In­sé­cu­ri­té, lo­ge­ment, chô­mage… réunion de quar­tier élec­trique

Jeu­di 7 no­vembre, la mu­ni­ci­pa­li­té a don­né ren­dez-vous aux ha­bi­tants d’Ar­gen­tine pour leur don­ner la pa­role, une réunion qui s’est ré­vé­lée pour la moins agi­tée et où de nom­breux su­jets ont été abor­dés.

L'Observateur de Beauvais - - LA UNE -

Le 7 no­vembre, il est 19h dans l’Es­pace Ar­gen­tine, la salle est bon­dée de monde : près de 200 ha­bi­tants du quar­tier ont fait le dé­pla­ce­ment pour ve­nir ren­con­trer les élus de la ville. Du­rant toute la soi­rée, l’am­biance va être élec­trique, les élus doivent faire face à de nom­breuses re­ven­di­ca­tions et cri­tiques des ri­ve­rains. Ain­si et alors que la réunion n’a pas en­core com­men­cé, on peut dé­jà en­tendre des gro­gne­ments ve­nir d’ici et là dans la foule, par­mi eux un homme en­rage : « Je me suis fait agres­ser hier de­vant la bou­lan­ge­rie, j’ai ap­pe­lé la po­lice mais ils n’ont rien fait... Ce cli­mat d’in­sé­cu­ri­té fait beau­coup de mal aux com­mer­çants, les gens n’osent plus al­ler aux Champs Dolent, ils ont mis le com­mis­sa­riat à Saint-Jean, nous on en a be­soin ! » . Sans le sa­voir, ce par­ti­ci­pant vient de mettre le doigt sur deux des prin­ci­paux su­jets abor­dés lors de cette soi­rée : l’in­sé­cu­ri­té et la ré­ha­bi­li­ta­tion ur­baine.

AGRES­SION, SQUAT, CAM­BRIO­LAGES, BAR­BE­CUE SAU­VAGE...

Comme lors de toutes les réunions de quar­tier, Ca­ro­line Cayeux, la maire de Beau­vais re­vient sur les do­léances qui ont été faites lors des pré­cé­dentes réunions et sur les ré­ponses que la mai­rie y a ap­por­té. Une in­tro­duc­tion qui est très vite in­ter­rom­pue par des plaintes d’ha­bi­tants : quand l’un parle d’une ten­ta­tive d’agres­sion, un autre dit avoir man­qué de se faire écra­ser aux abords d’une école alors qu’il pro­me­nait sa fille en pous­sette. Les élus et Ma­thieu Flaire, le com­mis­saire de Beau­vais, tentent de faire re­tom­ber la ten­sion en pré­sen­tant avec calme et pé­da­go­gie des ré­ponses adap­tées à chaque si­tua­tion. Mal­heu­reu­se­ment, les ex­pli­ca­tions des élus ont semblent-elles bien du mal à être en­ten­dues par les ha­bi­tants, cer­tains semblent être à bout de nerf comme cet homme qui pré­tends que son do­mi­cile a dé­jà été cam­brio­lé à trois re­prises : « J’ai ap­pe­lé la po­lice ils ne viennent pas ou ils ar­rivent 3 h après... si ça conti­nue comme ça je vais prendre un pé­tard et faire boum boum ! » mime t-il avec ses doigts. Après avoir abor­dé plu­sieurs sou­cis de voi­rie et d’en­tre­tien des es­paces verts aux­quels la mai­rie a dans la ma­jo­ri­té des cas ap­por­té une so­lu­tion sa­tis­fai­sante se­lon les ha­bi­tants, les ques­tions re­la­tives à la sé­cu­ri­té dans le quar­tier re­viennent : at­trou­pe­ment de jeunes au centre com­mer­cial des Champs Dolent, bar­be­cue sau­vage à 3 h du ma­tin, voi­tures qui brûlent, squat dans un an­cien lo­cal de France Te­le­com et rue du Maine. « Je suis auxi­liaire de san­té je quitte tard le soir, il y a tou­jours des jeunes par di­zaines de­vant les ma­ga­sins, je ne peut pas prendre ma ba­guette, j’ai peur », ex­plique une ha­bi­tante du quar­tier.

DES EM­PLOIS SANS CAN­DI­DATS

Quelques voix dis­so­nantes s’élèvent tout de même pour mo­dé­rer ces der­niers pro­pos : « Les jeunes sur le quar­tier sont sym­pas, ils disent tou­jours bon­jour, le vrai pro­blème c’est qu’ils sont tou­jours là car ils sont au chô­mage, que peut-on faire ? » s’ex­clame une re­trai­tée. Un ha­bi­tant

pro­pose pour sa part d’ « im­po­ser des quo­tas pour obli­ger des en­tre­prises à em­bau­cher des jeunes de la ZUP ». Ca­ro­line Cayeux rap­pelle qu’Ar­gen­tine a un temps bé­né­fi­cié d’un ré­gime de zone franche et qu’il y a ac­tuel­le­ment des « em­plois dis­po­nibles mais pas for­cé­ment de pre­neurs » : « Il y a quelques jours, une en­tre­prise a pro­po­sé des em­plois en in­té­rim (ndlr : 100 postes chez ADS) mais ils n’ont pas réus­si à trou­ver des per­sonnes mo­ti­vées, il y a des jeunes qui ne veulent même plus al­ler à la mis­sion lo­cale, ça me déses­père ! » Un ri­ve­rain re­grette l’ab­sence de boîtes d’in­ter­im dans le quar­tier alors que plu­sieurs sont pré­sentes dans le centre-ville. Pour le con­seiller mu­ni­ci­pal, Ma­ma­dou Ly, comme pour les autres élus, une nou­velle fois, le pro­blème n’est pas là : « On a des struc­tures et des as­so­cia­tions qui peuvent em­me­ner les jeunes dans le centre. On a le Blog 46 qui re­çoit plus de 12 000 jeunes par an, on a le bus pour l’em­ploi du dé­par­te­ment qui passe dans le quar­tier, on a le Proch’em­ploi de la ré­gion » . Pour lut­ter contre le sen­ti­ment d’in­sé­cu­ri­té dans le quar­tier, une autre ha­bi­tante plaide pour « plus de so­li­da­ri­té » : « Il y a des gens mal­heu­reux, il faut leur par­ler, les ai­der ».

LE FLÉAU DE LA DROGUE

Pour de nom­breux ri­ve­rains, l’ori­gine de l’in­sé­cu­ri­té est toute trou­vée : la drogue. « A Beau­vais, il est plus fa­cile d’ache­ter 1 g que d’ache­ter des Ha­ri­bos, c’est un fléau, on le voit, on le sait et on ne fait rien ! » s’ex­clame de fa­çon très ima­gée un père de fa­mille in­quiet pour ses en­fants. Le com­mis­saire de Beau­vais rap­pelle que ses ser­vices « en­quêtent pour ma­té­ria­li­ser les tra­fics de stu­pé­fiants et pro­cé­der à des in­ter­pel­la­tions » , en pre­nant pour exemple l’opé­ra­tion du 4 no­vembre ayant per­mis d’ar­rê­ter un ache­teur et trois re­ven­deurs dans le quar­tier. Des ac­tions ju­gées in­suf­fi­santes pour un

ri­ve­rain qui fus­tige « l’in­ac­tion » de la po­lice mu­ni­ci­pale et na­tio­nale, Ca­ro­line Cayeux s’of­fusque : « Je ne peux pas lais­ser dire ça, c’est in­ad­mis­sible, les po­li­ciers tra­vaillent jour et nuit, ils font un mé­tier dif­fi­cile ! » . Une dé­cla­ra­tion cor­ro­bo­rée par une ha­bi­tante qui ex­plique « voir les po­li­ciers tour­ner toute la nuit dans le quar­tier » .

DES PO­LI­CIERS EN PLUS

Concer­nant un éven­tuel « manque de vi­si­bi­li­té » des fonc­tion­naires de po­lice, le com­mis­saire tient à rap­pe­ler que « pour pou­voir être ef­fi­cace », les po­li­ciers doivent par­fois « opé­rer de ma­nière dif­fé­rente qu’en plein jour ». La maire de Beau­vais évoque le re­cru­te­ment ré­cent de po­li­ciers mu­ni­ci­paux sup­plé­men­taires avec la mise en place de la bri­gade mo­bile qui de­vrait no­tam­ment être plus pré­sente dans le quar­tier. Des ar­gu­ments qui ne ren­contrent pas le même suc­cès que les dé­cla­ra­tions de cer­tains ri­ve­rains qui sont ponc­tués par des salves d’ap­plau­dis­se­ment : « Ce­la fait 42 ans que j’ha­bite le quar­tier et que je vois Ar­gen­tine se dé­gra­der ! ». Franck Pia, le pre­mier ad­joint qui ne « veut pas lais­ser dire que la ville ne fait rien » évoque les nom­breuses ac­tions mises en place par la mu­ni­ci­pa­li­té à tra­vers les écoles, la mai­son des fa­milles, le CCAS... Qui plus est pour l’élu, « la po­lice ne peut pas se sub­sti­tuer aux pa­rents », une dé­cla­ra­tion très ap­plau­die dans la salle. Une re­trai­tée beau­vai­sienne pro­pose une re­fonte de la loi sur le sta­tut ju­di­ciaire et « l’im­mu­ni­té » des mi­neurs car, se­lon elle « les en­fants de 1945 ne sont pas ceux de 2019 » , une « ana­lyse » que « par­tage un peu » la maire de Beau­vais. Une autre source d’aga­ce­ment qui re­vient de fa­çon récurrente pour les ha­bi­tants pré­sents est l’op­po­si­tion entre Ar­gen­tine et

Saint-Jean, nom­breux sont les ha­bi­tants à sou­li­gner la « ré­ha­bi­li­ta­tion et l’em­bel­lis­se­ment » dont a fait l’ob­jet ce der­nier quar­tier contrai­re­ment à Ar­gen­tine.

DES­TRUC­TION DE 400 LO­GE­MENTS ET DU FOYER ADOMA

A ce su­jet, Ca­ro­line Cayeux rap­pelle que dès l’an pro­chain le Nou­veau Pro­gramme de Ré­no­va­tion Ur­baine (NPRU) va pro­gres­si­ve­ment trans­for­mer Ar­gen­tine : « 197 mil­lions d’€ vont être in­ves­tis dans la ré­ha­bi­li­ta­tion du quar­tier, les dé­ci­sions sont prises et l’ar­gent va être dé­blo­qué ». La maire pré­cise ce­pen­dant que « ce­la ne se fe­ra pas en un jour » : « La ré­ha­bi­li­ta­tion de Saint-Jean ne s’est pas fait en une se­maine, ça a pris 10 ans

Une ré­ha­bi­li­ta­tion du quar­tier pen­dant 6 ou 7 ans : 197 mil­lions d’€ in­ves­tis

et ça conti­nue en­core au­jourd’hui ». Par­mi les pre­mières trans­for­ma­tions qui de­vraient voir le jour, le dé­mé­na­ge­ment et la des­truc­tion du foyer ADOMA dans les 2 ans, une nou­velle qui semble ra­vir cette ri­ve­raine qui est ex­cé­dée par « les jets de dé­tri­tus par les fe­nêtres du foyer ». Pour Franck Pia, « la pro­pre­té est un pro­blème de com­por­te­ment gé­né­ral » : « Nos agents sont mis quo­ti­dien­ne­ment à l’épreuve pour gar­der la ville propre ».

CRÉA­TIONS : ÉCOLE, CRÈCHE, « POU­MON VERT »...

La maire liste les nom­breuses trans­for­ma­tions qui vont im­pac­ter le quar­tier « dans les 6 ou 7 ans qui viennent » :

• La des­truc­tion de près de 400 lo­ge­ments des bailleurs so­ciaux.

• La des­truc­tion de l’ac­tuelle crèche Pierre Ja­co­by, ju­gée « trop vé­tuste » et qui se­ra rem­pla­cée par une crèche plus mo­derne.

• La créa­tion d’un groupe sco­laire mo­derne sur l’es­pace Mor­van avec une nou­velle can­tine et un nou­veau centre de loi­sirs.

• La re­qua­li­fi­ca­tion et la mo­der­ni­sa­tion de nom­breuses rues.

• La des­truc­tion de l’an­cienne pou­pon­nière du dé­par­te­ment et la mise en place en lieu et place d’un « pou­mon vert » pour le quar­tier.

L’élue rap­pelle éga­le­ment que plu­sieurs réunions ont dé­jà eu lieu au su­jet du NPRU et que d’autres au­ront lieu à l’ave­nir afin de « que le pro­jet soit fait en concer­ta­tion avec les ha­bi­tants ». De nom­breux autres su­jets se­ront abor­dés au cours de la soi­rée no­tam­ment la pro­blé­ma­tique des étour­neaux qui en­va­hissent chaque an­née le quar­tier et pro­voquent des nui­sances par leurs cris et leurs dé­jec­tions, La maire a rap­pe­lé que de nom­breuses so­lu­tions avaient dé­jà été es­sayées sans grand suc­cès. Elle pré­cise ce­pen­dant qu’une nou­velle cam­pagne d’ef­fa­rou­che­ment se­ra me­née entre le 21 et le 24 no­vembre. Fi­na­le­ment, après près de 2h30 de dé­bat, la soi­rée se ter­mine dans le calme au­tour d’un verre de l’ami­tié. Jim­my Hau­te­cloche

Le 7 no­vembre, lors de la réunion de quar­tier à Ar­gen­tine, les élus n’ont pas man­qué d’être in­ter­pel­lés à de nom­breuses re­prises sur les ques­tions liées à l’in­sé­cu­ri­té.

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