Gi­lets jaunes : acte ju­di­ciaire, les 1ères condam­na­tions

BEAU­VAIS Le 22 mars, le tri­bu­nal de Beau­vais a exa­mi­né 3 af­faires con­cer­nant les dé­bor­de­ments com­mis par 3 gi­lets jaunes en marge de la ma­ni­fes­ta­tion du 1er ras­sem­ble­ment en no­vembre 2018.

L'Observateur de Beauvais - - LA UNE - J.H

Le pre­mier dos­sier trai­té par le tri­bu­nal ce vend­redi 22 mars concerne un jeune homme de 24 ans, on re­proche à ce der­nier des « vio­lences sur une per­sonne dé­po­si­taire de l’autorité pu­blique sans in­ca­pa­ci­té ». Ces faits au­raient été com­mis à Beau­vais alors qu’il par­ti­ci­pait à la pre­mière ma­ni­fes­ta­tion des gi­lets jaunes. Le tri­bu­nal a don­né une ré­ponse po­si­tive à sa de­mande de dé­lai pour pré­pa­rer sa dé­fense. L’af­faire est ren­voyée au 19 avril.

UN REN­VOI ET DEUX CONDAM­NA­TIONS

Un deuxième gi­let jaune avance à la barre. Le 18 no­vembre, il est près de 18 h quand les CRS, en mis­sion de main­tien de l’ordre sur le rond-point de la zone du Haut Villé, ap­pré­hendent un in­di­vi­du « vi­si­ble­ment ex­ci­té » qui se­rait « ren­trer en contact avec leur chef de sec­tion ». Cet homme âgé de 31 ans ne se se­rait pas lais­sé faire et au­rait ré­sis­té avec vio­lence aux po­li­ciers. En « se dé­bat­tant dans tous les sens », il au­rait en­voyé quelques coups aux po­li­ciers. C’est prin­ci­pa­le­ment un coup de poing au men­ton d’un CRS et un cro­che­pied à un autre qui sont mis en lu­mière par les dé­cla­ra­tions des fonc­tion­naires. Il au­rait aus­si ten­té de cra­cher sur un CRS sans réus­sir à tou­cher sa cible. De nom­breuses in­sultes au­raient été pro­fé­rées à l’en­contre des po­li­ciers mais le ma­gis­trat rap­pelle à l’au­dience que le pré­ve­nu n’est pas pour­sui­vi pour ce­la. De­vant le juge, cet ha­bi­tant de Ro­chy-Con­dé nie en bloc et ne re­con­naît que le croche-pied.

IL FAIT UN CROCHE-PIED AUX PO­LI­CIERS

Ce père de 3 en­fants, sa­la­rié en CDI à Beau­vais de­puis 8 ans, ra­conte à son tour sa ver­sion de l’his­toire qui dif­fère gran­de­ment de celle des po­li­ciers : « Il y a eu une seule som­ma­tion et ils ont tout de suite ti­ré de la la­cry­mo... Je suis un an­cien mi­li­taire... Je sais comment ça se passe... et nor­ma­le­ment il y a un temps pour éva­cuer... Ma femme était en 1ère ligne à proxi­mi­té des CRS, j’ai eu peur pour elle... Je me suis ap­pro­ché et je l’ai pous­sée et c’est là que des CRS m’ont pris et pla­qué au sol... Je n’ai ja­mais été au contact d’un CRS » Con­cer­nant le fa­meux croche-pied, il ex­plique avoir vé­cu son in­ter­pel­la­tion comme « une in­jus­tice » et s’être lais­sé em­por­té suite à des « mots pas cor­rects d’un CRS ». Con­cer­nant les « coups de tête » que la re­pré­sen­tante du par­quet l’ac­cuse d’avoir por­té aux po­li­ciers, le gi­let jaune s’of­fusque : « J’étais as­sis au sol et me­not­té, comment pou­vaisje don­ner des coups de tête ? ». La sub­sti­tut du pro­cu­reur per­siste et signe en rap­pe­lant que le cer­ti­fi­cat mé­di­cal du pré­ve­nu éta­bli peu de temps après l’in­ter­pel­la­tion si­gnale la pré­sence d’égra­ti­gnures et de dou­leurs au ni­veau des poi­gnets, signe se­lon elle que le pré­ve­nu a conti­nué de se dé­battre alors qu’il avait les me­nottes aux mains.

UN PRO­FIL IN­HA­BI­TUEL : MA­RIÉ, SA­LA­RIÉ, PÈRE ET AN­CIEN MI­LI­TAIRE

De son côté, le pré­ve­nu mar­tèle à plu­sieurs re­prises sa qua­li­té d’an­cien membre de l’Ar­mée de terre qui at­teste, se­lon lui, qu’il sait faire preuve d’un cer­tain sang­froid. A la ques­tion du juge sur une éven­tuelle consom­ma­tion d’al­cool le jour des faits, le gi­let jaune répond par la po­si­tive : « J’ai bu 4 bières tout au long de l’après-mi­di car l’ambiance de la ma­ni­fes­ta­tion était bon en­fant ». Lors de son in­ter­pel­la­tion, le ma­gis­trat pré­cise que le pré­ve­nu a été contrô­lé avec près de 0,30 mg d’al­cool par litre d’air ex­pi­ré. L’avo­cate des deux CRS ré­clame 400 € au titre du pré­ju­dice mo­ral et 300 € sur le fon­de­ment de l’ar­ticle 475-1 (frais de justice) pour cha­cun des fonc­tion­naires : « Ils ne fai­saient que leur tra­vail ». « La ma­ni­fes­ta­tion des gi­lets jaunes n’est qu’un élé­ment de contexte » pense bon de pré­ci­ser la re­pré­sen­tante du mi­nis­tère pu­blic en guise d’introducti­on de ses ré­qui­si­tions tout en sou­li­gnant le « cer­tain suc­cès » de cette ma­ni­fes­ta­tion qui avait réuni « près de 700 ma­ni­fes­tants à Beau­vais ». A l’en­contre de ce père de fa­mille, « jus­qu’alors in­con­nu de la justice mais qui a si­gné une très belle en­trée en la ma­tière », elle re­quiert 6 mois d’em­pri­son­ne­ment avec sur­sis et l’exé­cu­tion d’un stage de ci­toyen­ne­té aux frais du pré­ve­nu. Pour as­su­rer sa dé­fense, le pré­ve­nu, qui n’a pas fait ap­pel à un avo­cat, dé­clare : « Dans tous les cas, j’as­su­me­rai en­tiè­re­ment ma sanc­tion mais je trouve ça na­vrant, ce n’est pas du tout ce qui s’est pas­sé. On ne m’a pas lais­sé ma chance de don­ner ma ver­sion, ma femme et mes col­lègues se sont pré­sen­tés au com­mis­sa­riat, on a re­fu­sé de les en­tendre... Alors oui, j’ai la pa­role de deux re­pré­sen­tants de la loi, as­ser­men­tés contre moi mais comme tout le monde, ce sont des gens et ils peuvent men­tir ». Le gi­let jaune ter­mine sa plai­doi­rie im­pro­vi­sée en s’ex­cla­mant : « Je crois à la Justice ».

IL RE­PART DU TRI­BU­NAL AVEC 1800 € À RÉ­GLER

L’homme qui as­sure que c’était « la pre­mière ma­ni­fes­ta­tion de sa vie » risque de s’en sou­ve­nir en­core long­temps puis­qu’elle lui au­ra coû­té 1 800 € soit près d’un mois de son sa­laire (2 000 € net) : il est condam­né à 60 jours amendes à 10 € et à in­dem­ni­ser les deux fonc­tion­naires cha­cun à hau­teur de 250 € pour le pré­ju­dice mo­ral, 300 € pour les frais de justice, il de­vra fi­na­le­ment ré­gler les 127 € de pro­cé­dure fixe ré­gle­men­taire. A l’oc­ca­sion de cette au­dience, une troi­sième af­faire liée à des dé­bor­de­ments de gi­lets jaunes a été exa­mi­née, d’autres af­faires ayant lieu lors des dif­fé­rents mou­ve­ments vont pro­gres­si­ve­ment être trai­tées dans les pré­toires (lire en­ca­drés).

TOU­JOURS MO­BI­LI­SÉS

Les deux gi­lets jaunes n’avaient en­core ja­mais été condamnés

A Beau­vais, après 19 se­maines de mo­bi­li­sa­tion, cer­tains gi­lets jaunes conti­nuent de se mo­bi­li­ser : le 22 mars sur le groupe Fa­ce­book « Les G.J de Beau­vais », David Ros­couët, l’une des fi­gures lo­cales des gi­lets jaunes, a an­non­cé avoir dé­po­sé les sta­tuts pour la créa­tion d’une as­so­cia­tion de gi­lets jaunes. Une dé­ci­sion sa­luée par les autres membres du groupe évo­quant cette struc­ture comme un « moyen lé­gal de continuer le com­bat ».

Vend­redi 21 mars, pour la pre­mière fois dans le dé­par­te­ment, le tri­bu­nal de Beau­vais a ju­gé des af­faires en lien avec des dé­bor­de­ments com­mis lors des ma­ni­fes­ta­tions de gi­lets jaunes.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.