Ain­si vi­vaient nos an­cêtres bas-nor­mands

La Manche Libre (Avranches) - - Vie Pratique - Jean-Pierre Gi­ron­del

Aux veillées, nos tai­seux et mé­fiants bas-nor­mands s’ex­pri­maient be­noî­te­ment. Bien sûr, à la fin d’une noce la bonde était lâ­chée, et les langues se dé­liaient aus­si lors des veillées mor­tuaires.

Les com­mères, la nuit tom­bée, près de l’âtre al­lu­mé, s’échan­geaient des dic­tons, c’est à celle qui sur­en­ché­ris­sait le plus. L’une di­sait : “Femme, hôte et pluie, après trois jours s’en­nuient.” Une autre, ma­li­cieuse, de dire : “Si tu vas cueillir la noi­sette, avec une fille au bois, prends garde que la cou­drette re­lève sa che­mi­sette, vous pour­riez re­ve­nir à trois !”

La gente fé­mi­nine était par­ti­cu­liè­re­ment gâ­tée : “Femmes sont comme le temps, après la pluie le beau temps !” ou “Ciel pom­me­lé, femme far­dée, ne sont pas de longue du­rée”. En­fin : “Femme par­lant, c’est son mé­tier, n’en croit ja­mais que la moi­tié !”

Aux jeunes gens, l’on fre­don­nait fré­quem­ment cette chan­son : “Mais, at­ten­tion lorsque tu te ma­ries, tu ne prends pas, tu es pris, car le ma­riage est un jeu où trompe qui peut ! En­fin, ma­riage d’Amour, bonnes nuits mais mau­vais jours ! Mouais ! Le ma­riage est le tom­beau de l’Amour !” Lors de la veillée mor­tuaire, on su­sur­rait par­fois : “Prends garde au son du glas, s’il traîne sur le vil­lage, quel­qu’un a fi­ni son âge, la mort ap­proche à nou­veau...” Un qui­dam de dire : “Vous avez en­ten­du ? Poule qui chante, chien qui hurle, hi­bou qui hu­lule, c’est la mort qui re­vient !” Une vieille de dire : “Heu­reu­se­ment qu’il avait gar­dé un drap pour son lin­ceul, de toute fa­çon les der­niers pro­prié­taires se­ront les vers...!” Sur les mar­chés les langues étaient bien pen­dues ! Voi­ci ce que l’on pou­vait ouïr : “Ma­thieu a jeun ? Mais qui qu’a bu bé­ra !” Une voi­sine : “La Pau­lette ? Oh ! Du bi­au linge sur une vi­laine haie...” (for­mule cruelle pour se mo­quer des femmes ai­sées, mais pas belles... On met­tait le linge à sé­cher sur les haies). Un cha­land à un com­mer­çant : “Le Père An­got ? Comment t’y va ?” et l’autre de ré­pondre : “Qui pi­gnoche vi­voche !” Sous-en­ten­du il est tou­jours souf­fre­teux, mais il vi­vra long­temps.

Sur nos côtes, se dit en­core : “Ce qui vient de flot re­part de marée !”, lorsque les en­fants di­la­pident le bien des pa­rents. En­fin, ter­mi­nons : “Quand le diable se fait vieux, il de­vient er­mite !”, ex­pres­sion qui s’adresse à ceux qui ont vé­cu en de­hors de la re­li­gion et qui re­tournent à l’église en vieillis­sant car ils ont peur de la mort.

Dic­tons et pa­tois ont presque dis­pa­ru de notre lan­gage d’au­jourd’hui, re­trou­vons la sa­veur du par­ler de nos an­ciens.

“Mait’ Louis fut le pre­mier à réuti­li­ser le pa­tois nor­mand à des fins non co­miques mais pour sauver notre pa­tois nor­mand en plein dé­clin”, di­sait Fer­nand Le­chan­teur à pro­pos de Louis Beuve.

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