Que valent les plates- formes pour free­lances ?

L'Informaticien - - SOMMAIRE - JÉ­RÔME CARTEGINI

Les free­lances en in­for­ma­tique comme les dé­ve­lop­peurs full stack, les chefs de pro­jets web, les in­gé­nieurs ré­seau ou en­core les spé­cia­listes de la cy­ber­sé­cu­ri­té sont par­ti­cu­liè­re­ment re­cher­chés. Le phé­no­mène est tel qu’il a fait naître une my­riade de nou­velles plates- formes spé­cia­le­ment dédiées à ces mé­tiers.

Fa­vo­ri­sé par les der­nières ré­formes du Code du tra­vail, le mar­ché de l’en­tre­pre­neu­riat ex­plose dans l’hexa­gone, qui compte dé­sor­mais plus de 3 mil­lions de tra­vailleurs in­dé­pen­dants. Que ce­la soit dans le cadre d’une ac­ti­vi­té prin­ci­pale ou pour com­plé­ter des re­ve­nus, ils sont de plus en plus nom­breux à pro­po­ser leurs ser­vices via des plates- formes généralist­es de mise en re­la­tion comme Up­work ou Malt ( ex Hop­work). La mon­tée en puis­sance de l’ex­ter­na­li­sa­tion du tra­vail n’est pas seule­ment due à une offre de plus en plus consé­quente, mais éga­le­ment à une de­mande crois­sante des en­tre­prises qui n’hé­sitent plus à faire ap­pel aux in­dé­pen­dants pour leur

confier tous types de mis­sions via ces plates- formes.

En plein es­sor, les plates- formes généralist­es de mise en re­la­tion ou spé­cia­li­sées par mé­tier pul­lulent sur le Web. Pion­nière du secteur, la plate- forme gé­né­ra­liste amé­ri­caine odesk ( re­bap­ti­sée de­puis Up­work) qui a été créée en 2003 do­mine tou­jours très lar­ge­ment le secteur. Bien qu’elle soit uni­que­ment en an­glais, elle pro­pose des op­por­tu­ni­tés de tra­vail pour les free­lances dans le monde en­tier, y com­pris dans les pays fran­co­phones. Elle doit tou­te­fois faire face à une concur­rence de plus en plus fé­roce avec l’ar­ri­vée de plates- formes spé­cia­li­sées par mé­tier - Co­deur, Crème de la Crème, Malt, Free­lance In­for­ma­tique, etc., mais éga­le­ment des mas­to­dontes comme Via­deo et Lin­kedin qui ont in­ves­ti le secteur avec leurs ser­vices res­pec­tifs Free­lance et Pro­fin­der. Tous les feux sont au vert pour ce type de ser­vices qui ré­pond à une offre et une de­mande de plus en plus forte sur le mar­ché en pleine

mu­ta­tion de l’en­tre­pre­neu­riat. Pour Thi­baud Droin, di­rec­teur gé­né­ral de Free­lance In­for­ma­tique, le suc­cès des plates- formes de mise en re­la­tion entre les in­dé­pen­dants et les clients est dû à plu­sieurs fac­teurs : « Le mar­ché se dé­ve­loppe for­te­ment de­puis 2014/ 2015, tant en vo­lume de free­lances qu’en clients sou­hai­tant faire ap­pel à ce type de mo­dèles. Au- de­là de cette forte ten­dance, on sent que com­pa­ré à il y a 10 ans où la mo­ti­va­tion était prin­ci­pa­le­ment fi­nan­cière, les in­ter­ve­nants se lancent en Free­lance ma­jo­ri­tai­re­ment pour choi­sir leurs mis­sions – in­ter­ve­nir dans le do­maine tech­nique ou le secteur d’ac­ti­vi­té qui leur plaît, en dé­ve­lop­pant leurs ex­per­tises se­lon leur vi­sion des choses –, et avoir la maî­trise de leur rythme de tra­vail, no­tam­ment pour trou­ver un meilleur équi­libre de vie per­son­nelle et pro­fes­sion­nelle. En pra­tique, l’as­pect éco­no­mique reste im­por­tant, mais il est main­te­nant com­bi­né avec des fac­teurs de mo­ti­va­tion plus per­son­nels et in­di­vi­dua­li­sés. »

Avan­tages et in­con­vé­nients

Les plates- formes pos­sèdent de nom­breux avan­tages pour les in­dé­pen­dants. Ils peuvent en ef­fet ga­gner beau­coup de temps en pros­pec­tion et s’ap­puyer sur les in­for­ma­tions re­cueillies par ces ser­vices sur les en­tre­prises qui pro­posent des mis­sions, mais éga­le­ment sur les avis lais­sés par les autres uti­li­sa­teurs. Cer­tains de ces ser­vices de­viennent aus­si des tiers de confiance en ga­ran­tis­sant les tran­sac­tions fi­nan­cières entre les pres­ta­taires et les clients. Dans ce cas, les en­tre­prises ef­fec­tuent les rè­gle­ments di­rec­te­ment à la plate- forme qui se charge en­suite de les re­ver­ser aux free­lances une fois qu’ils ont ter­mi­né leur mis­sion. Un sys­tème de rémunérati­on ras­su­rant pour les deux par­ties per­met­tant d’évi­ter les im­payés et qui a dé­jà fait les beaux jours d’autres ser­vices comme Airbnb dans le do­maine de la lo­ca­tion de lo­ge­ments entre par­ti­cu­liers. Ré­mi Doo­lae­ghe, dé­ve­lop­peur full stack, té­moigne des avan­tages et des in­con­vé­nients de tra­vailler en direct avec un client ou de pas­ser par un

in­ter­mé­diaire : « Un free­lance a deux op­tions quand il re­cherche un client pour si­gner un contrat. Il peut pas­ser par un in­ter­mé­diaire ou trai­ter en direct avec son client. Pas­ser en direct si­gni­fie que le contrat de pres­ta­tion est si­gné à la fois par le free­lance et par le client. Cette mé­thode offre l’avan­tage de pou­voir ajus­ter les clauses et condi­tions du contrat plus fa­ci­le­ment. Néan­moins, dans le monde de L’IT, c’est le pas­sage par l’in­ter­mé­diaire qui pré­do­mine. Es­sen­tiel­le­ment parce que trou­ver un client par soi- même est dif­fi­cile ; ce­la né­ces­site de pas­ser du temps en pros­pec­tion et d’avoir des com­pé­tences com­mer­ciales – ce que les free­lances n’ont gé­né­ra­le­ment pas, puisque

leur do­maine d’ex­per­tise est ailleurs. De plus, la vaste ma­jo­ri­té des clients de grande taille, qui sont donc à même d’avoir leur propre ser­vice IT, re­courent uni­que­ment à des so­cié­tés ré­fé­ren­cées. C’est un pro­ces­sus dif­fi­ci­le­ment ac­ces­sible à un free­lance isolé. C’est une des rai­sons d’être des in­ter­mé­diaires, qu’ils soient ESN – an­cien­ne­ment SSII –, ap­por­teurs d’af­faires ou plates- formes en ligne. »

Dif­fé­rents sys­tèmes de rémunérati­on

Ces ser­vices qui se disent gra­tuits pour la plu­part ne le sont pas vrai­ment. Le lea­der du mar­ché Up­work

ponc­tionne par exemple 20 % de frais sur les mis­sions de moins de 500 €, 10 % pour celles com­prises entre 500 et 10 000 €, et 5 % au- de­là de 100 000 €. À no­ter que le site ap­plique un sys­tème de ta­rifs dé­gres­sifs sur l’en­semble des mis­sions réa­li­sées entre un in­dé­pen­dant et un client.

Avec d’autres ser­vices comme Co­deur qui s’adresse prin­ci­pa­le­ment aux dé­ve­lop­peurs et ad­mi­nis­tra­teurs sys­tème, la créa­tion d’un compte pres­ta­taire est gra­tuite, mais il faut sous­crire à un abon­ne­ment ( à par­tir de 29 € HT) pour pou­voir contac­ter un cer­tain nombre de client par mois. De plus Co­deur ponc­tionne en­core 4 % de com­mis­sion sur le mon­tant de la fac­ture.

Ent iè­re­ment dé­dié aux dé­ve­lop­peurs de tout poil, We­lo­ve­devs ( ex- « je­cher­cheun­dev » ) ap­plique des condi­tions ra­di­ca­le­ment dif­fé­rentes en fai­sant payer des abon­ne­ments non pas aux in­dé­pen­dants, mais aux en­tre­prises en re­cherche de dé­ve­lop­peurs. « We­lo­ve­devs ap­porte la mise en contact di­recte, sans in­ter­mé­diaire. On pour­rait consi­dé­rer la plate- forme comme un in­ter­mé­diaire, mais ce n’est pas réel­le­ment le cas. La par­tie contrac­tuelle n’est pas dans leur pé­ri­mètre. À ce titre, le free­lance n’a au­cune com­mis­sion à ver­ser à la plate- forme en cas de si­gna­ture de contrat. Ce­la per­met gé­né­ra­le­ment au client et au free­lance de se “par­ta­ger ” la com­mis­sion qui se­rait re­ver­sée à un in­ter­mé­diaire dans un cadre plus clas­sique. Le free­lance est mieux payé et le client a un ta­rif plus ré­duit » , pré­cise Ré­mi Doo­lae­ghe qui uti­lise as­si­dû­ment la plate- forme.

La plate- forme Crème de la crème, qui met en contact des free­lances in­for­ma­tiques ( con­sul­ting, de­si­gn, mar­ke­ting di­gi­tal…) triés sur le vo­let avec des en­tre­prises, s’oc­troie une com­mis­sion de 18 % pour chaque tran­sac­tion réa­li­sée via sa pla­te­forme. À charge pour elle de gé­rer la par­tie contrac­tuelle et d’ef­fec­tuer les vi­re­ments ban­caires aux free­lances une fois leur mis­sion ter­mi­née. La plate- forme Free­lance In­for­ma­tique qui re­ven­dique plus de 96 000 free­lances en in­for­ma­tique ins­crits de­meure en­tiè­re­ment gra­tuite pour ces der­niers. Dif­fé­rents for­faits sont pro­po­sés aux en­tre­prises clientes pour ac­cé­der aux pro­fils des in­ter­ve­nants et être mis en re­la­tion avec eux. « Il existe trois types d’ac­cès pour les en­tre­prises : un ac­cès gra­tuit qui per­met de dé­po­ser une offre et consul­ter ano­ny­me­ment les pro­fils, un ac­cès payant PME et SSII qui offre la

pos­si­bi­li­té de dé­po­ser des pro­jets et sol­li­ci­ter di­rec­te­ment les free­lances sé­lec­tion­nés, et un ac­cès grands comptes com­pre­nant les mêmes fonc­tion­na­li­tés que l’ac­cès PME et SSII avec en sus des fonc­tion­na­li­tés sur me­sure si le vo­lume le per­met. Se­lon les op­tions choi­sies, l’en­tre­prise peut soit contrac­ter di­rec­te­ment avec l’in­ter­ve­nant, soit de­man­der à ce que le paie­ment tran­site par Free­lance In­for­ma­tique pour sim­pli­fier sa ges­tion – les grands comptes ont des pro­ces­sus com­plexes qui sont peu adap­tés aux free­lances dont le mé­tier n’est pas la ges­tion ad­mi­nis­tra­tive » , ex­plique le di­ri­geant de la plate- forme Thi­baud Droin.

La fa­meuse plate- forme Malt qui re­pose sur un sys­tème de ré­pu­ta­tion des free­lances en in­for­ma­tique de­mande une com­mis­sion de 10 % sur le mon­tant des pres­ta­tions. Ce ta­rif de­vient dé­gres­sif et passe à 5 % après trois mois de col­la­bo­ra­tion entre un client et un free­lance. Ré­mi Doo­lae­ghe, dé­ve­lop­peur full stack free­lance re­late les dif­fé­rents mo­dèles de rémunérati­on : « Malt a re­cours à une com­mis­sion im­pu­tée sur la fac­tu­ra­tion du free­lance à son client, là où We­lo­ve­devs reste gra­tuit pour une pres­ta­tion. Cette com­mis­sion se jus­ti­fie par le fait que Malt gère le contrat et la fac­tu­ra­tion, ga­ran­tis­sant une cer­taine sé­cu­ri­té au free­lance. »

Les mo­dèles éco­no­miques va­rient donc gran­de­ment d’un site à l’autre et peuvent re­pré­sen­ter dans cer­tains cas un in­ves­tis­se­ment non né­gli­geable. Même en sous­cri­vant aux ser­vices pre­mium, les free­lances n’ont au­cune ga­ran­tie d’ob­te­nir une mis­sion.

La jungle des pla­tes­formes en ligne

Face à la re­cru­des­cence de l’offre de plates- formes, il n’est pas évident de sa­voir la­quelle choi­sir. Il est in­dis­pen­sable de dé­cor­ti­quer leurs modes de fonc­tion­ne­ment et leurs condi­tions pour évi­ter les mau­vaises sur­prises. D’au­tant que la concur­rence est rude entre les in­dé­pen­dants qui s’ins­crivent sou­vent sur plu­sieurs plates- formes pour maxi­mi­ser leurs chances de dé­cro­cher des mis­sions. Outre les plates- formes généralist­es qui ré­fé­rencent tous les types de pro­fils, elles sont de plus en plus nom­breuses à se spé­cia­li­ser dans un ou plu­sieurs do­maines d’ac­ti­vi­tés bien pré­cis : dé­ve­lop­peurs ( We­lo­ve­devs, Co­deur…), chefs de pro­jets, ad­mi­nis­tra­teurs sys­tème, consul­tants ( Free­lance In­for­ma­tique, Malt…),

etc. Cette sec­to­ri­sa­tion fa­ci­lite la pros­pec­tion aus­si bien pour les in­dé­pen­dants que pour les en­tre­prises. Elle per­met éga­le­ment aux free­lances de bé­né­fi­cier de nom­breux con­tacts au sein de leur com­mu­nau­té. Il faut sa­voir que cer­taines plates- formes peuvent s’adres­ser aus­si bien à de pe­tites en­tre­prises qu’à des ac­teurs du CAC 40, tan­dis que d’autres ciblent la mise en re­la­tion uni­que­ment avec des start- up, par exemple. Des ac­teurs comme Free­lance In­for­ma­tique pri­vi­lé­gient des mis­sions de moyenne et de longue du­rée sur site avec des en­tre­prises is­sues de sec­teurs sen­sibles comme les banques ou les as­su­rances. Kang, Malt, ou en­core Crème de la crème pro­posent plu­tôt des mis­sions courtes en télétravai­l. En fonc­tion des plates- formes, les free­lances peuvent s’ins­crire sans frais, mais doivent payer ou sous­crire à un abon­ne­ment pour que leur pro­fil soit mis en avant ou pour pou­voir ré­pondre à un cer­tain nombre d’offres. La note peut vite grim­per sans au­cune ga­ran­tie de ré­sul­tats pour le free­lance.

Un ser­vice comme Creads va jus­qu’à mettre sa com­mu­nau­té de créa­tifs en com­pé­ti­tion pour réa­li­ser les pro­jets de ses clients. Pour le moins gâ­tés, ces der­niers n’ont plus en­suite qu’à sé­lec­tion­ner la réa­li­sa­tion de leur choix et n’en payer qu’une seule sur les di­zaines re­çues ! Seuls les free­lances qui ont fait leurs preuves sur ce type de plates- formes peuvent se voir en­suite pro­po­ser des pro­jets en com­pé­ti­tion avec un nombre beau­coup plus res­treint de can­di­dats. Comme son nom l’in­dique, le ser­vice 5eu­ros pro­pose quant à lui des mis­sions à un prix d’ap­pel de seule­ment 5 €. C’est loin d’être un cas isolé, car de nom­breuses pla­tes­formes, dont le lea­der Up­work, draguent leurs clients en leur pro­met­tant des ta­rifs ex­ces­si­ve­ment bas. Cer­taines plates- formes com­mencent à im­po­ser à leurs free­lances d’ap­pli­quer un ta­rif jour­na­lier mi­ni­mal pour li­mi­ter les dé­rives de ce type. ✖

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