L’his­toire de ce Poi­lu cel­lois pri­son­nier

La Gazette de Thiers - - CENTENAIRE - SA­RAH DOUVIZY sa­rah.douvizy@cen­tre­france.com

Les hommes ont été nom­breux à par­tir au front, en 1914. Par­mi eux, Claude Dosjoub, Cel­lois, cou­te­lier, ma­rié, père d’un pe­tit gar­çon âgé d’un an.

◗ Pierre­Alain Mos­nat tient pré­cieu­se­ment entre ses mains un pe­tit car­net au li­se­ré rouge. Il le feuillette avec dé­li­ca­tesse. Ce car­net, c’est ce­lui de Claude Dosjoub, poi­lu de la Pre­mière Guerre mon­diale. Du 6 août 1914 jus­qu’au 13 dé­cembre 1918, il a conté sa vie, loin des siens, dans ce pe­tit li­vret.

Un car­net de­ve­nu jour­nal in­time

L’écri­ture est mi­nu­tieuse, soi­gnée, au crayon de pa­pier. Cer­taines an­no­ta­tions peuvent pa­raître fu­tiles. Et pour­tant. Le car­net que dé­tient Pier­reA­lain Mos­nat est une vé­ri­table mine d’or. Un pré­cieux do­cu­ment comme il en reste trop peu, té­moin d’un des faits les plus mar­quants de l’his­toire de France.

« Je l’ai lu, en en­tier !, s’ex­clame l’Or­léa­tois. C’est ma cou­sine Fer­nande Dosjoub qui me l’a don­né. Au­jourd’hui, elle a 98 ans, et n’a plus la san­té pour ra­con­ter tout ce­la, mais cette his­toire, c’est celle de son père. »

L’his­toire de Claude Dosjoub est sin­gu­lière. « Il a été pri­son­nier de 1914 à 1918. C’est rare lors de la Pre­mière Guerre mon­diale, dé­taille Pierre­Alain Mos­nat. Il y a eu as­sez peu de pri­son­niers par rap­port à 39­45. » Pri­son­nier, Claude Dosjoub l’a été très tôt après son ar­ri­vée au front. « Il est no­té dans le car­net qu’il est par­ti de chez lui le 3 août 1914. Il fai­sait par­ti du Ré­gi­ment de Riom. Il est par­ti en train de Cler­mont­Fer­rand vers Épi­nal. Et quelques jours après son ar­ri­vée, une nuit, ils ont ap­pris que des Al­le­mands n’étaient pas loin. Ils ont fait les choses un peu à la va­vite. Il a été bles­sé et ré­cu­pé­ré par les Al­le­mands. Il in­dique à la date du 25 août 1914 : “Je me suis fait pri­son­nier par les Al­le­mands à mi­di. Je ne suis pas mal trai­té. Je suis dans une église pro­té­gée par la Croix rouge, les obus tombent toute la jour­née” », lit Pierre­Alain Mos­nat.

Tout au long des pré­cieuses pages, le sol­dat pri­son­nier se dé­voile, et dé­voile la vie en temps de guerre. 24 et 25 dé­cembre 1916, Claude Dosjoub dé­taille le fes­tin qu’il s’est of­fert avec quelques « co­pains de la ré­gion thier­noise » : « truite sau­ mo­née, truffe du Pé­ri­gord à la ge­lée, fro­mage stras­bour­geois, […] thé, ca­fé, cho­co­lat, et ci­gare… Il n’était pas trop mal trai­té, s’in­ter­rompt Pierre­Alain Mos­nat. S’ils ne l’ont pas tué, je pense que c’est parce qu’il se te­nait bien. »

Le 13 dé­cembre 1918, Claude Dosjoub ins­crit dans son car­net : « En­fin me voi­là dé­li­vré de la chaîne qui me li­go­tait de­puis si long­temps. Je m’em­pres­se­rai de t’em­bras­ser ain­si que vous tous. » Après presque cinq ans pri­son­nier des Al­le­mands, Claude Dosjoub a re­ga­gné sa Mon­tagne thier­noise na­tale. Sa femme et son pre­mier fils Er­nest. Quelques an­nées plus tard il au­ra sa fille Fer­nande et son fils Ca­mille.

Claude Dosjoub a ob­te­nu sa carte de com­bat­tant en 1934

Truite et truffes au ré­veillon de Noël 1916

Les do­cu­ments ap­par­te­nant à Claude Dosjoub ap­par­tiennent à Pierre-Alain Mos­nat, cou­sin de Fer­nande Dosjoub, fille du poi­lu.

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