ELLE PARLE 15 ANS APRÈS LES FAITS Ju­gé pour agres­sion sexuelle sur une fillette de 11 ans

OUDEUIL Pen­dant deux ans, un ha­bi­tant d’Oudeuil a sou­mis une fillette de 11 ans à des at­tou­che­ments sexuels. La vic­time n’a rien dit pen­dant plus de 15 ans.

L'Observateur de Beauvais - - FAITS DIVERS / TRIBUNAL -

Pa­trick*, ha­bi­tant d’ Oudeuil, a du­rant deux ans, de 2000 à 2001, sou­mis une fillette de 11 ans à des at­tou­che­ments sexuels, par­fois plu­sieurs fois par se­maine. Té­ta­ni­sée, hon­teuse, la col­lé­gienne n’a osé en par­ler et por­ter plainte que plus de 15 ans après. La vic­time, Lis­beth* connais­sait bien le couple puisque la femme de Pa­trick est sa mar­raine. Ses pa­rents la lais­saient donc y al­ler en toute confiance. En 6e, elle re­vient à vé­lo et s’ar­rête sou­vent au por­tillon pour dire bon­jour au pré­ve­nu. Un jour, ce­lui-ci la cein­ture et in­tro­duit sa main dans sa cu­lotte. Elle part en l’in­ju­riant. Ce­pen­dant, le ma­nège s’est ré­pé­té plu­sieurs fois et de fil en ai­guille, in­si­dieu­se­ment, il lui a fait fran­chir le por­tillon puis l’a em­me­née dans le ga­rage et en­fin dans la salle de sé­jour. Pen­dant plus d’un an, il pra­tique des cun­ni lin­guae, in­tro­duit un doigt dans son sexe « mais pas trop loin pour évi­ter de la dé­flo­rer » et lui a même fait re­gar­der des films por­no­gra­phiques. Il lui est aus­si ar­ri­vé de se mas­tur­ber de­vant elle et d’éja­cu­ler sur son ventre. En­fin, elle a réus­si à évi­ter les rap­ports sexuels et à mettre fin à cette his­toire. Lors d’un voyage sco­laire, elle s’est confiée à des co­pines. Si au tri­bu­nal l’homme nie avoir vu des films por­no­gra­phiques - « je lui pas­sais des des­sins ani­més » af­fir­met-il-, il re­con­naît les autres faits lors de l’au­di­tion du 8 mars 2016. Lors­qu’au tri­bu­nal, le pré­sident de­mande et in­siste pour sa­voir com­ment il peut ex­pli­quer son geste, ré­pé­té tant de fois, Pa­trick ré­pond « je ne sais pas » ou bien « c’était des pul­sions, je ne pou­vais pas m’en em­pê­cher » . La vic­time s’est ren­fer­mée de longue an­nées sur elle-même car elle éprou­vait de la honte. Elle n’osait pas en par­ler à ses pa­rents. Ce qui l’a dé­ci­dé un jour à oser en­tre­prendre une dé­marche, c’est que le per­son­nage a été mis en cause, puis dis­cul­pé, dans une his­toire du même ordre. « J’ai vou­lu évi­ter que d’autres jeunes filles soient aus­si ses vic­times » . Main­te­nant, elle es­saie de se re­cons­truire seule, avec l’aide d’amis, sans sui­vi psy­cho­lo­gique car elle n’en éprouve pas le be­soin. A une ques­tion de son avo­cat, Me Ca­boche, elle ré­pond : « ce que je veux c’est qu’il soit ju­gé. Ce se­ra la fin d’un grand com­bat, une dé­li­vrance ». Lorsque l’af­faire a été dé­cou­verte, le pré­ve­nu, hon­teux vis-à-vis de sa fa­mille, a ten­té de se sui­ci­der. Il a ava­lé des ca­chets puis il est par­ti, seul dans les bois, ar­mé d’un cou­teau. Il a com­men­cé à s’en­fon­cer l’arme dans le coeur mais il s’est en­dor­mi avant de fi­nir son geste. A l’hô­pi­tal, car le coeur a été tou­ché, il a été plon­gé dans un co­ma ar­ti­fi­ciel car il ten­tait de se dé­bran­cher. « Je ne vou­lais pas vivre » . La re­pré­sen­tante du mi­nis­tère pu­blic, Me Dalle, parle de tra­hi­son et l’ac­cuse d’avoir nié la per­sonne qui était en face de lui. Elle re­quiert 4 ans avec sur­sis avec un sui­vi so­cio ju­di­ciaire pen­dant 5 ans, des soins psy­cho­lo­giques et l’ins­crip­tion au fi­chier Fi­jais. A l’is­sue de la dé­li­bé­ra­tion, Pa­trick est dé­cla­ré cou­pable et la peine a été conforme à la ré­qui­si­tion du pro­cu­reur. * Les pré­noms ont été mo­di­fiés

Au­jourd’hui adulte, Lis­beth a gar­dé pour elle, pen­dant plus de 15 ans, les vio­lences sexuelles dont elle a été vic­time lors­qu’elle était en­fant. (pho­to d’illus­tra­tion).

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