Gi­lets Jaunes

L'Observateur de Beauvais - - OPINIONS - Jean-Pierre de Ker­raoul

Pour­quoi diable le gou­ver­ne­ment a-t-il at­ten­du l’avant-veille du 17 no­vembre pour an­non­cer une sé­rie de me­sures fa­ci­li­tant, en par­ti­cu­lier pour les re­ve­nus mo­destes, l’aban­don du die­sel au pro­fit de moteurs moins pol­luants ? Et pour­quoi avoir dé­ci­dé d’ali­gner la fis­ca­li­té du ga­zole sur celle de l’es­sence au mo­ment d’une hausse sen­sible des cours du pé­trole ? Sur le fond, il a rai­son, la taxa­tion éco­lo­gique touche for­cé­ment tout le monde pour être ef­fi­cace ; mais il fal­lait l’ac­com­pa­gner tout de suite pour la rendre sup­por­table. Cette er­reur de ti­ming a sus­ci­té une ré­volte lar­ge­ment spon­ta­née à son ori­gine, pui­sant dans un sen­ti­ment d’in­jus­tice. Em­ma­nuel Ma­cron a vou­lu al­ler vite en ré­forme pour ne pas se lais­ser en­gluer et se don­ner le temps d’ob­te­nir des ré­sul­tats. Ce fai­sant, il a par­fois bous­cu­lé les corps in­ter­mé­diaires et s’est ex­po­sé au re­proche d’ar­ro­gance, d’au­tant plus qu’il a de­man­dé des ef­forts afin de ne pas ag­gra­ver les dé­fi­cits et de ré­ta­blir le cré­dit de la France en Eu­rope. Mais ces Fran­çais qui ont be­soin quo­ti­dien­ne­ment de leur voi­ture, s’ils sont at­ta­chés à la qua­li­té de l’air, le sont plus en­core à leur pou­voir d’achat. Le rai­son­ne­ment à long terme est un pri­vi­lège de riches ou, par les temps qui courent, d’an­ciens. Per­sonne ne sait ce que de­vien­dra la ré­volte des gi­lets jaunes, qui ex­prime des at­tentes contra­dic­toires – moins d’im­pôts mais plus de ser­vices pu­blics – mais confirme une pro­fonde dé­fiance à l’égard de toute forme de re­pré­sen­ta­tion ou d’image po­li­tique. Dès lors, per­sonne n’est à l’aise ni à l’abri, sauf bien sûr les ha­bi­tuels ren­tiers de la souf­france des autres, car tous savent bien que l’ac­tuel pré­sident paie les pots cas­sés de dé­cen­nies de non dé­ci­sion po­li­tique sur beau­coup de su­jets. Il ne peut ni re­cu­ler – l’ur­gence éco­lo­gique est évi­dente et le si­gnal en­voyé se­rait mor­ti­fère pour les autres ré­formes en cours ou pro­gram­mées – ni conti­nuer d’agré­ger des mé­con­ten­te­ments pé­rilleux à six mois d’une échéance élec­to­rale à gros en­jeu. « Il faut sa­voir ar­rê­ter une grève », di­sait au­tre­fois Mau­rice Tho­rez. Fa­ce­book n’est pas le PCF de 1936 et les gi­lets jaunes n’ont pas de doc­trine, ni de chef. Ce fut leur force, ce­la ne les exo­nère pas, au­jourd’hui, de leur res­pon­sa­bi­li­té.

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