­si prêtes à ac­cueillir le sup­por­ter dans les meilleures condi­tions.

… même à la mai­son

Ce phé­no­mène touche aus­si les fans lors­qu’ils dé­cident de res­ter chez eux avec la pos­si­bi­li­té par des té­lé­vi­sions connec­tées de faire des com­men­taires sur les ré­seaux so­ciaux, de dia­lo­guer avec des membres de l’équipe ou du staff avant, pen­dant et après le match et re­cueillir ain­si les im­pres­sions des fans sur le spec­tacle. Par l’ap­pli­ca­tion, ceux- ci re­çoivent les mêmes statistiqu­es que ceux pré­sents dans l’en­ceinte du stade et comme eux ils peuvent vi­sua­li­ser les ac­tions en re­play. Bon, soyons clair, tout ce­la se fait sur des mes­sages sur­taxés et l’engagement du fan est là pour don­ner les moyens au club de se dé­ve­lop­per, d’ache­ter des stars qui fe­ront ve­nir d’autres sup­por­ters et de fi­dé­li­ser les fans exis­tants, etc. Bref, tout ce­la sou­tien le sport bu­si­ness qui né­ces­site au­jourd’hui d’avoir un spec­tacle de qua­li­té, donc des spor­tifs au top de leur forme pour four­nir un beau spec­tacle et pro­cu­rer des émo­tions au fan pré­sent, prêt à dé­pen­ser ses de­niers en ti­ckets, pro­duits dé­ri­vés et autres ani­ma­tions. La ten­dance est iné­luc­table et les clubs qui ne s’y conver­tissent pas de­vront re­voir leurs am­bi­tions à dé­faut de dis­pa­raître. ❍

Le Le­vi Sta­dium mai­son des 49ers ( Four­tyNi­ners) de San Francisco en NFL.

Le TSG Hof­fen­heim, près de Stutt­gart, s’ap­puie sur des tech­niques très fines lors de ses en­traî­ne­ments en ayant re­cours à la vi­déo et à la psy­cho­lo­gie cog­ni­tive.

Billy Beane, le coach de l’équipe de Base Ball des Oak­land Ath­le­tics, a été un pré­cur­seur de l’ex­ploi­ta­tion de la tech­no­lo­gie dans le sport de haut ni­veau.

Au rug­by, un cap­teur GPS est pla­cé entre les omo­plates, seule zone où il ne risque pas de bles­ser le joueur lors d’un choc ou d’une chute sur le dos, grâce au vo­lume des muscles tra­pèzes.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.