Une vie au­tour des livres

La Gazette de Thiers - - LA UNE - SA­RAH BOURLETIAS

Sa voie, Ca­the­rine Périssel l’a trou­vée après un re­non­ce­ment. À 45 ans, la di­rec­trice de la mé­dia­thèque de Thiers tra­vaille avec le sou­rire. Et l’éner­gie de ceux qui ne cessent ja­mais d’ai­mer leur mé­tier.

◗ Le sou­rire est franc. Il est ce­lui d’une femme qui ne re­grette pas d’avoir échoué. L’échec, c’était il y a un peu moins d’une ving­taine d’an­nées. « Mal­gré cinq ou six ten­ta­tives, je n’ai eu ni le Ca­pès, ni l’agré­ga­tion, souffle Ca­the­rine Périssel d’une voix douce. À un mo­ment, je me suis dit qu’il fal­lait ar­rê­ter. Et me ré­orien­ter. »

De­puis bien­tôt quinze ans, Ca­the­rine Périssel di­rige la mé­dia­thèque de Thiers. Un mé­tier qu’elle n’avait pas choi­si : « Moi, je vou­lais de­ve­nir pro­fes­seure de phi­lo­so­phie », se sou­vient la Thier­noise d’adop­tion. « Mon père était en­sei­gnant, idem pour mes grands­pa­rents qui étaient ins­ti­tu­teurs. L’en­sei­gne­ment fai­sait comme par­tie de mon ADN et, dès la ter­mi­nale, je me suis dit que je vou­lais suivre la même voie. »

Faute de Ca­pès, Ca­the­rine Périssel est obli­gée de se ré­orien­ter à 27 ans. « À l’époque, je l’ai vé­cu comme une vé­ri­table dé­cep­tion. J’ai eu le sen­ti­ment qu’une porte se re­fer­mait. Alors je me suis dit : pour­quoi ne pas es­sayer un mé­tier cultu­rel ? Pen­dant un mo­ment, j’ai hé­si­té entre di­rec­trice de mu­sée ou bi­blio­thé­caire. » Le se­cond l’em­porte.

Le concours, la jeune femme qu’elle est alors le dé­croche sans dif­fi­cul­té. « J’ai pris le pre­mier qui ve­nait sur le ca­len­drier : c’était ce­lui de la ville de Pa­ris. »

Pa­ra­chu­tée dans le 18e ar­ron­dis­se­ment, Ca­the­rine Périssel quitte Cler­mont­Fer­rand, sa ville na­tale, pour re­joindre la Goutte­d’Or. Un quar­tier « dif­fi­cile », se sou­vient la di­rec­trice, en proie à des contextes « so­ciaux et éco­no­miques fra­giles ».

Pas de quoi ef­frayer la bi­blio­thé­caire qu’elle est à peine : « Ça n’a fait que rendre le dé­but de ma car­ rière en­core plus pas­sion­nant. Le 18e est un quar­tier vi­vant, il m’a im­mé­dia­te­ment plu. Je me suis sen­tie proche des gens. C’est aus­si à ce mo­ment­là que j’ai réel­le­ment su ce que je vou­lais faire : tra­vailler dans le pu­blic, au contact des autres. » Seul bé­mol : à Pa­ris, la jeune femme s’en­nuie. L’Au­vergne lui manque. « Ma fa­mille, mes amis me man­quaient aus­si. J’avais le mal du pays. J’étais à l’af­fût du moindre poste sus­cep­tible de se li­bé­rer dans le Puy­de­Dôme. »

L’oc­ca­sion se pré­sente au dé­but des an­nées deux mille. Après trois an­nées dans la ca­pi­tale, Ca­the­rine Périssel dé­barque à Thiers, une ville où elle n’a « presque ja­mais mis les pieds ».

« À l’époque, je l’ai vé­cu comme une vé­ri­table dé­cep­tion »

« Je suis ar­ri­vée avec des idées qui n’ont pas for­cé­ment fait l’una­ni­mi­té »

Après avoir se­con­dé le di­rec­teur d’une bi­blio­thèque à Pa­ris, elle prend la tête de la mé­dia­thèque thier­noise. Sans être tu­mul­tueux, les dé­buts ne sont pas for­cé­ment évi­dents. « Le dé­fi, quand je suis ar­ri­vée, ce n’était pas tant de m’im­po­ser en tant que femme, mais de di­ri­ger alors que j’étais la plus jeune de l’équipe. Je suis ar­ri­vée avec des idées qui n’ont pas for­cé­ment fait l’una­ni­mi­té. Cer­tains pro­jets, je ne les mets en place qu’au­jourd’hui ! », lâche­t­elle dans un éclat de rires.

Ce sou­rire, Ca­the­rine Périssel semble ne ja­mais l’aban­don­ner. Elle pré­fère se jouer des sté­réo­types : « On ima­gine sou­vent le bi­blio­thé­caire plon­gé dans ses livres, qui va dire “chut”, fron­cer les sour­cils au moindre bruit et qui ne veut sur­tout pas être dé­ran­gé. Moi, je dis l’in­verse : les gens doivent me dé­ran­ger s’ils ont be­soin. C’est le coeur même de mon mé­tier. »

Son mé­tier, la Thier­noise d’adop­tion n’y re­non­ce­rait pour rien au monde. Une qua­li­té in­dis­pen­sable pour l’exer­cer ? « Les gens pensent qu’il faut ai­mer les livres, mais c’est faux. En­fin, pas seu­le­ment. Il faut ai­mer lire, mais il faut sur­tout ai­mer les autres. Ici, on ne se contente pas de dire quel bou­quin l’on a ai­mé. Nous sommes là pour ai­guiller et ac­com­pa­gner le pu­blic. »

Ce Ca­pès qu’elle n’a su dé­cro­cher, Ca­the­rine Périssel ne le re­grette pas. Le sou­ve­nir de cet échec lui ar­rache même un der­nier sou­rire. Et ce constat : « Fi­na­le­ment, heu­reu­se­ment que je ne l’ai pas eu!»

Ori­gi­naire de Cler­mont-Fer­rand, Ca­the­rine Périssel a pris les rênes de la mé­dia­thèque de Thiers il y a quinze ans.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.