Pol­lu­tion du Ru par Spon­tex : les ex­cuses pu­bliques du di­rec­teur

SAINT-JUST-DES-MA­RAIS Les épi­sodes de pol­lu­tion liés à Spon­tex, puis l’ar­rêt de la pro­duc­tion, ont pro­pul­sé Ré­gis Bor­re­ga à la tête de l’usine. Il s’est adres­sé aux ha­bi­tants lors de la réu­nion de quar­tier.

L'Observateur de Beauvais - - LA UNE - Jof­frey Meu­nier

La salle de la mai­son de quar­tier, rue de SaintJust-des-Ma­rais, était bien trop pe­tite, ce jeu­di 10 oc­tobre, pour ac­cueillir toutes les per­sonnes pré­sentes à la réu­nion de quar­tier. Cette ef­fer­ves­cence (des Beau­vai­siens sont res­tés de­bout à l’en­trée de la salle) était clai­re­ment symp­to­ma­tique d’un contexte par­ti­cu­lier, lié à la pol­lu­tion du ru Saint-Ni­co­las, oc­ca­sion­née cet été par l’usine Spon­tex. Les trois épi­sodes suc­ces­sifs de pol­lu­tion en août, avec le re­jet d’eau so­dée (lire ci-des­sous) dans le ru qui longe l’en­tre­prise, avaient été la consé­quence d’une sus­pen­sion des ac­ti­vi­tés de pro­duc­tion (par­tie de fa­bri­ca­tion d’éponges) de l’usine pen­dant deux se­maines. Le di­rec­teur de l’époque, JeanJacque­s Ros­pars, n’avait pas ré­sis­té au tol­lé pro­vo­qué par la si­tua­tion. Il avait été rem­pla­cé par Ré­gis Bor­re­ga, le 17 sep­tembre, dans l’en­tre­prise de­puis vingt ans, dont dix en tant que res­pon­sable de pro­duc­tion. Moins d’un mois après sa prise de fonc­tion, le nou­veau pa­tron était pré­sent lors de la réu­nion de quar­tier pour faire le point de­vant les ha­bi­tants. « Je suis ici en tant que di­rec­teur de l’usine de Spon­tex, mais ça fait aus­si 20 ans que j’ha­bite dans le quar­tier » , a-t-il lan­cé aux Beau­vai­siens qui sont aus­si ses « voi­sins » . Une fa­çon de s’ins­crire dans une re­la­tion de « confiance » , l’un des prin­ci­paux che­vaux de ba­taille de Ré­gis Bor­re­ga. « De­puis le 27 août, date du der­nier épi­sode de pol­lu­tion, nous avons fait énor­mé­ment de choses dans l’usine, a-t-il pré­ci­sé. On a re­vu l’en­semble de nos ca­na­li­sa­tions, de nos ca­ni­veaux pour les ins­pec­ter et les ré­pa­rer si né­ces­saire. Ils ont été tes­tés, en terme d’étan­chéi­té, pour vé­ri­fier qu’il n’y avait pas de fuites pos­sibles de­puis notre ate­lier de pro­duc­tion éponges jus­qu’au ru Saint-Ni­co­las. Ce tra­vail nous a pris une quin­zaine de jours, jours et nuits, pour fia­bi­li­ser les conduites et s’as­su­rer que tout trans­fert de ma­tières vers le ru était to­ta­le­ment éli­mi­né. C’est grâce à ce tra­vail et la confiance re­trou­vée de la DREAL (di­rec­tion ré­gio­nale de l’en­vi­ron­ne­ment, de l’amé­na­ge­ment et du lo­ge­ment) que nous avons pu re­dé­mar­rer les ins­tal­la­tions le 12 sep­tembre. De­puis cette date, tous les in­di­ca­teurs en­vi­ron­ne­men­taux de l’usine sont conformes et stables. Au­jourd’hui, l’eau qui coule au tra­vers de l’usine res­sort conforme à notre ar­rê­té pré­fec­to­ral d’ex­ploi­ta­tion. Et je m’en­gage au­près de vous à faire en sorte que ce­la dure des an­nées voire des dé­cen­nies » .

BAS­SINS DE DÉCANTATIO­N

Avant de se pro­je­ter vers l’ave­nir, il faut dé­jà se fo­ca­li­ser sur le pré­sent. Et les Beau­vai­siens ont par­ta­gé leurs in­quié­tudes du­rant la réu­nion de quar­tier. L’un d’entre eux a in­ter­pel­lé Ré­gis Bor­re­ga sur la pré­sence ou non de « bas­sins de décantatio­n » pour sa­voir si le site était « to­ta­le­ment étanche » en cas de pol­lu­tion in­terne. « On en a plu­sieurs et à deux en­droits de l’usine, a ré­pon­du le di­rec­teur de l’usine, un pre­mier proche des ins­tal­la­tions in­dus­trielles, dans la par­tie Nord. On a aus­si quatre la­gunes, dans la par­tie sud, d’une ving­taine de mètres de dia­mètre et plu­sieurs mètres de pro­fon­deur » . Une pré­ci­sion qui lui a aus­si per­mis de com­battre les idées re­çues : « l’en­semble des ef­fluents li­quides sont au­jourd’hui col­lec­tés et re­je­tés dans notre sta­tion de trai­te­ment. On ne re­jette rien dans les ri­vières du cô­té Nord de l’usine, et on re­jette une eau tes­tée ré­gu­liè­re­ment, par un la­bo­ra­toire ex­té­rieur, dans la ri­vière au sud de l’usine. En ré­su­mé, nous avons une usine qui per­met le confi­ne­ment de l’en­semble de ses eaux in­dus­trielles, on les en­voie dans une sta­tion de trai­te­ment, qui après décantatio­n, sont re­je­tées dans le mi­lieu na­tu­rel » . Un constat sans cesse ré­pé­té par le nou­veau di­rec­teur, de­puis le 17 sep­tembre, no­tam­ment au­près du pré­sident des jar­dins fa­mi­liaux du quar­tier Saint-Quen­tin, Ber­nard Le­roy. « Je le ren­contre quo­ti­dien­ne­ment, sou­ligne Ré­gis Bor­re­ga, il m’ex­plique ses dif­fi­cul­tés, le fait de re­cueillir les émois de ses jar­di­niers. Et moi de mon cô­té, je dois lui ga­ran­tir une qua­li­té de l’eau conforme » . Ber­nard Le­roy est un exemple de ces Beau­vai­siens im­pac­tés par la pol­lu­tion du ru, qui ont aus­si souf­fert d’un manque de com­mu­ni­ca­tion de l’en­tre­prise cet été. À ce titre, « je viens aus­si vous pré­sen­ter les ex­cuses de l’en­tre­prise Spon­tex vis-à-vis des ha­bi­tants du quar­tier et des jar­di­niers » ,a concé­dé le nou­veau di­rec­teur. Cette ab­sence de com­mu­ni­ca­tion gé­né­rale a créé une réelle psy­chose chez les Beau­vai­siens du quar­tier. Une ha­bi­tante, avec son bé­bé dans les bras, re­late son in­quié­tude le jour où elle a re­çu un SMS d’une voi­sine lui di­sant qu’il ne fal­lait pas boire l’eau du ro­bi­net... « S’il y avait eu un dan­ger de pol­lu­tion réel sur l’eau po­table, on au­rait dé­clen­ché le plan com­mu­nal de sau­ve­garde, a ré­pon­du Sté­phane Tisné, le di­rec­teur pré­ven­tion - sé­cu­ri­té à la Ville de Beau­vais. Vous au­riez re­çu des sms, des mails, on au­rait pas­ser des mes­sages à la ra­dio… Là, comme il n’y avait pas de dan­ge­ro­si­té avé­rée, c’est pour ce­la que vous n’avez pas été pré­ve­nus » .

« S’il y avait eu un dan­ger (...) sur l’eau po­table, on au­rait dé­clen­ché le plan com­mu­nal de sau­ve­garde ».

Après s’être ex­pri­mé de­vant les Beau­vai­siens, le nou­veau di­rec­teur de l’usine Spon­tex, Ré­gis Bor­re­ga (au centre, veste noire), a re­pris sa place dans le pu­blic, en tant qu’ha­bi­tant du quar­tier.

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