Inès Cho­me­ton, la plume contre le han­di­cap

La Gazette de Thiers - - LA UNE - ALEXANDRE CHAZEAU

À 20 ans, l’Or­léa­toise Inès Cho­me­ton est en se­conde an­née de droit. At­teinte d’in­fir­mi­té mo­trice cé­ré­brale, elle a dé­ci­dé d’écrire un livre, pour par­ta­ger son his­toire, et dé­non­cer.

◗ « Quand on est dans ma si­tua­tion, la seule chose à la­quelle on ait droit, c’est au réel. Au réel dans tous ses états […] Je ne suis pas anor­male, ni dif­fé­rente. Je sors seule­ment du com­mun, de l’agis­se­ment qui est sem­blable à tous. Le han­di­cap s’ex­prime dans le re­gard de ce­lui qui consi­dère que tu n’es pas comme lui. »

Vi­va­ci­té d’es­prit

Voi­là quelques pas­sages de la pré­face de Ré­qui­si­toire. Si Inès Cho­me­ton, Or­léa­toise de 20 ans, connaît de grandes dif­fi­cul­tés d’al­lo­cu­tion, les mots po­sés sur pa­piers prouvent une grande vi­va­ci­té d’es­prit. Son livre, d’une pe­tite cen­taine de pages et qu’elle vou­drait pu­blier au dé­but de l’au­tomne, re­trace la vie d’une jeune fille qui n’au­rait ja­mais dû se re­trou­ver clouée dans un fau­teuil.

Née va­lide, une in­com­ pé­tence mé­di­cale la pri­ve­ra d’oxy­gène à l’ac­cou­che­ment. La ré­ani­ma­tion lui lais­se­ra des sé­quelles mo­trices ir­ré­ver­sibles.

« Si on ne la connaît pas, ses pa­roles sont très dif­fi­ ciles à com­prendre. Si je ne suis pas avec elle, elle ne peut rien faire. Je suis ses mains et ses jambes », ex­plique Isa­belle, sa ma­man. « Il n’y a que la tête qui fonc­tionne, et plu­tôt très bien », es­quisse dans un sou­rire, sa grand­mère Chan­tal, qui la gar­dait très sou­vent, pe­tite.

« Inès a tou­jours écrit des his­toires qu’elle dic­tait à sa grand­mère. L’an­née der­nière, elle a eu cette idée de livre en tête. C’est un livre sur elle, sur sa fa­mille, sur ses amis, un livre as­sez po­si­tif, comme elle. C’est un livre pour les autres au dé­part. Pour leur faire com­prendre son his­toire. L’écrit, c’est sa fa­çon de com­mu­ni­quer avec les autres, c’est mon­trer comment elle au­rait pu par­ler », ex­plique Isa­belle.

Sa ma­man prend ses cours

Ré­qui­si­toire, c’est aus­si dé­non­cer, mon­trer qu’elle peut s’en sor­tir, pous­ser les gens à al­ler cher­cher l’in­tel­lect der­rière le han­di­cap. « Puis écrire, c’est ex­té­rio­ri­ser, ça lui fait com­prendre beau­coup de choses, elle va cher­cher loin des fois. Le fait d’écrire, ça la li­bère de son han­di­cap. C’est énorme pour elle », pour­suit Isa­belle.

Après deux ans de ca­pa­ci­té en droit (équi­valent du bac qui per­met de ren­trer à la fa­cul­té), Inès a pu in­té­grer une li­cence de droit, dont elle at­taque la se­conde an­née, ai­dée par sa ma­man qui lui prend les cours. « Pour les exa­mens, elle uti­lise des lo­gi­ciels d’écri­ture in­tui­tive », pré­cise Isa­belle. « C’est la seule chance qu’elle ait eue, d’être née au mo­ment des nou­velles tech­no­lo­gies », réa­lise sa grand­mère, dans un haus­se­ment d’épaules.

Au­tour d’Inès, sa grand-mère Chan­tal, sa ma­man Isa­belle et son chien Fi­sher, qui l’aide dans la vie de tous les jours.

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