Vive la ren­trée

L'Observateur de Beauvais - - OPINIONS - Jean-Pierre de Ker­raoul

L’Ita­lie n’est pas un pays comme les autres. Elle ne pou­vait donc pas connaître une crise politique or­di­naire. Une coa­li­tion improbable de l’ex­trême droite et du Mou­ve­ment 5 étoiles (M5S), po­pu­liste, gou­ver­nait le pays sous la hou­lette d’un pre­mier mi­nistre non en­car­té, Giu­seppe Conte, jus­qu’à ce que le lea­der de la Ligue, Mat­teo Sal­vi­ni, ait dé­ci­dé de la faire ex­plo­ser, convain­cu qu’un re­tour de­vant les électeurs lui as­su­rait une ma­jo­ri­té ab­so­lue. For­te­ment an­ti-eu­ro­péen, provocateu­r sur l’im­mi­gra­tion, il par­ve­nait à im­po­ser ses vues au pre­mier mi­nistre comme à ses par­te­naires, en dé­pit de ré­sul­tats ca­tas­tro­phiques : économie en qua­si ré­ces­sion, dette abys­sale, chô­mage tou­jours éle­vé et craintes pour la sta­bi­li­té de la zone eu­ro. Ce qui se joue cette se­maine est donc d’un en­jeu consi­dé­rable, non seule­ment pour l’Ita­lie mais pour toute l’Eu­rope. Pour évi­ter de nou­velles élec­tions ris­quant de conduire Sal­vi­ni seul au pou­voir, une coa­li­tion est envisagée entre les so­ciaux-dé­mo­crates et le M5S. Avec la re­con­duc­tion de M. Conte comme chef d’un gou­ver­ne­ment mais un fort re­nou­vel­le­ment des prin­ci­paux mi­nistres. Le pré­sident de la ré­pu­blique ita­lienne, Ser­gio Ma­ta­rel­la, en­cou­rage une telle as­so­cia­tion pour mettre fin à la crise politique. Si elle voit le jour, on di­ra que l’Ita­lie une fois de plus échappe au pire ; mais il ne fau­dra pas ou­blier ce qui l’a conduite au bord du pré­ci­pice : l’ad­di­tion re­dou­table de la fai­blesse et de la dé­ma­go­gie de ses di­ri­geants, du re­fus de se ré­for­mer et de l’égoïsme de cer­tains Eu­ro­péens face à la crise mi­gra­toire. Comme la Grèce hier, l’Ita­lie a une res­pon­sa­bi­li­té dans ce qu’il lui ar­rive mais si le risque de dé­faillance de la troi­sième économie de la zone eu­ro fait trem­bler l’Eu­rope, celle-ci doit tendre la main à l’un de ses pays fon­da­teurs pour rendre l’es­poir à sa po­pu­la­tion. Face à un pro­bable Brexit sans ac­cord, l’U.E ne peut se per­mettre une nou­velle crise, elle doit mon­trer sa fer­me­té mais aus­si qu’elle a ti­ré les le­çons de ses in­suf­fi­sances. Ce­la tombe bien, elle aus­si s’ap­prête à dé­si­gner son nou­veau gou­ver­ne­ment, à Bruxelles. Alors, croi­sons les doigts et vive la ren­trée !

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