Il fil­mait sa belle-fille nue en ca­chette

Un quin­qua­gé­naire ca­chait des ca­mé­ras pour fil­mer sa belle-fille sous la douche ou dans les toi­lettes. Sur son or­di­na­teur ont été re­trou­vés des films et des pho­tos pé­do­por­no­gra­phiques.

L'Observateur de Beauvais - - LA UNE -

Je fais des crises d’angoisse, je n’ai au­cune vie sen­ti­men­tale, de grosses dif­fi­cul­tés de concen­tra­tion, j’ai peur pour ma soeur, c’est très dif­fi­cile à vivre. » C’est d’une voix trem­blante que la jeune femme de 27 ans, Ma­rie* s’ex­prime à la barre du tri­bu­nal lorsque la pré­si­dente lui donne la pa­role. A deux pas d’elle se trouve Mi­chel, son beau-père de 56 ans, ac­cu­sé d’at­teinte à l’in­ti­mi­té et de dé­ten­tion d’images pé­do­por­no­gra­phiques. La pré­si­dente lui de­mande ce qu’elle at­tend de cette au­dience. « Qu’il soit re­con­nu cou­pable, qu’on dise que le pro­blème vient de cette per­sonne et non de moi », ré­pond-elle. Un mes­sage qu’elle sou­haite faire pas­ser no­tam­ment à sa mère qui a choi­si de sou­te­nir son mari. Le che­min pour ar­ri­ver à cette au­dience a été long et dif­fi­cile pour la jeune femme. En dé­cembre 2018, alors qu’elle passe le week-end chez sa mère et son beau-père, elle s’aper­çoit en pre­nant sa douche qu’une ca­mé­ra est ca­chée dans la poche d’un pei­gnoir et qu’elle est en train d’être fil­mée. Elle choi­sit de ne rien dire mais prend la carte mé­moire de la ca­mé­ra et note peu après une cer­taine gêne chez son beau-père. Le 4 jan­vier 2019, elle dé­cide de por­ter plainte à Pa­ris où elle ré­side. Mais rien ne bouge. Elle a cou­pé tout contact avec sa mère et son beau-père.La mère s’in­quiète et de­mande à son fils la rai­son du si­lence de sa soeur. Ce der­nier lui dit qu’elle a trou­vé une ca­mé­ra qui la fil­mait dans la salle de bain. La mère n’y croit pas une se­conde. La fa­mille ma­ter­nelle fait front contre la jeune femme. En mars 2019, elle tente une se­conde dé­marche au com­mis­sa­riat de Beauvais. Et cette fois, sa pa­role est prise au sé­rieux. La mère est au­di­tion­née. Elle couvre son mari en ex­pli­quant que la ca­mé­ra était là pour fil­mer leurs propres ébats et non sa fille. Le 13 mai sui­vant, une per­qui­si­tion au do­mi­cile conju­gal va se ré­vé­ler riche en dé­cou­vertes. Un ca­mé­scope, des clés usb, un ap­pa­reil pho­to, des disques durs et deux ca­mé­ras dis­si­mu­lées sont re­trou­vées. Mais sur­tout, dans l’abri de jar­din, les po­li­ciers re­trouvent un or­di­na­teur ca­ché dans un sac de gra­nu­lés. Les fi­chiers ont été ef­fa­cés mais les po­li­ciers par­viennent à les re­trou­ver et dé­couvrent plus de 3 600 vi­déos por­no­gra­phiques, 68 images pé­do­por­no­gra­phiques, quatre vi­déos de Ma­rie sous la douche ou dans les toi­lettes et des pho­tos agran­dies de son sexe. Le couple est pla­cé en garde à vue. La mère re­con­naît avoir men­ti pour cou­vrir son mari mais elle tombe des nues quant au conte­nu de l’or­di­na­teur. Son mari fi­nit par re­con­naître avoir fil­mé sa belle-fille mais « par ven­geance parce qu’elle vou­lait dé­truire la cel­lule fa­mi­liale ». Il tente de re­je­ter sa res­pon­sa­bi­li­té sur les épaules de la jeune femme et « ses te­nues in­dé­centes, pro­vo­cantes ». Un sys­tème de dé­fense ré­cur­rent chez les pré­da­teurs sexuels. Concer­nant les films por­nos qui mettent par­fois en scène des ado­les­centes, il ne « sa­vait pas que c’était in­ter­dit par la loi » de re­gar­der ce genre de films tour­nés avec des mi­neures. Quant aux images pé­do­por­no­gra­phiques « vrai­ment dé­gueu­lasses, ul­tra sor­dides », se­lon les propres mots de la pré­si­dente qui en a pour­tant vu d’autres, Mi­chel nie les avoir té­lé­char­gées, il parle de « sco­ries ». Tout comme il nie avoir ins­tal­lé un lo­gi­ciel lui per­met­tant de na­vi­guer sur le dark­net pour as­sou­vir ses be­soins en pré­ser­vant son ano­ny­mat. À l’au­dience, mal­gré les ques­tions per­cu­tantes de la pré­si­dente, l’homme s’éver­tue sans cesse à se dé­doua­ner ou à ré­pondre à cô­té, ce qui va fi­na­le­ment faire bon­dir la pro­cu­reure : « Ar­rê­tez de prendre le tri­bu­nal pour des idiots ! » Ce n’est que lorsque sa belle-fille va s’ex­pri­mer qu’il va pleu­rer et s’ex­cu­ser : « J’ai honte, je suis dé­so­lé. » Le rap­port de l’ex­pert psy­chiatre n’est pas des plus ras­su­rants. Il est no­té des « traits per­vers », « une im­por­tante ten­dance à la ma­ni­pu­la­tion », « une énorme ca­pa­ci­té au dé­ni » ou en­core « l’in­ter­dit n’est pas in­té­gré ». De­puis sa garde à vue, l’homme voit ré­gu­liè­re­ment un psy­cho­logue et dit tra­vailler sur ses pro­blèmes. Sa belle-fille aus­si est sui­vie par un psy­cho­logue de­puis sa découverte. « Elle a peur de tout et de tout le monde. Elle se sent épiée, a peur de gestes simples comme de prendre sa douche », ex­plique l’avo­cate de la jeune femme. De son cô­té, l’avo­cate du pré­ve­nu parle du « dos­sier de la honte » pour son client qui a re­con­nu sa culpa­bi­li­té vis à vis de sa belle fille. Quant à la pé­do­por­no­gra­phie, elle re­con­naît :« Ce­la va être dif­fi­cile pour lui de com­prendre la condam­na­tion ». Cette condam­na­tion s’élève à 12 mois de pri­son avec sur­sis as­sor­ti d’un sui­vi so­cio­ju­di­ciaire de 3 ans avec obli­ga­tion de soins. S’il ne res­pecte pas ce sui­vi, il par­ti­ra en pri­son pour 2 ans. Il lui est in­ter­dit d’oc­cu­per une ac­ti­vi­té en contact avec des mi­neurs et son nom est dé­sor­mais ins­crit au fi­chier des au­teurs d’in­frac­tions sexuelles. En­fin, il de­vra ver­ser 2 000 € de dom­mages et in­té­rêts à sa bel­le­fille. * Pré­nom mo­di­fié P. H.-P.

« Je fais des crises d’angoisse, je n’ai au­cune vie sen­ti­men­tale, j’ai peur pour ma soeur ».

L’or­di­na­teur conte­nant des vi­déos de la vic­time, 3 600 films por­no­gra­phiques et des images de pé­do­por­no­gra­phie, était ca­ché dans un sac à gra­nu­lés dans l’abri de jar­din. (ph. d’ill.)

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