L’his­toire ou­bliée du V2 en Nor­man­die

La Manche Libre (Avranches) - - Histoire - Paul Lo­pez

Le V2, mis­sile al­le­mand, au­rait pu changer l’his­toire. Sa­muel Lu­cas, his­to­rien ama­teur, en a fait sa pas­sion.

La Nor­man­die est la ré­gion la plus connue de France grâce à la Seconde Guerre mon­diale et le Dé­bar­que­ment. Mais on se souvient moins qu’elle fut un trem­plin al­le­mand pour pi­lon­ner l’An­gle­terre avec ses mis­siles V1 et V2. L’his­toire du V2, “mis­sile al­le­mand uti­li­sé à par­tir du 8 sep­tembre 1944” se­lon Sa­muel Lu­cas, his­to­rien ama­teur, est peu connue dans la Manche et le Cal­va­dos. Il reste de nom­breuses traces du pas­sage de ces mis­siles pou­vant être ti­rés à plus de 300 ki­lo­mètres tout en por­tant une tonne d’ex­plo­sif.

“C’est le dé­but de la conquête spa­tiale”

“Pen­dant la Seconde Guerre mon­diale, ils ont peu été uti­li­sés, en­vi­ron 3 000. Mais le V2 re­pré­sente le com­men­ce­ment de la conquête spa­tiale, c’est la pre­mière fu­sée.” Sa­muel Lu­cas, 55 ans, s’in­té­resse à l’his­toire, et par­ti­cu­liè­re­ment au V2 de­puis un peu plus de cinq ans. Il ar­pente, avec sa femme et son fils, les routes de Bel­gique, de France et d’Al­le­magne pour trou­ver des traces de ces mis­siles. Ses re­cherches sont longues, de­mandent du temps, de l’ar­gent et un pro­jet. Un in­ves­tis­se­ment to­tal dont Sa­muel Lu­cas n’a pas peur. “Quand j’ai une idée en tête, je la tiens. Au bout, j’ai­me­rais en faire un livre sur la par­tie non trai­tée de l’his­toire du V2.”

De­puis plu­sieurs an­nées, la fa­mille Lu­cas vient en Nor­man­die pour “al­lier va­cances et re­cherches”. En 2019, ils sont res­tés un mois. L’ar­mée al­le­mande y avait ins­tal­lé six sites de lan­ce­ment, deux dans le Cal­va­dos : Li­son et le châ­teau du Mo­lay; quatre dans la Manche: Villers-Fos­sards, Beaumont-Hague, Mon­tai­gu-la-Bri­sette et le châ­teau de Ro­che­fort à Saint-Jean-de-Sa­vi­gny. “Cha­cun avait pour cible une ville en An­gle­terre.” Heu­reu­se­ment, au­cun mis­sile n’a été tiré de­puis la Manche.

Les V2 fonc­tion­naient avec de “l’al­cool pur comme car­bu­rant et de l’oxy­gène li­quide comme com­bu­rant”. Le trans­port de ces car­bu­rants était pré­vu par che­min de fer. “Lors de mes re­cherches, j’ai trou­vé des traces dans les an­ciennes gares de Guil­ber­ville, Or­val-Hyen­ville et Fol­li­gny.” Ces lieux de trans­bor­de­ments étaient ap­pe­lés Pi.Park. Une his­toire qui s’éva­pore par­mi toutes les autres au­tour de la Seconde Guerre mon­diale. “Nous avons ren­con­tré le maire de Li­son car j’ai re­trou­vé des photos aé­riennes d’époque mon­trant des dalles de bé­tons dans des champs. Au­jourd’hui, les dalles ont dis­pa­ru. Lorsque j’en ai par­lé au maire, il était sur­pris.”

L’en­fance de Sa­muel Lu­cas, en Bel­gique, avec des pa­rents qui ont connu et ra­con­té la guerre, l’a plon­gé dans l’His­toire. Une pas­sion de­puis tou­jours. À la fin de ses re­cherches sur François de Bus­ley­den, ec­clé­sias­tique et homme d’État luxem­bour­geois du 15e siècle, il s’est pen­ché sur les V2. La par­tie his­to­rique comme la par­tie tech­nique. “L’un ne va pas sans l’autre. On ne peut pas com­prendre la par­tie his­to­rique sans connaître l’his­toire de la guerre. Mais on ne peut pas non plus connaître l’his­toire sans connaître le fonc­tion­ne­ment de l’en­gin.”

Il passe des heures sur internet ou à dé­pous­sié­rer des ar­chives pour trou­ver la pho­to qui cor­res­pond. “Il a des ho­raires de tra­vail, voire plus. C’est du le­ver au cou­cher” ex­plique sa femme. “Je ne compte pas, ni le temps, ni l’ar­gent” ajoute Sa­muel Lu­cas. S’il ne se prend pas pour un ex­pert car “il y a tou­jours de nou­velles choses à trou­ver puis à prou­ver”, il connaît pour­tant l’his­toire des V2 par coeur.

S’il y a bien une his­toire peu connue sur les V2, c’est leur fa­bri­ca­tion. Long­temps resté top se­cret, ce pro­gramme al­le­mand a eu des ef­fets dé­vas­ta­teurs sur les villes bom­bar­dées comme Londres, Liège ou An­vers. Mais la fa­bri­ca­tion des mis­siles a aus­si gé­né­ré beau­coup de morts cô­té al­le­mand, en­vi­ron 30 000. “Je veux par­ler des par­ties que l’on ne connaît pas du V2, c’est tra­gique.”

Re­cherche après re­cherche, dé­cou­verte après dé­cou­verte, preuve après preuve, l’his­toire de la Nor­man­die gran­dit, même en Bel­gique. Si le V2 avait été conçu à temps -“ils étaient pré­vus pour août 1944”l’his­toire au­rait-elle pu être bou­le­ver­sée ?

Le V2, mis­sile al­le­mand de 12 tonnes, pou­vait trans­por­ter 1 000 kg d’ex­plo­sif à une por­tée de 300 km en moins de 10 se­condes.

Sa­muel Lu­cas, his­to­rien ama­teur.

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