La cou­tel­le­rie corps et lames

La Gazette de Thiers - - LA UNE - ALEXANDRE CHAZEAU

Voi­là plus ou moins 30 ans, que Ni­cole et Armelle Cham­briard, les deux belles-soeurs, tra­vaillent en­semble, à cô­té de leurs ma­ris, dans la cou­tel­le­rie épo­nyme du centre-ville de Thiers. Le tout, avec une cer­taine com­pli­ci­té, pour celles qui font par­tie du pay­sage bitord.

◗ Elles ont em­bras­sé la pas­sion de leurs ma­ris. Tou­jours fi­dèles. De­puis 1987 pour Ni­cole, la femme de Phi­lippe. De­puis 1990 pour Armelle, l’épouse de Do­mi­nique. À l’heure où la pa­tronne était en­core Ma­rie­Jo, l’in­con­tour­nable ma­man des deux frères. Bien sûr, on voit plus sou­vent leurs hommes. « Les gar­çons », comme elles les ap­pellent. Au­jourd’hui, c’est des « filles » dont il est ques­tion. Ces pe­tites mains de l’ombre, que les deux frères Cham­briard es­timent comme pièces maî­tresses, dans la bou­tique ty­pée du centre­ville de Thiers.

Ni­cole a donc at­ta­qué un été, « quand j’ai ren­con­tré l’homme de ma vie », sou­rit­elle. Et puis elle a eu une pro­po­si­tion d’em­bauche pour re­joindre la grande fa­mille. Après l’af­fec­tif, le pro­fes­sion­nel. Armelle, de son cô­té, a un des­tin for­te­ment lié à ce­lui de sa belle­soeur. Et l’his­toire n’en est que plus belle. « Armelle, je la connais de­puis toute pe­tite, ra­conte Ni­cole. Elle a connu son ma­ri grâce à moi, puis­qu’ils étaient in­vi­tés à mon ma­riage… » « Oui, c’était le seul Cham­bri que je ne connais­sais pas, avoue Armelle, qui a re­joint l’aven­ture cou­te­lière peu de temps après.

« Je suis ve­nue pour rem­ pla­cer Ni­cole qui était en congé ma­ter­ni­té. Et je ne suis ja­mais re­par­tie, conte Armelle. Ça se dé­ve­lop­pait, il y avait be­soin de main­d’oeuvre. L’ate­lier était oc­cu­pé par les gar­çons et puis il y a eu l’ou­ver­ture du ma­ga­sin Pres­tige de la table, en face, en 1991. »

De­puis 30 ans sur le ter­rain, si les deux frères ont un rôle bien dé­fi­ni (plus d’ate­lier pour Do­mi­nique, plus de com­mer­cial et d’ad­mi­nis­tra­tif pour Phi­lippe), les deux filles, elles, es­timent faire sen­si­ble­ment le même mé­tier. Les gar­çons et les filles. « Au­tant les gar­çons sont plus ca­drés, au­tant nous, on est po­ly­va­lentes. On fait ce qu’il y a à faire quand c’est le mo­ment de le faire. Quand une com­mence une tâche, l’autre suit. Aus­si bien pour des co­lis d’ex­pé­di­tion, que pour dé­bal­ler ou pré­pa­rer les com­mandes, ou gé­rer les stocks. On a tou­jours ai­mé ce qu’on fait », ex­pliquent­elles en choeur.

« Une belle-mère ex­cep­tion­nelle »

Et qui a dit que la vie au tra­vail, en fa­mille, n’était pas simple ? « Au ma­ga­sin on mange en­semble, le week­end on se re­trouve sou­vent à La Pa­triote à Celles, ou lors des re­pas de fa­mille. Ça aus­si on ne se pose pas de ques­tion, ça pa­raît peut­être bi­zarre au­jourd’hui… Sou­vent les gens sont éton­nés, et nous disent “Mais vous tra­vaillez en fa­mille, comment vous faites pour vous sup­por­ter ?” Ça nous pa­raît bi­zarre comme ques­tion. On doit faire par­tie des di­no­saures », lance ma­li­cieu­se­ment Ni­cole, de six ans l’aî­née.

« Quand tout va bien, pour­quoi se plaindre ? On tire tous dans le même sens, c’est notre bou­lot, l’ob­jec­tif est que ça mar­ che bien, re­la­ti­vise pour sa part Armelle. Notre bel­le­mère nous a don­né cette fa­çon d’avan­cer, de rai­son­ner, d’avoir une vue po­si­tive des choses. C’était notre exemple. J’ai pas­sé plus de temps avec elle qu’avec mes pa­rents. Elle n’avait pas le cô­té “bel­le­mère” que les belles­mères ont. Et on sou­haite à tout le monde d’avoir la même, elle était ex­cep­tion­nelle. »

Deux femmes aux des­tins for­te­ment liés

« On a beau­coup de chance de bien s’en­tendre »

Elles s’ap­pellent donc les femmes de l’ombre, et ça leur va vi­si­ble­ment bien. Quand l’une est plus te­nace, l’autre tem­père son monde. Une com­plé­men­ta­ri­té in­dis­pen­sable. « On a beau­coup de chance aus­si de bien s’en­tendre pour­suit Ni­cole, qui re­garde un peu en ar­rière. Si on n’avait pas tra­vaillé dans l’en­tre­prise, ça au­rait été com­pli­qué de toute fa­çon pour nos vies res­pec­tives, pense­t­elle. Les gar­çons tra­vaillent beau­coup. Si nous avions fait autre choses, les va­cances sont dif­fé­rentes, les jour­nées aus­si… »

« On a la chance de bos­ser en fa­mille, il faut de la com­pli­ci­té, si­non il y a un pro­blème stra­té­gique, sou­tient Do­mi­nique. On en­tre­tient une bonne am­biance. » « Par contre c’est plus com­pli­qué de dire quand ça ne va pas. Les re­proches sont beau­coup plus dif­fi­ciles à dire en fa­mille, le rap­port de force n’est pas le même, nuance Phi­lippe. Dans des fa­milles où ils ne s’en­tendent pas trop ça doit être com­pli­qué… »

Avec Pierre, le fils de Ni­cole, et Alice, la fille d’Armelle, la troi­sième gé­né­ra­tion dans l’en­tre­prise est en marche, du cô­té des « Cham­bri ». « On a re­trans­mis à nos en­fants ce qu’on nous a ap­pris, mur­murent­elles mo­des­te­ment. Sans ja­mais leur im­po­ser quoi que ce soit. »

Si l’on ne choi­sit pas sa fa­mille, on peut choi­sir son mé­tier. Vi­si­ble­ment, les belles­soeurs Cham­briard ont choi­si les deux.

Armelle (à gauche) et Ni­cole fonc­tionnent de fa­çon très com­plé­men­taire au sein de l’en­tre­prise Cham­briard.

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