Ga­briel de Mont­gom­me­ry (acte 3)

La Manche Libre (Avranches) - - Avranches -

Après la ba­taille de Mon­con­tour, Mont­gom­me­ry re­joi­gnit Co­li­gny, et ils di­ri­gèrent en­semble leurs forces sur Tou­louse. La paix de Saint-Ger­main, en 1570, mit fin à cette cam­pagne. Du­rant le mas­sacre de la Saint-Bar­thé­le­my, il put échap­per aux tueurs car il était lo­gé avec d’autres pro­tes­tants de l’autre cô­té de la Seine, dans le fau­bourg Saint-Ger­main. Après l’as­sas­si­nat de l’ami­ral de Co­li­gny, un hu­gue­not bles­sé tra­ver­sa la Seine à la nage pour les aver­tir du dan­ger. Mont­gom­me­ry et ses hommes prirent aussitôt la fuite à bride abat­tue, pour­chas­sés par 200 ca­va­liers me­nés par Hen­ri de Guise, le duc d’Au­male, son oncle et le grand prieur de France, Hen­ri, duc d’An­gou­lême, frère bâ­tard de Charles IX. Ga­briel trou­va re­fuge avec sa fa­mille sur l’île de Jer­sey. Sa tête fut aussitôt mise à prix par Charles IX, fu­rieux de le sa­voir vi­vant et en li­ber­té. Des chas­seurs de prime le pour­chas­sèrent jus­qu’en An­gle­terre où Ca­the­rine de Mé­di­cis ré­cla­ma à plu­sieurs re­prises son ex­tra­di­tion. La reine Éli­sa­beth lui fit ré­pondre : “Vrai est, que de le ren­voyer en France où l’on ne fait autre pro­cès si­non sa­voir qu’un fût pro­tes­tant pour in­con­ti­nent le mettre à mort, ma conscience ne pour­rait le per­mettre.” En 1573, le comte ame­na d’An­gle­terre une es­cadre de pro­tes­tants fran­çais pour dé­li­vrer les Ro­che­lais du siège en­tre­pris par le duc Hen­ri d’An­jou. Re­pous­sé par les forces du duc d’An­jou, Mont­gom­me­ry ne peut for­cer le blo­cus de La Ro­chelle. Avec ses na­vires, il re­part vers le nord et s’em­pare de Belle-Île. Quelques se­maines plus tard, il est dé­lo­gé de Belle-Île et re­tourne à Londres. Ca­the­rine de Mé­di­cis fi­nit par ob­te­nir sa­tis­fac­tion en 1574 lorsque, as­sié­gé dans Dom­front le 9 mai après l’échec d’une in­sur­rec­tion en Nor­man­die, il se ren­dit le 27 mai au ma­ré­chal de Ma­ti­gnon. Conduit à Pa­ris à la pri­son de la Con­cier­ge­rie, il fut condam­né pour crime de lè­se­ma­jes­té, puis tor­tu­ré et dé­ca­pi­té en place de Grève le 26 juin 1574, sous les yeux de Ca­the­rine de Mé­di­cis qui as­sis­tait au spec­tacle de­puis une fe­nêtre de l’hô­tel de ville. Il eut le temps de sa­luer son ami Fer­vacques avant de faire ses prières à la foule. In­for­mé sur l’écha­faud qu’un édit royal confis­quait ses biens et pri­vait ses en­fants de leurs titres, il dit à ses bour­reaux : “Dites à mes en­fants que s’ils ne peuvent re­prendre ce qui a été pris, je les mau­dis de ma tombe.” Le lec­teur in­té­res­sé par ce per­son­nage haut en cou­leur pour­ra se ré­fé­rer à l’ex­cellent livre d’Alain Lan­du­rant, “Mont­gom­me­ry le Ré­gi­cide” pa­ru en 1988 et tou­jours d’ac­tua­li­té.

“Ga­briel de Lorges, comte de Mont­gom­me­ry,”, huile sur toile d’Éloi Fir­min Fé­ron, XIXe siècle.

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