MME RIDEL, UNE VIE LIÉE AU COL­LÈGE « Le pro­blème, c’est que les jeunes ne lisent plus »

AU­NEUIL Ma­rie-Fran­çoise Ridel, 63 ans, vient de prendre sa re­traite après 33 ans pas­sés au col­lège Le Point du Jour. Pro­fes­seure de fran­çais, la­tin et grec, elle re­vient sur son par­cours.

L'Observateur de Beauvais - - AUNEUIL - Pro­pos re­cueillis par Jof­frey Meu­nier

Pour la pre­mière fois de­puis près de 40 ans, Ma­rie-Fran­çoise Ridel n’a pas fait la ren­trée sco­laire, dé­but sep­tembre. Toute jeune re­trai­tée, la Beau­vai­sienne de 63 ans porte un re­gard plein de ten­dresse lors­qu’elle jette un coup d’oeil dans le ré­tro de ses an­nées dans les éta­blis­se­ments sco­laires. Après des dé­buts au ly­cée en ré­gion pa­ri­sienne, l’en­sei­gnante a pour­sui­vi son par­cours dans les col­lèges de Bresles, Saint-Just en Chaus­sée, Cler­mont, Mouy et Beauvais (George Sand et Mi­che­let). Pro­fes­seure de fran­çais, la­tin et grec, elle est en­suite ar­ri­vée au col­lège Le Point du Jour à Au­neuil, en 1986, et ne l’a plus ja­mais quit­té...

L’Ob­ser­va­teur : Quels sou­ve­nirs gar­dez-vous de vos dé­buts au col­lège d’Au­neuil ? Ma­rie-Fran­çoise Ridel :

C’était un col­lège tout neuf, il n’y avait rien. Il a fal­lu tra­vailler au dé­part avec des ma­nuels qu’on em­prun­tait à d’autres col­lèges. On a vrai­ment es­suyé les plâtres. Il y avait une équipe très sou­dée, et c’est là que j’ai connu mon ma­ri, qui tra­vaillait à la SEGPA (sec­tion d’en­sei­gne­ment gé­né­ral et pro­fes­sion­nel adap­té) d’Au­neuil. On a eu deux en­fants qui sont ve­nus en­suite au col­lège. Toute ma vie est liée au col­lège d’Au­neuil.

Quel était votre style en tant que prof ?

Je me met­tais ra­re­ment en co­lère. Je ta­pais sur la table peut-être deux ou trois fois dans l’an­née, et il étaient tel­le­ment sur­pris de me Ma­rie-Fran­çoise Ridel : « J’ai tra­vaillé en le­vant la voix, pen­dant deux ans, avec le bruit des per­ceuses. Si on m’in­vite, j’irai voir le col­lège lors­qu’il se­ra com­plè­te­ment ré­no­vé ». Oui, j’ai ren­for­cé l’or­tho­graphe dans mes cours. Je fai­sais des dic­tées pré­pa­rées en 3e. L’idée est d’ap­prendre l’or­tho­graphe des mots et de com­prendre les ac­cords. En fin de 3e, j’avais une cer­taine vic­toire de voir que ça s’amé­lio­rait. Les dic­tées pré­pa­rées font dé­sor­mais par­tie des pro­grammes. Il y a même le re­tour de la gram­maire dans les nou­veaux pro­grammes.

À contra­rio, y a-t-il des points sur les­quels vos élèves des dix der­nières an­nées étaient plus per­for­mants ?

Je vais en­core par­ler de jeu vi­déo. Par­fois, j’avais des ré­fé­rences dans les ré­dac­tions à tel ou tel jeu vi­déo. Ce­la dé­ve­loppe leur ima­gi­naire, et fait ap­pel à des ré­fé­rences en an­glais. Je sais que mon fils s’est amé­lio­ré en an­glais grâce aux jeux vi­déo. Donc, ce n’est pas com­plè­te­ment né­faste.

Que pen­sez-vous de toutes les ré­formes du bre­vet qui se sont suc­cé­dées ?

Il y en a beau­coup, peut-être beau­coup trop. Dès qu’il y a un nou­veau mi­nistre, il y a une nou­velle ré­forme, et ça, ce n’est pas très bon. Par contre, il y a un oral de­puis quelques an­nées qui est ab­so­lu­ment gé­nial. Les élèves ap­prennent à prendre la pa­role de­vant un ju­ry de profs. Mes 3e pré­sen­taient leur rap­port de stage. Quand on pré­sente du vé­cu, on a beau­coup de choses à dire. Je me rap­pelle d’un élève qui avait fait un stage dans l’agri­cul­ture, il avait ra­me­né les graines qu’on donne aux vaches, on a failli de­voir y goû­ter.

Vous étiez aus­si prof de la­tin et de grec. Com­ment évo­lue l’in­té­rêt pour ces ma­tières ?

Il s’est main­te­nu. J’ai eu les en­fants de mes an­ciens élèves qui avaient fait du la­tin. Il y avait une bonne am­biance dans mes cours, on ne fai­sait pas des listes en­tières de vo­ca­bu­laire à ap­prendre par coeur. J’avais ima­gi­né le prin­cipe de la pêche aux mots. J’avais une pe­tite sa­coche, on met­tait des pa­piers de vo­ca­bu­laire, et ils ado­raient. La pêche aux mots en la­tin à Au­neuil, c’était quelque chose. L’an der­nier, j’avais 24 élèves en 5e, 20 en 4e et 15 en 3e, donc ce n’était pas des mi­ni­groupes.

On en­tend en­core que le la­tin ne sert à rien, qu’il s’agit d’une langue morte…

Je rap­pelle que son uti­li­té est mul­tiple. On par­lait de l’or­tho­graphe. On ap­prend des mots au la­tin et on fait le lien pour sa­voir les écrire. Par exemple, en cours d’EPS, quand on ar­rive ex-ae­quo, per­sonne ne sait écrire ce mot en 5e. Après, il y a tout l’ap­port de la my­tho­lo­gie, de l’His­toire, de l’an­ti­qui­té… Les 5e étaient per­sua­dés que j’étais à l’école avec Jules Cé­sar (rires).

Et le grec ?

Les élèves étaient un peu moins nom­breux. Lors de ma der­nière an­née d’en­sei­gne­ment du grec, en 5e, je n’avais que des gar­çons at­ti­rés par la my­tho­lo­gie. Ils me par­laient de per­son­nages qu’ils avaient connus par les jeux vi­déo et les des­sins ani­més, comme Alexandre Le Grand. Il y avait un en­goue­ment, c’est dom­mage qu’un prin­ci­pal ait dé­cré­té un jour que ça ne ser­vait à rien.

Com­ment vi­vez-vous ces pre­miers jours de jeune re­trai­tée ?

Le fait d’ar­rê­ter, c’est dur, très dur (elle re­tient ses larmes). Ne pas avoir fait la ren­trée, dans mon col­lège, ne plus voir mes élèves, c’est com­pli­qué. Mais j’ai trou­vé un moyen, je donne des cours par­ti­cu­liers. Je vais suivre une pe­tite qui entre en 6e et j’ai une jeune, en classe de 1ère, qui a de grandes dif­fi­cul­tés en fran­çais.

Quelle est votre plus grande fier­té ?

« Les 5e étaient per­sua­dés que j’étais à l’école avec Jules Cé­sar ».

Mon der­nier fils, Au­ré­lien, vient d’in­té­grer l’Edu­ca­tion na­tio­nale. À 25 ans, il vient de faire sa ren­trée avec des ma­ter­nelles, à Bon­neuilles-Eaux, près d’Amiens. Je suis contente parce que j’ai pas­sé le re­lais. J’es­père qu’il fe­ra une aus­si belle car­rière que la mienne, avec au­tant de pas­sion.

Le sens de l’orien­ta­tion

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