Mort de Sophie « Nous sommes anéan­ties »

Sophie Flan­drin est dé­cé­dée dans un ac­ci­dent sur la ro­cade nord de Beau­vais, en mai 2014. Sa mère et sa soeur ne com­prennent ni la peine, ni l’at­ti­tude du conduc­teur qui a été ju­gé mar­di.

L'Observateur de Beauvais - - LA UNE -

En se ren­dant à l'au­dience du tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Beau­vais, le mar­di 27 jan­vier, la ma­man et la soeur de Sophie Flan­drin es­pé­raient en sa­voir plus sur l'ori­gine de l'ac­ci­dent dans la­quelle cette jeune fille de 22 ans avait trou­vé la mort. C'était le 19 mai 2014, vers 7 h 45 du ma­tin, sur la ro­cade nord de Beau­vais, à l'em­bran­che­ment vers l'hô­pi­tal. Dans des cir­cons­tances tou­jours in­dé­ter­mi­nées, An­toine, étu­diant en agri­cul­ture, qui de­vait re­joindre une ferme à Trois­se­reux où il ac­com­plis­sait un stage pro­fes­sion­nel, rou­lait à contre­sens, pro­vo­quant un face à face inévitable avec la Clio de la jeune femme.

« C'est tou­jours le trou noir »

Les se­cours n'avaient rien pu faire pour sau­ver Sophie, dé­cé­dée dans l'amas de fer­raille. Quant à An­toine, il avait été trans­por­té d'ur­gence et pla­cé en co­ma ar­ti­fi­ciel. Son hos­pi­ta­li­sa­tion avait du­ré une se­maine. Mais ja­mais il ne put dire aux en­quê­teurs sa ver­sion des faits : sa mé­moire avait tout ef­fa­cé, y com­pris le jour pré­cé­dant le drame et ceux qui sui­virent. « De­puis, c'est tou­jours le trou noir » a-t-il ex­pli­qué à Béa­trice Nec­toux, pré­si­dente du tri­bu­nal. Au­cune image, au­cune sen­sa­tion: rien le néant com­plet. L'amné­sie est res­tée to­tale. L'avo­cate du père de Sophie ten­ta bien de ra­fraî­chir la mé­moire de l'étu­diant en agi­tant de­vant lui la bou­teille d'eau trou­vée dans son vé­hi­cule qu'il au­rait pu ten­ter de ra­mas­ser sous un siège ou rou­lant sur le plan­cher et, de la sorte, lui faire perdre le contrôle de sa conduite. « Non, je ne me sou­viens pas », s'ex­cu­sa-t-il en­core en as­su­rant que s'il sa­vait, il di­rait tout pour que la fa­mille sache en­fin, et que lui-même puisse se li­bé­rer de ce lourd far­deau.

Des traces de ha­schich

Le gar­çon ne rou­lait pour­tant pas à une al­lure ex­ces­sive - 80 km/h se­lon les ex­perts. Mais les vi­tesses ad­di­tion­nées des deux vé­hi­cules pro­dui­sirent un im­pact de face à face à 160 km/h en­vi­ron. Au­cune voi­ture n'au­rait pu y ré­sis­ter. Ce fut mi­racle qu'An­toine, bien que très gra­ve­ment bles­sé, en soit res­sor­ti vi­vant. Ce­pen­dant, les exa­mens san­guins ef­fec­tués sur le jeune gar­çon ré­vé­lèrent que ce­lui-ci était consom­ma­teur de ha­schich. Des traces in­fimes tra­hirent cette ad­dic­tion. Lors­qu'il fut en état de ré­pon­dra aux ques­tions des po­li­ciers, il avoua être un consom­ma­teur ré­gu­lier de cette sub­stance pro­hi­bée. Lors du pro­cès, Clé­ment Clo­chet, pro­cu­reur, por­ta cet élé­ment au cha­pitre des cir­cons­tances ag­gra­vantes. Il sou­li­gna les dé­gâts faits par le can­na­bis sur le cer­veau: ra­len­tis­se­ment des ré­flexes, perte de la promp­ti­tude à dé­ci­der dans des cas d'ex­trême ur­gence, perte d'une part de rai­son­ne­ment et de la réa­li­té. « Consom­mer du can­na­bis, ce n'est pas ano­din », dit-il en re­qué­rant une peine alour­die de quinze mois de pri­son avec sur­sis pour ho­mi­cide in­vo­lon­taire. Le tri­bu­nal a ra­me­né cette peine à douze mois au­quel il a ajou­té un an de sus­pen­sion du per­mis de conduire et 150 eu­ros pour la perte de contrôle du vé­hi­cule. An­toine a pro­mis de re­prendre contact avec la fa­mille de Sophie s'il de­vait un jour re­trou­ver la mé­moire. Mais à ce jour, au­cune étin­celle n'a ral­lu­mé ses sou­ve­nirs bien qu'il ne touche plus au can­na­bis.

Sophie Flan­drin n’avait que 22 ans lors­qu’elle est dé­cé­dée dans l’ac­ci­dent, à Beau­vais, le 19 mai 2014.

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