Des éva­cua­tions pour désa­mor­cer deux bombes

EN­VI­RON­NE­MENT Les fouilles ef­fec­tuées sur le site de la fu­ture zone d’ac­ti­vi­té ont ré­vé­lé la pré­sence de deux bombes com­plexes à gé­rer. On parle « d’éva­cua­tion » au­tour des cibles en cas d’ex­plo­sion.

L'Observateur de Beauvais - - LA UNE - Jof­frey Meu­nier

Prin­temps 2019. Site de Novaparc, la fu­ture zone d’ac­ti­vi­té si­tuée au Haut-Villé, près de l’aé­ro­port. Tout au­tour, le si­lence. Au­cun Beau­vai­sien, au­cun vé­hi­cule à l’ho­ri­zon... Et là, c’est l’ex­plo­sion ! Ce scé­na­rio aux al­lures d’apo­ca­lypse pour­rait bien se réa­li­ser. En cause, la pré­sence de deux bombes da­tant de la Se­conde Guerre mon­diale, l’une an­glaise, l’autre amé­ri­caine, en­fouies dans le sol de la fu­ture zone d’ac­ti­vi­tés Beau­vais-Pa­ris (600 en­tre­prises, 4000 em­plois...). Cette dé­cou­verte est la consé­quences des fouilles py­ro­tech­niques, réa­li­sées à l’été 2017, qui ont per­mis de dé­tec­ter des anomalies pou­vant s’ap­pa­ren­ter à des mu­ni­tions. « Il ne s’agit pas sys­té­ma­ti­que­ment de mu­ni­tions, tem­père Ca­mille Vaillé, res­pon­sable tra­vaux neufs au ser­vice es­paces pu­blics, ce­la peut éga­le­ment être un élé­ment mé­tal­lique de toute autre na­ture » . Le diag­nos­tic de la ZAC Novaparc a fait état de 5384 cibles à étu­dier, clas­sées en trois fa­milles : la fa­mille C (2504 cibles) cor­res­pon­dant aux mu­ni­tions de type gre­nade, la B (2831 cibles) et ses obus d’ar­tille­rie de moyens ca­libres, en en­fin la A qui en­re­gistre les bombes d’avia­tions.

DEUX BOMBES DE 250 KG, L’UNE AMÉ­RI­CAINE, L’AUTRE AN­GLAISE

Plus rare (49 cibles), cette der­nière ca­té­go­rie est aus­si la plus dé­li­cate à trai­ter. C’est la seule qui doit être prise en charge par les dé­mi­neurs de la Sé­cu­ri­té ci­vile (ser­vice d’état), alors que les autres élé­ments mé­tal­liques ont dé­jà pu être contrô­lés par la so­cié­té “Si­ta re­mé­dia­tion”, fi­liale de Suez. Les 18 et 19 fé­vrier der­niers, la Sé­cu­ri­té ci­vile a me­né son opé­ra­tion sur le site et s’est heur­tée à trois cibles par­ti­cu­liè­re­ment com­plexes. La pre­mière, une bombe al­le­mande de 50 kg, a tou­te­fois pu être éva­cuée. Mais les deux autres, des bombes an­glaises et amé­ri­caines de 250 ki­los, rendent le dé­mé­na­ge­ment plus com­pli­qué. Re­cou­vertes de sable, elles sont ac­tuel­le­ment neu­tra­li­sées et ne pré­sentent au­cun dan­ger im­mi­nent.

1500 MÈTRES AU­TOUR DES BOMBES : UN PÉ­RI­MÈTRE À SÉ­CU­RI­SER

Dans les pro­chaines se­maines, « on se­ra peut-être obli­gé de les faire ex­plo

ser sur place » , an­ti­cipe Ca­mille Vaillé. La dé­ci­sion est entre les mains du Pré­fet de l’Oise, Louis Le Franc, qui a réuni, le 20 fé­vrier, les ac­teurs lo­caux di­rec­te­ment concer­nés par cette éven­tuelle ex­plo­sion. No­tam­ment le SDIS (ser­vice dé­par­te­men­tal d’in­cen­die et de se­cours de l’Oise) et la Sa­geb, so­cié­té ges­tion­naire de l’aé­ro­port, dont les struc­tures font par­tie d’un pé­ri­mètre à sé­cu­ri­ser. Carte à l’ap­pui, Ca­mille Vaillé pré­sente un pé­ri­mètre de 800 mètres, au­tour des bombes, à l’in­té­rieur du­quel il fau­drait pro­cé­der à « une éva­cua­tion » . Un pé­ri­mètre agran­di à 1500 mètres au­tour des cibles où il se­ra ques­tion de « confi­ne­ment et fer­me­ture des routes » . Cer­tains ha­bi­tants du quar­tier Ar­gen­tine de­vront par exemple « prendre leurs dis­po­si­tions » parce qu’ils ne pour­ront pas quit­ter leur lo­ge­ment lors d’une in­ter­ven­tion es­ti­mée à six heures.

« UNE OPÉ­RA­TION DE CE TYPE, C’EST DU JA­MAIS VU À BEAU­VAIS »

La plus grosse pro­blé­ma­tique concerne l’aé­ro­port Beau­vais-Tillé, dont les avions pour­raient ain­si être blo­qués au sol pen­dant ce laps de temps. « Ils (la Sa­geb) sou­hai- te­raient que l’opé­ra­tion se concré­tise avant les vols de cet été, pour ne pas blo­quer les tou­ristes », pré­cise Ca­mille Vaillé. Au-de­là de l’in­quié­tude en terme de chiffre d’af­faire, la crainte règne aus­si au­tour de l’im­pact que pour­rait avoir l’ex­plo­sion sur la tour de contrôle, si­tuée dans le pé­ri­mètre des 800 mètres. Avant de se pen­cher vers l’ave­nir, la fu­ture zone Novaparc fait donc dé­jà par­tie de l’His­toire (lire l’en­ca­dré). « Une opé­ra­tion de ce type, c’est du ja­mais vu à Beau­vais », sou­ligne Ca­mille Vaillé.

La bombe amé­ri­caine de 250 kg est l’une des deux bombes qui com­plique la tâche des dé­mi­neurs. Ils se­ront peu­têtre obli­gés de la faire ex­plo­ser sur place. (En mé­daillon : le lâ­cher de bombes du bom­bar­dier amé­ri­cain en 1943).

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