Un Pra­gou­li­nois sou­dé à son ate­lier de forge

La Gazette de Thiers - - LA UNE - LAU­RA MO­REL lau­ra.mo­rel@cen­tre­france.com

Si à 65 ans, Ro­bert Corre est re­trai­té, il est loin d’être in­ac­tif. Tou­jours sol­li­ci­té, l’an­cien for­ge­ron de SaintSyl­vestre-Pra­gou­lin n’a pas en­core com­plè­te­ment éteint sa forge.

◗ Le té­lé­phone de Ro­bert Corre sonne. La deuxième fois en un peu moins d’une de­mi­heure. Il dé­croche, écoute son in­ter­lo­cu­teur en je­tant un coup d’oeil à l’hor­loge de sa cui­sine, et ré­pond : « Je peux être là vers 11 h 15. Ça se­rait bon ? » Ap­pro­ba­tion à l’autre bout du fil. Ro­bert Corre rac­croche et as­sure, avec un grand sou­rire. « Je ne risque pas de m’en­nuyer même si je suis à la re­traite ! C’est sûr, ce n’est plus pa­reil, et heu­reu­se­ment, ce n’est plus la même in­ten­si­té, mais je dé­panne en­core les gens. » Pour tondre la pe­louse d’un de ses voi­sins, af­fû­ter la pioche ou les ou­tils d’un ami, ap­por­ter des conseils tech­niques à un autre Pra­gou­li­nois… « Il y a tou­jours quel­qu’un pour ve­nir me de­man­der : “Tu ne pour­rais pas me sou­der ça ?”. J’ai même en­core de jeunes agri­cul­teurs de 35 ou 40 ans qui viennent me voir. »

Car Ro­bert Corre était en­core, il n’y a pas si long­temps (il a pris sa re­traite en jan­vier 2015), un des der­niers for­ge­rons du ter­ri­toire à tra­vailler pour le monde agri­cole. Avec des agri­cul­teurs ve­nant de Saint­Syl­vestre­Pra­gou­lin, Saint­Priest­Bra­me­fant, Bus­set, Saint­An­dré­le­Coq, Ran­dan, Bas­et­Le­zat et bien d’autres vil­lages. « Mon père était charron, for­ge­ron et ma­ré­chal­fer­rant. Il fai­sait beau­coup de forge et de sou­dure. J’ai pris sa suite à 22 ans, à son dé­cès, après avoir fait, à 17 ans, un CAP de tour­neur et être par­ti à l’ar­mée. J’avais donc la forge, la sou­dure, je sciais éga­le­ment des arbres en plus de tra­vailler quelques hec­tares de terre qui ap­par­te­naient à ma grand­mère. »

Alors au­jourd’hui, les agri­cul­teurs du ter­ri­toire sont nom­breux à le connaître. « Je ne m’oc­cu­pais pas de tout ce qui était mo­teur mais des dif­fé­rents ou­tillages der­rière les trac­teurs. » Et en ayant com­men­cé à tra­vailler en 1975, il a connu par­fois plu­sieurs gé­né­ra­tions d’agri­cul­teurs à la tête des ex­ploi­ta­tions lo­cales. « Pour cer­taines, j’ai connu le grand­père, le père et main­te­nant le pe­tit­fils. D’ailleurs, beau­coup étaient un peu dé­çus quand j’ai pris ma re­traite. Ils trou­vaient ça dom­mage puis­qu’il n’y a pas beau­coup de for­ge­rons qui font en­core au­jourd’hui ce que je fai­sais. »

Mais Ro­bert Corre avait éga­le­ment une ac­ti­vi­té, plus ar­tis­tique, de fer­ron­ne­rie en sous­trai­tance : pour créer des por­tails, des ram­bardes d’es­ca­liers ou en­core des élé­ments de dé­cors pour des portes d’im­meuble. « On a fait ap­pel à moi, par exemple, pour des élé­ments au­des­sus des portes d’un bâ­ti­ment à Vi­chy. » Plu­sieurs élé­ments de plus de deux mètres qu’il fal­lait réa­li­ser dans une forge suf­fi­sam­ment grande. Un as­pect de son tra­vail que la mu­ ni­ci­pa­li­té lui a de­man­dé de mettre en avant lors d’une ex­po­si­tion à SaintSyl­vestre­Pra­gou­lin il y a quelques an­nées. Il a d’ailleurs conser­vé les pho­tos prises pour cette oc­ca­sion. Preuve que son tra­vail était, et est tou­jours, re­con­nu.

Plu­sieurs dé­cen­nies à tra­vailler pour le monde agri­cole

Un ate­lier avec une par­tie forge et une par­tie bois

Il pré­cise ce­pen­dant : « Mais si je m’oc­cu­pais de la par­tie forge, je n’étais pas seul à tra­vailler dans l’ate­lier. Mon frère tra­vaillait le bois. Il fai­sait des vo­lets, des tables en bois… » Et en­core au­jourd’hui, l’ate­lier fa­mi­lial est di­vi­sé en deux par­ties : la par­tie bois et la par­tie forge et sou­dure.

Des lieux que Ro­bert Corre n’a pas en­core com­plè­te­ment quit­tés, même re­trai­té.

Ro­bert Corre était for­ge­ron à Saint-Syl­vestre-Pra­gou­lin de­puis 1975. Il a pris sa re­traite en 2015.

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