L’amou­reux écon­duit se venge et fi­nit en pri­son

AUNEUIL Un jeune homme de 18 ans n’avait pas sup­por­té que sa com­pagne le quitte pour son ami d’en­fance. Me­naces de mort et vio­lences. Un an de pri­son ferme.

L'Observateur de Beauvais - - LA UNE - Pa­tri­cia Haute-Pot­tier

Le 13 mai 2017, ce n’est pas un simple ac­ci­dent de la cir­cu­la­tion qui se pro­duit à Auneuil. Un Ti­guan Volks­wa­gen per­cute vio­lem­ment des vé­hi­cules et s’im­mo­bi­lise après un der­nier ton­neau. De la voi­ture sort un couple. Lui prend la fuite, pour­sui­vi par un autre homme qui fi­nit par faire de­mi-tour pour s’en prendre à la jeune femme. C’est un té­moin qui les sé­pare. D’après les pre­miers élé­ments de l’en­quête, le pro­cu­reur s’oriente vers une ten­ta­tive de meurtre et les gen­darmes in­ter­pellent chez lui un jeune homme de 18 ans, Charles Vau­loup. L’in­ter­pel­la­tion est hou­leuse, tout comme la per­qui­si­tion qui se dé­roule à son do­mi­cile. Les gen­darmes trouvent chez lui du can­na­bis et de l’ar­gent li­quide et, dans sa voi­ture, une bombe la­cry­mo­gène. Il est connu de la jus­tice pour avoir dé­jà été condam­né à plu­sieurs re­prises pour vol ou stu­pé­fiants alors qu’il était en­core mi­neur.

D’ABORD POUR­SUI­VI POUR TEN­TA­TIVE DE MEURTRE

Pour­quoi Charles Vau­loup est-il pour­sui­vi pour ten­ta­tive de meurtre, ce qui le rend fu­rieux ? Parce que, de­puis plus d’un mois, il ne cesse de lan­cer des me­naces de mort contre son ex-pe­tite amie et son nou­veau com­pa­gnon. Ap­pels et tex­tos me­na­çants, dé­fer­le­ment sur les ré­seaux so­ciaux et même un tag sur l’abri bus ha­bi­tuel de son ex. Charles Vau­loup n’ac­cepte pas la rup­ture, d’au­tant plus que la jeune fille l’a quit­té pour son propre ami d’en­fance ! Le jour de l’ac­ci­dent, le 13 mai, Charles cir­cule à bord de sa voi­ture en com­pa­gnie de deux amis. Ils croisent le Ti­guan du jeune couple. En­suite, les ver­sions di­vergent. Le couple ac­cuse Charles d’avoir pous­sé leur voi­ture et d’être res­pon­sable de l’ac­ci­dent. Charles nie et dit que son an­cien ami a pris peur en le voyant et a ac­cé­lé­ré pour s’en­fuir.

IN­CA­PABLE DE SE SOU­METTRE AU CONTRÔLE JU­DI­CIAIRE

Au fil de l’en­quête, l’ac­cu­sa­tion de ten­ta­tive de meurtre est aban­don­née pour se trans­for­mer en me­naces de morts et vio­lences. Après un mois et de­mi de dé­ten- tion pro­vi­soire, le jeune homme re­trouve la liberté tout en étant pla­cé sous un contrôle ju­di­ciaire strict. Contrôle qu’il ne res­pecte pas et il re­tourne en pri­son pour trois mois et de­mi. Il res­sort mais viole à nou­veau le contrôle ju­di­ciaire et se re­trouve der­rière les bar­reaux jus­qu’à son pro­cès qui avait lieu à la mi-juillet.

UNE PER­SON­NA­LI­TÉ COM­PLEXE ET CHAN­GEANTE

Der­rière la vitre du box des dé­te­nus, Charles Vau­loup os­cille entre écou­ter les juges ou re­gar­der sa fa­mille et ses amis qui se trouvent dans la salle. Il passe du plus vi­brant re­pen­tir à l’éner­ve­ment en quelques se­condes. Cette per­son­na­li­té com­plexe fe­ra re­gret­ter au pro­cu­reur l’ab­sence d’une ex­per­tise psy­chia­trique. Dé­crit comme im­pul­sif, pos­ses­sif et ja­loux, le jeune homme joue sa par­ti­tion à l’au­dience. « Vous sa­vez pas com­ment je re­grette, je suis comme un con dans ma cel­lule. (...) J’en ai marre de la pri­son, je vois des scènes de ma­lade, je veux ren­trer chez moi. (...) Je me suis conver­ti à l’Is­lam et main­te­nant, tout va bien. Je re­grette, je m’ex­cuse et tout va bien. » Mais on sent l’hu­meur très chan­geante du jeune homme, son am­bi­va­lence que sou­ligne le pro­cu­reur : « Il semble avoir pris conscience de ses res­pon­sa­bi­li­tés et, en même temps, le res­pect des règles l’in­sup­porte. »

« ON N’EST PAS SÉ­RIEUX QUAND ON A 18 ANS »

« On n’est pas sé­rieux quand on a 18 ans. On est en co­lère, on est le co­cu de l’his­toire », lui ré­pond l’avo­cat de la dé­fense. Il charge le com­por­te­ment de la jeune fille qui se mon­trait « vio­lente et in­ju­rieuse » avec Charles. Pour cette af­faire, son client a dé­jà ac­com­pli plus de six mois de dé­ten­tion, « il a dé­jà été trop pu­ni avant sa condam­na­tion », plaide l’avo­cat.

DEUX ANS DE PRI­SON DONT UN AN FERME

Les juges sui­vront pra­ti­que­ment à la lettre les ré­qui­si­tions du par­quet en pro­non­çant une peine de deux ans de pri­son dont un an avec sur­sis et mise à l’épreuve de deux ans as­sor­tis de nom­breuses obli­ga­tions dont l’in­ter­dic­tion d’en­trer en contact avec ses deux vic­times. Il de­vra en outre ver­ser 1 500 € à la jeune fille qui en de­man­dait 10 000 €. Mais les juges n’ont pas pro­non­cé son main­tien en dé­ten­tion, c’est donc libre que Charles Vau­loup est res­sor­ti du tri­bu­nal. Il de­vra ren­con­trer le juge d’ap­pli­ca­tion des peines qui sta­tue­ra sur les mois de pri­son ferme qu’il lui reste à ac­com­plir.

« Vous sa­vez pas com­ment je re­grette, je suis comme un con dans ma cel­lule... » Charles Vau­loup

En­tré sous es­corte de la gen­dar­me­rie car dé­te­nu, le jeune homme a quit­té le tri­bu­nal libre.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.