Pé­nu­rie de médicament­s dans les hô­pi­taux : les mé­de­cins s’in­surgent

Poin­tant du doigt la po­li­tique des la­bo­ra­toires, des mé­de­cins hos­pi­ta­liers pro­posent une sé­rie de so­lu­tions.

La Manche Libre (Avranches) - - France-monde -

Des médicament­s du cancer, des an­ti­bio­tiques, des cor­ti­coïdes ; des vac­cins, des trai­te­ments de l’hy­per­ten­sion, des ma­la­dies car­diaques, du sys­tème ner­veux… Ces trai­te­ments manquent de plus en plus souvent non seule­ment dans les phar­ma­cies, mais aus­si dans les hô­pi­taux ! C’est ce que dé­noncent vingt-six mé­de­cins et pro­fes­seurs hos­pi­ta­liers dans une lettre ou­verte au gou­ver­ne­ment pu­bliée le 18 août. “Très rares il y a une di­zaine d’an­nées, ces pé­nu­ries se mul­ti­plient” : dé­jà en 2018 il y avait eu dans les hô­pi­taux 868 pannes d’ap­pro­vi­sion­ne­ment, soit vingt fois plus qu’en 2008…

Des pro­duits vi­taux

Ain­si en octobre 2018, un ap­pel de neu­ro­logues et d’as­so­cia­tions de ma­lades consta­tait le grand nombre des trai­te­ments en rup­ture de stock. Pé­nu­rie de si­ne­met et de man­da­tix, trai­te­ments du Par­kin­son ; pé­nu­rie d’im­mu­cyst et d’amé­ty­cine pour les can­cers de la ves­sie, pé­nu­rie d’ara­cy­tine et d’élu­da­ra­bine pour la leu­cé­mie, pé­nu­rie de fluo­rou­ra­cile pour les can­cers co­lo­rec­taux, pé­nu­rie d’hexas­tat pour le cancer des ovaires… Pé­nu­ries éga­le­ment dès 2018 pour les vac­cins courants de la diph­té­rie,du té­ta­nos, de la po­lio­myé­lite, des mé­nin­gites, de la tu­ber­cu­lose… Les si­gna­taires de la lettre d’août 2019 dé­si­gnent les res­pon­sa­bi­li­tés. Ces pé­nu­ries tombent – comme par ha­sard – sur des médicament­s peu coû­teux “qui, bien qu’an­ciens et tom­bés dans le do­maine pu­blic, consti­tuent tou­jours l’es­sen­tiel de la phar­ma­co­pée“. Mais il n’y a pas de pé­nu­ries pour les “très chères in­no­va­tions thé­ra­peu­tiques”… L’ap­pel de 2018 ac­cu­sait lui aus­si le fac­teur éco­no­mique et com­mer­cial. C’est un fait : à cause de la mon­dia­li­sa­tion, de ses dé­lo­ca­li­sa­tions et de la concen­tra­tion crois­sante des groupes dans l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique, 70 % à 80 % des mo­lé­cules à la base des trai­te­ments sont fa­bri­qués sur un nombre res­treint de sites aux EtatsU­nis et en Asie : un seul incident dans ces sites bloque alors l’ap­pro­vi­sion­ne­ment dans le monde.

Dis­cri­mi­na­tion

La po­li­tique com­mer­ciale des groupes ag­grave le pro­blème. Pour li­mi­ter tou­jours plus les coûts, les in­dus­triels pro­duisent “en flux ten­du” en fai­sant le moins de stocks pos­sible : d’où une dis­tor­sion face à la de­mande mon­diale qui ne cesse d’aug­men­ter.

Pire : l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique dis­tri­bue les médicament­s de fa­çon dis­cri­mi­na­toire, en pri­vi­lé­giant les mar­chés of­frant les prix les plus éle­vés. Dont ne fait pas par­tie la France, grâce à sa Sé­cu­ri­té so­ciale qui tire les prix vers le bas ! “Tout ce qui peut di­mi­nuer les rem­bour­se­ments fran­çais plaît donc à l’in­dus­trie”, af­firment les ex­perts san­té des syn­di­cats.

Que faire pour échap­per à cet en­gre­nage ? Un coup de force de l’Etat, af­firme un rap­port du Sé­nat d’octobre 2018… “Ren­for­cer les moyens fi­nan­ciers des deux struc­tures pu­bliques susceptibl­es de pro­duire des médicament­s in­dis­pen­sables, la phar­ma­cie cen­trale des ar­mées et l’Agence gé­né­rale des équi­pe­ments et pro­duits de san­té” : so­lu­tion peu li­bé­rale mais que la Suisse elle-même vient de choi­sir. Autre de­mande du Sé­nat : que l’Etat aide fi­nan­ciè­re­ment les la­bo­ra­toires qui vou­draient bien ra­pa­trier en France la pro­duc­tion de mo­lé­cules in­dis­pen­sables. Et qu’il pré­voie des sanctions contre ceux qui né­gli­ge­raient d’agir pour évi­ter les pé­nu­ries.

Les mé­de­cins si­gna­taires de l’ap­pel d’août 2019 de­mandent eux aus­si au gou­ver­ne­ment de créer un pôle de pro­duc­tion phar­ma­ceu­tique à but non lu­cra­tif, donc pu­blic. Et d’ici là, d’im­po­ser aux la­bo­ra­toires “la consti­tu­tion et la ges­tion de stocks de médicament­s d’in­té­rêt thé­ra­peu­tique ma­jeur”.

Qu’en pense le Pr Agnès Bu­zyn ?

Que faire pour en­rayer la pé­nu­rie de médicament­s ? Or­ga­ni­ser leur pro­duc­tion par le ser­vice pu­blic af­firme un rap­port du Sé­nat d’octobre 2018, par le biais de la phar­ma­cie cen­trale des ar­mées et de l’Agence gé­né­rale des équi­pe­ments et pro­duits de san­té.

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