Ré­duire la frac­ture

L'Observateur de Beauvais - - OPINIONS - Jean-Pierre de Ker­raoul

Les Fran­çais sont pes­si­mistes, in­quiets et di­vi­sés. Ce n’est pas une dé­cou­verte mais une confir­ma­tion que ré­vèle l’en­quête an­nuelle Frac­tures fran­çaises (IPSOS-So­pa­raS­te­ria, avec l’Ins­ti­tut Mon­taigne et la Fon­da­tion Jean Jau­rès) ? Près des trois-quarts (73 %) voient notre pays en dé­clin, 57 % re­doutent la mon­dia­li­sa­tion et la ten­ta­tion du re­pli iden­ti­taire pro­gresse, comme le be­soin d’une pro­tec­tion ac­crue. La dé­fiance à l’égard des par­tis po­li­tiques, syn­di­cats, grandes en­tre­prises, mé­dias, par­le­men­taires, reste à un ni­veau très éle­vé ; seuls les maires (70 %) et les PME (81 %) sus­citent mas­si­ve­ment la confiance. Dès lors, l’image de la dé­mo­cra­tie est sé­rieu­se­ment écor­née : 36 % des son­dés sont ou­verts à « d’autres sys­tèmes » et la de­mande d’un « vrai chef pour re­mettre de l’ordre » garde ses par­ti­sans. Les ques­tions en­vi­ron­ne­men­tales font par­tie des pré­oc­cu­pa­tions ma­jeures de 52 % des Fran­çais, avant même l’ave­nir du sys­tème so­cial (48 %) et le pou­voir d’achat (43 %), mais nous res­tons di­vi­sés sur la né­ces­si­té d’ac­cep­ter des sa­cri­fices pour l’en­vi­ron­ne­ment (51 %) ou la prio­ri­té à don­ner à la crise so­ciale (49 %). Une autre étude, à l’échelle mon­diale, montre que l’in­quié­tude sur l’ave­nir de la pla­nète est dé­sor­mais par­ta­gée dans le monde. Contrai­re­ment à ce que l’on pour­rait croire, les plus in­quiets ne sont pas les pays riches - dont l’éco­lo­gie fait par­tie du dé­bat po­li­tique - mais les pays pauvres, où la crois­sance est une prio­ri­té ab­so­lue au prix de risques consi­dé­rables sur l’en­vi­ron­ne­ment. Le pou­voir d’achat ou la qua­li­té de l’air, de l’eau, de la bouffe ? L’in­ter­ro­ga­tion et la né­ces­si­té de rendre com­pa­tibles des at­tentes contra­dic­toires à court terme sont par­tout. En France comme dans la plu­part des pays dé­ve­lop­pés, la dif­fi­cul­té s’ex­prime po­li­ti­que­ment par la frac­ture qui sé­pare ceux qui ont en­core les moyens de pen­ser ( et de croire en) l’ave­nir et les autres. Ré­in­té­grer les classes po­pu­laires et moyennes dans la dé­mo­cra­tie est donc le dé­fi ma­jeur de notre temps. Pe­tite bonne nou­velle, les Fran­çais sont un peu plus nom­breux à pen­ser que le dé­clin n’est pas ir­ré­ver­sible, mais il fau­dra beau­coup d’écoute, d’hu­mi­li­té, de dia­logue et de proxi­mi­té pour re­cons­truire peu à peu une ca­pa­ci­té de confiance. L’op­ti­misme n’est pas à la mode, mais nous ne l’ex­cluons pas. Di­sons que c’est un pre­mier pas.

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