QU’EN PENSENT LES RES­TAU­RA­TEURS ? De « l’au­baine » à « la concur­rence dé­loyale »

RÉ­AC­TIONS Les res­tau­ra­teurs vont-ils adhé­rer et fran­chir le pas “UberEats” ? C’est la ques­tion que nous avons po­sée à des res­pon­sables de res­tau­rants ou d’en­seignes de la ville.

L'Observateur de Beauvais - - BEAUVAIS - Jim­my Hau­te­cloche et Jof­frey Meu­nier

S’il y en a bien un qui ap­plau­dit des deux mains, c’est bien l’ami Ro­nald Mc Do­nald... Pour la cé­lèbre chaîne de res­tau­ra­tion ra­pide amé­ri­caine, ce nou­veau ser­vice est « une au­baine » comme l’ex­plique Ar­thur Ri­bei­ro, di­rec­teur de mar­ché des 4 « Mc Do’s » que compte Beau­vais : « Ce par­te­na­riat UberEats-Mc Do­nald’s a été conclu au ni­veau na­tio­nal. A Beau­vais, ce­la concer­ne­ra deux de nos res­tau­rants, ce­lui de Saint-Quen­tin et ce­lui du centre com­mer­cial du Jeu de Paume, les li­vreurs li­vre­ront dans un pé­ri­mètre de 3 km au­tour du res­tau­rant, ce qui couvre dé­jà une bonne par­tie de Beau­vais ». Le di­rec­teur es­père no­tam­ment que ce nou­veau ser­vice « per­met­tra de dé­ve­lop­per le chiffre d’af­faires des deux res­tau­rants »: « On a re­mar­qué que le soir et le wee­kend, les gens étaient très de­man­deurs des li­vrai­sons ».

R. DEGEZ : « ON VA FI­NIR PAR TRA­VAILLER TOUS CHEZ NOUS À FAIRE DES LA­BOS ».

Du cô­té des éta­blis­se­ments lo­caux plus clas­siques, le son de cloche n’est pas le même. Se­lon Ru­dy Degez, pa­tron de la bras­se­rie “Le Chau­dron ba­veur”, « c’est une mau­vaise idée » . Pour le com­mer­çant, qui n’avait pas en­ten­du par­ler de l’ar­ri­vée d’UberEats, ce concept pous­se­ra « les gens à res­ter cloi­trés chez eux » . Ce coup don­né à la « convi­via­li­té » prend le des­sus sur les bien­faits qu’il pour­rait ti­rer d’UberEats : une nou­velle clien­tèle et un chiffre d’af­faires plus im­por­tant. Il s’in­quiète même « d’être obli­gé de s’y mettre, si les autres res­tau­ra­teurs se lancent dans l’aven­ture » . Mais il alerte : « Un jour, on va fi­nir par tra­vailler tous chez nous à faire des la­bos. Ce qui veut dire que le mec qui se dit cui­si­nier du di­manche, et bien il va ou­vrir un pe­tit la­bo, il va faire de la res­tau­ra­tion, et puis “Uber ma­chin” va l’ame­ner chez un client, alors qu’il n’est même pas cui­si­nier. Comme pour les taxis, c’est de la concur­rence dé­loyale ».

LE SEN­SO LIVRE DÉ­JÀ

De son cô­té, Al­lan Cas­tel­lote, le chef et gé­rant du Sen­so, res­tau­rant gas­tro­no­mique pri­mé d’une toque au Gault et Millau et ré­fé­ren­cé au guide Mi­che­lin, se veut plus mo­dé­ré et moins cri­tique :« Pour l’ins­tant, on ne s’est pas po­sé la ques­tion, on ne l’en­vi­sage pas. Les gens at­tendent un ser­vice par­ti­cu­lier d’un res­tau­rant gas­tro­no­mique, une cer­taine at­ten­tion, des conseils ». Le chef ajoute qu’une offre de re­pas à em­por­ter et en li­vrai­son pour les en­tre­prises existe dé­jà :« Les gens qui veulent man­ger Sen­so chez eux n’ont qu’à nous pas­ser un coup de fil, pour­quoi payer plus cher alors qu’ils peuvent com­man­der di­rec­te­ment chez nous, sans pas­ser par un pres­ta­taire à qui on de­vrait don­ner une com­mis­sion ». Al­lan Cas­tel­lote fi­nit par nuan­cer son pro­pos : « Si ja­mais 15 clients viennent me de­man­der de re­joindre UberEats, c’est sûr que je pour­rais chan­ger mon fu­sil d’épaule, re­voir ma co­pie... ».

Al­lan Cas­tel­lote, chef du “Sen­so” à Beau­vais, n’est pas to­ta­le­ment fer­mé à pro­pos d’un po­ten­tiel par­te­na­riat fu­tur avec UberEats : « si les clients le de­mandent ».

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