Un coup de coeur pour Am­bert

La Gazette de Thiers - - LA UNE -

Le che­min jus­qu’au titre de sous-pré­fète d’Am­bert a été long et si­nueux pour Pa­tri­cia Valma. De Pointe-à-Pitre jus­qu’à la ca­pi­tale de la Fourme, iti­né­raire d’une femme de va­leurs.

◗ Quand cer­tains di­raient que la vie ne l’a pas épargnée, pour elle, son par­cours a été se­mé d’op­por­tu­ni­tés et de chances à sai­sir. Pa­tri­cia Valma, 55 ans, ma­man et sous­pré­fète d’Am­bert a pas­sé sa vie à trou­ver son équi­libre. Entre la Gua­de­loupe, le Sud de la France ou la Guyane, il sem­ble­rait que c’est à Am­bert qu’elle l’ait trou­vé.

Elle pour­rait être taxée d’idéa­liste. Mais c’est sur­tout une bat­tante pleine de va­leurs. Des va­leurs in­cul­quées par sa fa­mille, et plus par­ti­cu­liè­re­ment sa « ta­tie » et sa grand­mère. « Quand j’avais 7 ans, je suis par­tie de Pointe­à­Pitre, là où il y avait ma fa­mille, mes six frères et soeurs dont j’étais l’aî­née, pour vivre à Pa­ris, chez ma ta­tie. Elle m’a don­né des cours, j’étais dys­lexique. Elle m’a ap­pris à ai­mer l’école, elle a joué un rôle très im­por­tant dans ma vie », confie la femme d’État.

« Je suis née sous une bonne étoile »

Si ce désen­ra­ci­ne­ment peut être vu comme une pu­ni­tion, pour Pa­tri­cia Valma, c’est tout le contraire. « J’ai vu la chance qui m’était of­ferte. On s’est oc­cu­pé de moi. D’ailleurs quand je suis re­tour­née chez moi, en Gua­de­loupe, à 11 ans, j’ai sen­ti que j’étais un peu à part. Mon frère m’en vou­ lait d’avoir eu cette chance. Je suis née sous une bonne étoile, j’ai été pri­vi­lé­giée. »

Le par­cours sco­laire de la jeune Pa­tri­cia se­ra « très moyen. Mais pour ma fa­mille, des “sans­terre”, d’un mi­lieu très mo­deste, c’était dé­jà très bien. » Pa­tri­cia Valma n’avait qu’une idée en tête, de­ve­nir in­gé­nieur ou mé­de­cin. « Une image m’a pour­sui­vie de­puis mon en­fance. Celle de la mal­nu­tri­tion en Afrique, dans les an­nées soixante­dix, en Éthio­pie. J’ai vu ce­la à la té­lé­vi­sion, et je me suis tout de suite dit, du haut de mes 7 ans, que j’al­lais ai­der ces peuples en dif­fi­cul­té. »

Des ren­contres ins­pi­rantes

Au fil de ses études, la sous­pré­fète d’Am­bert s’est em­ployée à ne pas perdre le fil. Mais le che­min a été loin d’être tout tra­cé. Avant de se re­trou­ver dans une école d’in­gé­nieur en agro­no­mie à Mont­pel­lier [Pa­tri­cia Valma au­ra, entre autre, des pro­fes­seurs comme Pierre Rabhi ou Marc Du­fu­mier, ndlr], c’est la dés­illu­sion. « J’ai fait un DEA en agro­ no­mie, avec un doc­to­rat au sein de l’Inra, à Theix. J’ai été con­fron­tée à un sys­tème d’agri­cul­ture très pro­duc­ti­viste qui ne me cor­res­pon­dait pas vrai­ment. Pour des rai­sons in­dé­pen­dantes de ma vo­lon­té, je ne suis pas al­lée au bout du doc­to­rat. » Après une fin d’étude « en queue de pois­son », Pa­tri­cia Valma re­trouve sa Gua­de­loupe na­tale. Elle de­vient en­sei­gnante dans un ly­cée agri­cole. « Mais j’avais la sen­sa­tion de ne pas al­ler jus­qu’au bout de ce que je vou­lais faire au dé­part. Cette si­tua­tion en Afrique était tou­jours dans ma tête », se sou­vient l’Am­ber­toise d’adop­tion.

Sa route conti­nue­ra donc à Mont­pe­lier, dans une for­ma­tion qui l’em­mè­ne­ra en­fin là où elle a tou­jours rê­vé d’oeuvre : en Afrique. Mais c’est la dés­illu­sion… « J’ai fait un stage en Afrique avec la Banque ali­men­taire. Et tout n’est pas beau dans le meilleur des mondes. Sous cou­vert d’une dé­marche très hu­ma­niste, les oc­ci­den­taux vou­laient im­po­ser leurs ma­nières de faire. J’ai été dé­çue, naïve et uto­piste de croire que la co­opé­ra­tion in­ter­na­tio­nale pou­vait fonc­tion­ner… », se dé­sole la cin­quan­te­naire.

Mais peu im­portent les dés­illu­sions, à peine tom­bée de che­val, Pa­tri­cia Valma, alors âgée d’une ving­taine d’an­nées, re­monte en selle tout de suite. « Mes va­leurs font que j’ai tou­jours vou­lu don­ner un peu de moi aux gens. Mais je me suis ren­du compte qu’il y avait aus­si de grands be­soins chez moi, en Gua­de­loupe. Je fais donc un re­tour à la case dé­part. » Et en­core une fois, ce n’est pas un échec, mais plu­tôt « un che­mi­ne­ment in­tel­lec­tuel et spi­ri­tuel. Il n’y a pas d’échec, c’est de l’ex­pé­rience », cor­rige la sous­pré­fète.

« Am­bert est une sorte de syn­thèse de tout mon par­cours »

Re­tour à la case dé­part donc, au ly­cée agri­cole. Un trem­plin vers la fonc­tion d’État et le corps des in­gé­nieurs des ponts, des eaux et des fo­rêts (Ipef). Sur le conti­nent d’abord, puis de nou­veau en Gua­de­loupe, puis en Guyane. Mais une fois de plus le « fan­tasme de pou­voir sau­ver le monde prend du plomb dans l’aile. J’ai hor­reur de l’in­jus­tice, de la souf­france des gens. Et quand je ne peux pas in­ter­ve­nir, je suis mal. Mais il faut que je fasse preuve de congruence (*) entre ce que je dis et ce que je fais, je cherche cet équi­libre en per­ma­nence ».

C’est là qu’ap­pa­raît aux yeux de Pa­tri­cia Valma la fonc­tion de sous­pré­fet. « Con­trai­re­ment à ce que pensent les gens, je ne suis pas car­rié­riste. Ce qui compte pour moi, c’est don­ner du bien­être aux êtres hu­mains. Il y a aus­si un ac­com­plis­se­ment per­son­nel, mais c’est aus­si cette quête. Notre pro­chain c’est ce­lui qui est à cô­té de nous. »

La suite ? Deux ans après avoir été nom­mée comme sous­pré­fète d’Am­bert, Pa­tri­cia Valma ne la connaît pas. « Ce que je sais, c’est qu’Am­bert est une sorte de syn­thèse de tout mon par­cours. »

(*) Fait de conve­nir, d’être adap­té.

À la sous-pré­fec­ture d’Am­bert, dans la salle de ré­cep­tion trône fiè­re­ment une Ma­rianne aux traits mé­tisse. Pa­tri­cia Valma n’est pas à l’ori­gine de cette com­mande, mais est très fière de l’avoir dans ses murs.

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