« Se­lon moi, le monde doit sa­voir »

La Gazette de Thiers - - THIERS & LIVRADOIS-FOREZ - LAU­RA MO­REL

In­vi­té par le groupe lo­cal d’Am­nes­ty in­ter­na­tio­nal, Yves Mak­wam­ba­la (*), mi­li­tant du mou­ve­ment ci­toyen congo­lais Lu­cha (lutte pour le chan­ge­ment), était dans la ci­té cou­te­lière lun­di 5 no­vembre. Il a ra­con­té son his­toire à des ly­céens de Mont­do­ry avant de don­ner une confé­rence le soir même à la salle Es­pace.

◗ « Au­jourd’hui, on constate une aug­men­ta­tion des vio­la­tions des Droits de l’Homme par le Gou­ver­ne­ment et les groupes re­belles, as­sure Yves Mak­wam­ba­la, membre du mou­ve­ment ci­toyen congo­lais Lu­cha (lutte pour le chan­ge­ment). Se­lon moi, le monde doit sa­voir ce qu’il se passe. Ce­la per­met­tra peut­être de faire bou­ger les lignes et de com­battre le sys­tème. »

17 mois et 15 jours de pri­son

Car l’ob­jec­tif de la Lu­cha, et donc d’Yves Mak­wam­ba­la, est bien de faire émer­ger une conscience ci­toyenne et de sen­si­bi­li­ser la po­pu­la­tion congo­laise no­tam­ment aux en­jeux élec­to­raux. « Notre mou­ve­ment est non­violent. Mais nous su­bis­sons une forte ré­ pres­sion du Gou­ver­ne­ment. Un de nos amis, Luc Nku­lu­la est d’ailleurs mort brû­lé vif dans l’in­cen­die de sa mai­son en juin der­nier. » Yves Mak­wam­ba­la a lui­même été em­pri­son­né (**) pen­dant 17 mois et 15 jours, avant de pou­voir être libéré grâce à une mo­bi­li­sa­tion mas­sive d’Am­nes­ty in­ter­na­tio­nal.

« Au Con­go, l’ob­jec­tif de la pri­son est de vous cas­ ser mo­ra­le­ment ou de vous tuer. Beau­coup d’op­po­sants po­li­tiques y meurent em­poi­son­nés. La li­ber­té était donc de­ve­nue un mythe pour nous [il était em­pri­son­né avec un autre mi­li­tant de la Lu­cha, Fred Bau­ma, ndlr] .»

Et lorsque ce « mythe » est de­ve­nu réa­li­té, « nous avions en­core une corde au­tour du cou puisque nous étions en li­ber­té pro­vi­soire. C’était un moyen de nous faire taire, pour qu’on ne puisse pas par­ler de nos condi­tions de dé­ten­tion ».

« J’ai dû mo­di­fier ma lutte »

Pour­tant, Yves Mak­wam­ba­la n’a ja­mais en­vi­sa­gé de se taire. « J’ai dé­ci­dé de res­ter au Con­go en conti­nuant à être ac­tif au sein de la Lu­cha [no­tam­ment en dif­fu­sant des in­for­ma­tions sur les ré­seaux so­ciaux et in­ter­net, ndlr]. Mais, en 2017, alors que je ren­dais vi­site à de la fa­mille à Bruxelles, j’ai re­çu une con­vo­ca­tion de la Cour Su­prême. » Alors, confron­té à la pos­si­bi­li­té de re­tour­ner en pri­son, Yves Mak­wam­ba­la dé­cide de res­ter en Bel­gique. « De­puis, je par­ti­cipe à dif­fé­rentes confé­rences. J’ai dû mo­di­fier ma lutte comme je ne suis plus à l’in­té­rieur du pays. Mais je lutte tou­jours. » (*) Yves Mak­wam­ba­la ré­side dé­sor­mais en Bel­gique. Ris­quant de re­tour­ner en pri­son, il de­mande le sta­tut de ré­fu­gié po­li­tique.

(**) Par­mi les chefs d’ac­cu­sa­tion : at­teinte à la vie et à la sû­re­té du chef de l’État. Il ris­quait donc au mi­ni­mum 10 à 15 ans de pri­son et au maxi­mum la per­pé­tui­té.

In­vi­té par le groupe lo­cal d’Am­nes­ty in­ter­na­tio­nal, dont fait par­tie Ga­briel Ma­zuet (à gauche), Yves Mak­wam­ba­la a don­né une confé­rence à Thiers et a ren­con­tré une soixan­taine de ly­céens.

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