FEMMES VIC­TIMES DE VIO­LENCES Elles ré­clament une meilleure prise en charge

SAINT-JEAN Alors que l’une de leurs amies, vic­time de vio­lences, se re­trouve dans l’im­passe, des ha­bi­tantes du quar­tier, ré­vol­tées, sont sor­ties du si­lence. Un dé­bat a été or­ga­ni­sé le 27 juin.

L'Observateur de Beauvais - - BEAUVAIS - Stéphanie Vi­vier

Elles ont dé­ci­dé de sor­tir du si­lence pour dé­fendre l’une des leurs. Elles, ce sont des ha­bi­tantes du quar­tier Saint-Jean, ré­vol­tées par l’im­passe dans la­quelle se trouve Loui­sa (*), je­tée sur le pa­lier après avoir été bat­tue, au dé­but du mois der­nier. Au­jourd’hui en­core, elle doit co­ha­bi­ter avec son ma­ri violent dans leur ap­par­te­ment, alors qu’il s’était en­ga­gé à le quit­ter en deux jours, suite à un rap­pel à la loi. C’est l’in­com­pré­hen­sion pour ces Beau­vai­siennes, et no­tam­ment la pré­si­dente de l’as­so­cia­tion Des­tin de femmes, Fa­ti­ha Bou­zé­kri, qui ont cher­ché à ob­te­nir des ré­ponses sur la prise en charge des femmes bat­tues, lors d’un dé­bat or­ga­ni­sé le 27 juin, à la mai­son de la jeu­nesse et des as­so­cia­tions. Une ren­contre qui a réuni des re­pré­sen­tants de la Ville, d’as­so­cia­tions et de la po­lice mu­ni­ci­pale, ain­si qu’un avo­cat.

« IL FAUT LEUR DE­MAN­DER DES AT­TES­TA­TIONS »

Face aux vio­lences, Me Meh­di Boud­je­nane, avo­cat du bar­reau de Beauvais, a in­sis­té sur l’im­por­tance de réunir des preuves pour faire re­con­naître son sta­tut de vic­time de­vant les forces de l’ordre et la Jus­tice. « Il faut dé­pas­ser la pu­deur, ses origines, a-t-il ex­hor­té. S’il faut prendre des photos de la poi­trine, il faut les prendre ! Il y a aus­si les mé­de­cins, les amis, le voi­si­nage : il faut leur de­man­der des at­tes­ta­tions ». Ad­jointe au maire, Co­rinne Co­ril­lion, qui elle-même a ex­pli­qué avoir ré­di­gé des at­tes­ta­tions en dé­pit de la peur des ré­pré­sailles, n’a pas eu un autre dis­cours. « En­voyez des mes­sages au bour­reau pour que la Jus­tice s’en sai­sisse », a-t-elle re­com­man­dé. « Il faut aus­si que l’en­tou­rage d’une femme bat­tue prenne les choses en main, car une femme bat­tue est seule. Or, à plu­sieurs, on peut faire quelques chose : il y a les at­tes­ta­tions que l’on peut écrite et les mes­sages que l’on peut en­voyer. »

« LES AIDES EXISTENT, IL FAUT S’EN SAI­SIR »

Sur l’as­pect pra­tique, Ste­vens Du­val, res­pon­sable du Samu so­cial de l’Oise a rap­pe­lé qu’en com­po­sant le 115, une femme vic­time de vio­lence pou­vait être hé­ber­gée en ur­gence. « Dans l’Oise, il y a 80 places, ce qui n’est pas le cas dans tous les dé­par­te­ments », a-t-il no­té. Co­rinne Co­ril­lion, de son cô­té, a ob­ser­vé que la Ville pou­vait pro­cu­rer aux vic­times des bons ali­men­taires via son CCAS (centre com­mu­nal d’ac­tion so­ciale). L’élue a éga­le­ment in­sis­té sur le fait que la sco­la­ri­sa­tion des en­fants dans un nou­vel éta­blis­se­ment, en cas de chan­ge­ment d’adresse, était im­mé­diate.

« L’ÉCOLE EST OU­VERTE AUX EN­FANTS DES FOYERS »

« L’école est ou­verte aux en­fants des foyers », a-t-elle ain­si sou­li­gné. « Les aides existent, c’est un long che­min, mais il faut s’en sai­sir », a in­ci­té une re­pré­sen­tante du CIDFF (centre d’in­for­ma­tion sur les droits des femmes et des fa­milles) Oise, as­so­cia­tion qui ac­com­pagne les femmes vic­times au ni­veau ju­di­ciaire, so­cial et mé­di­cal. « Il n’y a pas que le Droit et pas que la Jus­tice pour s’en sor­tir, il faut aus­si tra­vailler avec un psy­cho­logue l’es­time de soi, mais aus­si le re­tour à l’au­to­no­mie fi­nan­cière », a-t-elle fait va­loir. Pas sûr que, à l’is­sue des échanges, les par­ti­ci­pantes aient été ras­su­rées et com­plè­te­ment éclai­rées sur la prise en charge des femmes vic­times de vio­lences par les di­vers in­ter­ve­nants.

« JE PENSE QU’IL Y A DES DYSFONCTIO­NNEMENTS »

Une in­com­pré­hen­sion ex­pri­mée par Thier­ry Au­ry, res­pon­sable dé­par­te­men­tal du Par­ti com­mu­niste de l’Oise. « On a fait les gros yeux au ma­ri qui a eu un rap­pel à l’ordre et au re­voir, mer­ci ! », s’est-il éton­né à propos de l’époux de Loui­sa. Fi­na­le­ment, c’est un signe d’éga­li­té entre la vic­time et le bour­reau. Je pense qu’il y a des dysfonctio­nnements, des choses que l’on peut amé­lio­rer. « Se­lon lui, » il faut li­bé­rer la pa­role, que la peur change de camp et que l’on montre que toutes les ins­ti­tu­tions sont de leur cô­té. «» Je pense qu’il y a des amé­lio­ra­tions de tous bords à me­ner « , a es­ti­mé Co­rinne Co­ril­lion, pour qui » ce genre de réunion est très pro­fi­table, car elle per­met à la Ville de per­ce­voir les dysfonctio­nnements et de dire que les ser­vices (mu­ni­ci­paux, Ndlr) et les as­so­cia­tions sont là. «

« Il faut aus­si que l’en­tou­rage d’une femme bat­tue prenne les choses en main, car elle est seule. »

Le dé­bat s’est dé­rou­lé à la Mai­son de la jeu­nesse et des as­so­cia­tions, le 27 juin. Fa­ti­ha Bou­zé­kri, pré­si­dente de l’as­so­cia­tion Des­tin de femmes.

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