Sur les traces des fu­sillés de Saint-Jean-du-Co­rail

La Manche Libre (Avranches) - - Mortain -

Six ré­sis­tants fran­çais ont été abat­tus par les na­zis.

De­puis le 15 juin 1944, les ser­vices de sé­cu­ri­té (SS), la Feld­gen­dar­me­rie de la di­vi­sion en ligne et le tri­bu­nal mi­li­taire ont élu do­mi­cile au châ­teau de Saint-Jean-du-Co­rail. La cave, le gre­nier et les man­sardes du ga­rage ont été trans­for­més en pri­son. Le 9 juillet une tren­taine de ré­sis­tants, de Sour­de­val, de Saint-Hi­laire, de Mor­tain y sont in­car­cé­rés. Du 15 juin au 1er août 1944, en­vi­ron 150 per­sonnes se­ront in­ter­nées au châ­teau.

Madame de la Bois­sière, pro­prié­taire des lieux, sup­plée aux ca­rences al­le­mandes, or­ga­nise le ra­vi­taille­ment des pri­son­niers, ai­dée par ses em­ployés et par les fer­miers du voi­si­nage. Le 30 juillet, six ré­sis­tants, Vic­tor Fréard, Fran­çois Bos­tan, Fran­çois Ge­ne­vée, Julien De­renne de Fou­ge­rolles-du-Ples­sis, Jacque Hilliou de Champs-du-Bout, et Jacques Cer­cleux, de la Flèche, pas­sèrent la nuit dans la pri­son com­mune, c’est-à-dire la cave. Vers 3 h, le 31 juillet, les na­zis viennent cher­cher les cap­tifs. C’était l’heure ha­bi­tuelle des dé­parts vers les des­ti­na­tions les plus di­verses. La pre­mière étape se si­tuant, en gé­né­ral, à la pri­son d’Alen­çon. Mais pour ces mal­heu­reux, le voyage se­ra beau­coup moins long.

On les em­mène, en ef­fet, à quelques ki­lo­mètres de là, au châ­teau de Bour­be­rouge, siège de la di­vi­sion “Das Reich”. Là, de­puis le 17 juin, un of­fi­cier dit “de jus­tice”, le com­man­dant Ockrent dont la pseu­do-ju­ri­dic­tion s’étend sur trois dé­par­te­ments, se si­gnale par sa cruau­té.

C’est lui qui va or­don­ner le ju­ge­ment des cap­tifs. Des cris se font en­tendre dans la clai­rière toute proche. L’of­fi­cier de “jus­tice” hurle des ordres. On en­tend une sup­pli­ca­tion : “ne nous tuez pas” qui tra­duit l’an­goisse de ces mal­heu­reux qui re­fusent de mou­rir. La ré­ponse ne se fait pas at­tendre : des ra­fales de mi­traillette­s abattent les ré­sis­tants. Sans même creu­ser une fosse, les bour­reaux pro­voquent un ébou­le­ment de la par­tie su­pé­rieure de la car­rière. Quelques pel­le­tées de terre achèvent ce sem­blant de sé­pul­ture. Ain­si pensent-ils, les fa­milles ne re­trou­ve­ront pas les corps des sup­pli­ciés. ll fau­dra at­tendre la dé­bâcle des troupes al­le­mandes pour prévenir les au­to­ri­tés fran­çaises. Les consta­tions mé­di­co-lé­gales furent réa­li­sées par le doc­teur Gilles Buis­son de Mor­tain.

La po­si­tion re­la­tive des douilles de 9 mm et des corps mon­trèrent que l’exé­cu­tion eut lieu à bout por­tant. Les fu­sillés furent fau­chés au ni­veau de la cein­ture. La mort ne fut pas im­mé­diate pour tous. Pour cer­tains, elle n’in­ter­vint qu’après l’en­fouis­se­ment sous les ébou­lis de pierres et de terre. L’iden­ti­fi­ca­tion des corps eut lieu dans l’église de Saint-Jean-du-Co­rail, en par­tie dé­mo­lie. Mes­dames Fréard et Ge­ne­vée reconnaiss­ent leur ma­ri à leur mor­pho­lo­gie ; Mon­sieur Gué­rin, pa­tron de Fran­çois Bos­tan, iden­ti­fie ce­lui-ci. Une dent cas­sée au foot­ball, un mou­choir, la cou­leur d’un blou­son per­mettent à Ray­mond De­renne de re­con­naître son frère. Jo­seph Hilliou est iden­ti­fié, plus tard, par sa fa­mille.

Di­manche 28 juillet, les au­to­ri­tés mi­li­taires et ci­viles, les élus, les fa­milles des vic­times et de nom­breux ano­nymes se sont re­trou­vés pour une cé­ré­mo­nie qui com­mé­more l’an­ni­ver­saire de la tra­gé­die de Saint-Jean-du-Co­rail.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.