Deux fa­milles ca­chées par le prêtre

La Gazette de Thiers - - LE DOSSIER - LAU­RA MO­REL lau­ra.mo­rel@cen­tre­france.com

Deux fa­milles juives, au moins, ont re­çu l’aide de Ma­rius Im­ber­dis, prêtre à Do­maize, pen­dant la guerre. Il leur a ain­si trou­vé des abris, no­tam­ment chez ses pa­rents, Jean et Amé­lie Im­ber­dis.

◗ « Ma­rius Im­ber­dis était un brave homme. Dé­voué. Grand ami des Juifs. Un homme de coeur qui nous a ai­dés dans un but hu­ma­ni­taire, sans être in­té­res­sé et sans ar­rière­pen­sée », as­sure Willy Ro­sen­thal dans un té­moi­gnage re­cueilli il y a plu­sieurs an­nées (*). Car si le père Ma­rius Im­ber­dis, prêtre à Do­maize, était son ami, il est sur­tout l’homme qui l’a sau­vé, lui, mais aus­si sa femme, Ré­gi­na, et son fils unique, Hen­ri.

Une fa­mille ca­chée chez ses pa­rents

« Ma­rius Im­ber­dis a ren­con­tré Willy Ro­sen­thal pen­dant la guerre [en 1941, ndlr]. Le prêtre don­nait des cours à Cler­montFer­rand et, en dis­cu­tant en­semble, ils ont sym­pa­thi­sé », ra­conte Christophe Ga­thier, qui a fait dif­fé­rentes re­cherches sur le père Im­ber­dis lors­qu’il était conseiller mu­ni­ci­pal à Do­maize. « Je pense que c’est vrai­ment comme ça qu’a dé­bu­té son en­ga­ge­ment. »

Car lorsque Willy Ro­sen­thal lui de­mande, en 1942, de ca­cher son fils, l’homme d’Église, n’hé­site pas. Et après lui avoir four­ni de faux pa­piers, il confie le jeune Hen­ri, dans un pre­mier temps, à une fa­mille de pay­sans de Do­maize : les Guillau­mont. Puis à ses pa­rents, Jean et Amé­lie Im­ber­dis, qui vivent dans une ferme du ha­meau de Leu­tey­ras, où Willy et Ré­gi­na Ro­sen­thal avaient dé­jà trou­vé re­fuge.

« C’était pé­rilleux de ca­cher quel­qu’un, d’au­tant qu’il y avait beau­coup plus d’ha­bi­tants à Do­maize qu’au­jourd’hui. Les gens, à cette époque, étaient un peu les uns sur les autres, as­sure Christophe Ga­thier. Et avec la guerre, les ten­sions, les co­lères et les haines entre ha­bi­tants étaient cris­tal­li­ sées. C’était très ten­du dans le bourg. Il y avait de nom­breuses me­naces de mort. »

Mais mal­gré ce­la, Ma­rius Im­ber­dis cache éga­le­ment la fa­mille Nor­don. Il hé­berge alors chez lui deux fillettes, Yvette et Thé­rèse, avant qu’elles ne puissent re­joindre leur père, Georges, dans un abri qu’il leur a trou­vé. Le père de fa­mille, dans un autre té­moi­gnage (*), ex­plique que le re­li­gieux ne se conten­tait pas de leur sou­te­nir le mo­ral mais leur ap­por­tait éga­le­ment des fruits et des lé­gumes de son jar­din.

« Per­sonne, à l’époque, n’a ja­mais rien vu »

« On ne sait pas vrai­ment com­bien de per­sonnes il a pu aider. Il n’y a pas beau­coup de té­moi­gnages écrits ou oraux. Mais on sait qu’il a sau­vé au moins ces deux fa­milles : les Ro­sen­thal et les Nor­don. Il y en avait sû­re­ment d’autres. » Et au­tour du prêtre, un vé­ri­table ré­seau de sau­ve­tage et de Ré­sis­tance sem­blait exis­ter. « Les per­sonnes que Ma­rius Im­ber­dis a pu aider n’étaient pas for­cé­ment à la cure [le pres­by­tère, ndlr], ou alors elles res­taient très peu de temps. Le père de­ vait les ca­cher chez des ha­bi­tants de Do­maize ou des alen­tours. » Le prêtre a ain­si pu ve­nir en aide à des jeunes de Do­maize sou­hai­tant échap­per au STO (ser­vice du tra­vail obli­ga­toire qui ré­qui­si­tion­nait et en­voyait des mil­liers de jeunes tra­vailler en Al­le­magne) mais éga­le­ment à des avia­teurs al­liés en at­ten­dant qu’ils puissent s’en­fuir. « Mais per­sonne à l’époque, en de­hors de ceux mis dans la confi­dence, n’a ja­mais rien vu. »

Christophe Ga­thier pour­suit : « On a su, après la guerre, que plu­sieurs per­sonnes juives lui avaient confié des ob­jets de va­leur. Im­ber­dis ca­chait ces biens dans l’église, au­des­sus d’une poutre. Et à la Li­bé­ra­tion, il leur a tout ren­du. » (*) Le té­moi­gnage a été re­cueilli par Yad Va­shem, mé­mo­rial is­raé­lien en mé­moire des vic­times de la Shoah. C’est ce mé­mo­rial qui est char­gé de dé­cer­ner le titre de Juste par­mi les Na­tions.

Ma­rius Im­ber­dis a hé­ber­gé chez lui, au pres­by­tère de Do­maize, deux fillettes en 1943.

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