La pré­si­dente des com­mer­çants Hé­lène L’Hoste ferme bou­tique

CENTRE-VILLE Vic­time de son ac­ti­vi­té sai­son­nière mais éga­le­ment du mou­ve­ment des gi­lets jaunes, la pré­si­dente de “Beau­vais shop­ping” sur le dé­part va fer­mer son com­merce de laine d’ici le 30 mars.

L'Observateur de Beauvais - - LA UNE - Ra­phaël Thiol­lier

« J’en ai vrai­ment gros sur le coeur car je pen­sais que ça mar­che­rait, je suis vrai­ment dé­çue car j’avais en­core plein d’idées» . Ou­vert le 4 oc­tobre 2016 au 34 rue des Ja­co­bins, le com­merce de tri­co­tage-pa­po­tage My’Hé­lène d’Hé­lène L’Hoste va bais­ser ri­deau au plus tard le 30 mars. Pour celle qui est en­core pré­si­dente de l’as­so­cia­tion des com­mer­çants “Beau­vais-Shop­ping”, jus­qu’à l’élec­tion du pro­chain bu­reau en mars pro­chain, cette dé­ci­sion est très dure à en­cais­ser. Et qui plus est que sa­me­di, elle a réa­li­sé une jour­née qua­si­ment re­cord. «Je n’avais ja­mais autant ven­du de­puis un an et de­mi !» . Mais pas as­sez pour sau­ver son ac­ti­vi­té. «Ça mar­chait mais c’était dif­fi­cile. L’ob­jec­tif, c’était de m’au­to­fi­nan­cer avec les ventes de laine, mais les charges fixes étaient trop im­por­tantes, no­tam­ment avec un loyer de 1000 eu­ros et 130 eu­ros de charge. Je n’y ar­ri­vais pas», ex­plique-t-elle. C’est aus­si pour ce­la que j’ai dit au maire de dis­cu­ter des loyers avec les pro­prié­taires».

VIC­TIME DU BEAU TEMPS…

Son ac­ti­vi­té n’a pas ré­sis­té à plu­sieurs élé­ments, dont le prin­ci­pal : la météo «C’est une ac­ti­vi­té sai­son­nière. Les gens ne tri­cotent pas en été et j’ai très peu ven­du de laine jus­qu’à 15 oc­tobre, no­tam­ment en rai­son du très bel été que nous avons eu».

ET DES MANIFS DES

Aux cô­tés de l’une de ses fi­dèles tri­co­teuses, Pas­ca­line, Hé­lène L’Hoste (à gauche), en a gros sur le coeur. Près de deux ans après avoir ou­vert, elle s’ap­prête à fer­mer son com­merce. Avec le re­tour de la pluie et du froid, ses af­faires sont alors ré­par­ties, et plu­tôt bien, jus­qu’à ce fa­meux 17 no­vembre et l’acte I des gi­lets jaunes. «Mon ac­ti­vi­té s’est ar­rê­tée nette, c’est fla­grant» , re­grette-t-elle. Mon coeur de cible, ce sont des ma­mies et elles ne sont pas sor­ties quand il y avait des gi­lets jaunes qui dé­fi­laient à Beau­vais. Et puis, même quand il n’y avait pas de ma­ni­fes­ta­tions, quand elles re­gar­daient la TV et qu’elles voyaient les pro­blèmes à Pa­ris, elles s’in­quié­taient et croyaient que c’était la même chose à Beau­vais» . Mal­gré tout, elle a gar­dé es­poir jus­qu’au bout mais la neige a fait son ap­pa­ri­tion. «A chaque fois, on avait l’im­pres­sion que ce­la al­lait re­par­tir et puis il y a tou­jours quelque chose. Là, c’était deux se­maines de neige et re­gar­dez au­jourd’hui, j’ai des tra­vaux de­vant chez moi !»

«ON DE­VIENT DES VI­TRINES IN­TER­NET»

Pour Hé­lène L’Hoste, il de­vient de plus en plus dur d’exis­ter pour les pe­tits com­merces même en in­no­vant. «Le sa­lon tri­co­tage était une vraie réus­site, mes tri­co­teuses vont être déses­pé­rées» , glisse-t-elle. Mais je ne suis pas la seule à souf­frir, on souffre vrai­ment de la concur­rence d’in­ter­net. On de­vient des vi­trines d’in­ter­net, re­grette-elle. On a de plus en plus de gens qui viennent voir les laines, re­gar­der les cou­leurs, tou­cher les laines et qui s’en vont» , sou­pire Hé­lène qui a pour­tant es­sayé d’in­ver­ser la ten­dance.« J’ai es­sayé de vendre d’autres marques que Ber­gère de France, de faire ren­trer Phil­dar, j’ai es­sayé de faire ren­trer des laines en acry­lique vrai­ment pas chères, j’ai es­sayé d’aug­men­ter mes marges mais ça n’a pas suf­fit» . De ce belle aven­ture, elle garde tou­te­fois de belles images. «J’ai fait plein de belles ren­contres, no­tam­ment avec mes tri­co­teuses, j’ai ado­ré» , ajoute cette grand-mère qui va pro­fi­ter de sa re­traite pour s’oc­cu­per de ses pe­tits-en­fants. «J’es­saie de po­si­ti­ver mais il faut que je tourne la page, c’est dif­fi­cile. »

DY­NA­MI­SER LE CENTRE : LES COM­MER­ÇANTS DOIVENT PLUS S’IN­VES­TIR

Elle garde éga­le­ment un très bon sou­ve­nir de sa pré­si­dence de l’as­so­cia­tion des com­mer­çants “Beau­vais Shop­ping” qu’elle s’ap­prête à quit­ter.« J’es­père que quel­qu’un va re­prendre le flam­beau et conti­nue­ra le tra­vail que nous avons me­né» .A son ar­ri­vée, l’as­so­cia­tion comp­tait 67 adhé­rents dont 60 du centre com­mer­cial du Jeu de Paume. Au­jourd’hui, “Beau­vais shop­ping” en re­cense 150 sur les 350 com­mer­çants du centre-ville. «On a bien bos­sé» . Les choses bougent mais pas as­sez se­lon Hé­lène L’Hoste pour qui il est com­pli­qué d’im­pli­quer tout le monde. «Par exemple, en oc­tobre, on avait fait la bra­de­rie, bro­cante course des gar­çons de ca­fé et il fal­lait que tout le centre-ville soit ou­vert. Au fi­nal, seuls quatre ont ou­vert leur porte. C’est dom­mage» Du cô­té de ses clientes, l’émo­tion est aus­si pal­pable. Pas­ca­line, l’une des tri­co­teuses de la première heure, re­grette dé­jà cette fer­me­ture an­non­cée. «Ça me touche beau­coup, c’était un lieu de convi­via­li­té, Hé­lène est tou­jours là dès qu’on en a be­soin, on vient, elle nous ex­plique, là, on se de­mande ce qu’on va faire après» , ajoute-t-elle éga­le­ment en co­lère contre la concur­rence d’In­ter­net et re­gret­tant éga­le­ment le manque d’at­trac­ti­vi­té de l’offre com­mer­ciale dans le centre.

«Lors de la bra­de­rie, bro­cante et course des gar­çons de ca­fé, 4 com­merces ont ou­vert. C’est dom­mage»

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