Des mu­ni­tions en­core en­fouies pour des siècles

75 ans après la Se­conde Guerre Mon­diale, la Nor­man­die n’en a pas en­core fi­ni avec ces “ves­tiges”.

La Manche Libre (Avranches) - - Entreprise­s -

L’été 1944 fut ce­lui des bom­bar­de­ments pour toute la ré­gion nor­mande. Les suc­ces­sifs “ta­pis de bombes” lan­cés par les troupes al­liées sur les terres de Nor­man­die ont dé­truit des villes en­tières, bien que cer­taines mu­ni­tions n’ont pas ex­plo­sé. 75 ans après, mer et terre sont en­core pol­luées par les mu­ni­tions de la Se­conde Guerre Mon­diale. “Se­lon plu­sieurs études, il fau­dra en­core quatre à cinq siècles pour en­le­ver toutes les mu­ni­tions du sol nor­mand”, ex­plique Sté­phan, du centre de dé­mi­nage de Caen.

“Il fau­dra 4 siècles”

Chaque an­née, le centre qui couvre les dé­par­te­ments de la Manche, du Cal­va­dos, de l’Orne et de la Seine-Ma­ri­time s’oc­cupe de 15 à 20 tonnes de mu­ni­tions, dé­cou­vertes par des par­ti­cu­liers sur leurs ter­rains ou dans le cadre de chan­tiers. Il y a de tout : obus, gre­nades, mines anti-char... “Ça date sur­tout de la Se­conde Guerre Mon­diale. Nous re­trou­vons de temps en temps des mu­ni­tions de 14-18, voire de la guerre fran­co-prus­sienne de 1870.” Les an­nées passent, mais le dan­ger reste le même. Car après 75, 100 ou 150 ans, les mu­ni­tions peuvent tou­jours ex­plo­ser. “Tout dé­pend de la ma­tière à l’in­té­rieur, des condi­tions d’en­fouis­se­ment ou en­core de l’étan­chéi­té des pa­rois”, dé­taille Sté­phan. “Par exemple, la mu­ni­tion de 1870 à base de poudre noire est moins dangereuse si elle a été en contact avec de l’hu­mi­di­té. Son ef­fi­ca­ci­té est lar­ge­ment voire to­ta­le­ment neu­tra­li­sée, mais on ne peut pas sa­voir à 100%.” Néan­moins au­jourd’hui, toutes les mu­ni­tions de l’époque sont connues, et les dé­mi­neurs savent comment opé­rer. En cas de doute, ils n’hé­sitent pas à se ser­vir de la do­cu­men­ta­tion pour être en­tiè­re­ment sûrs de leur manière de pro­cé­der. “Ces mu­ni­tions ont at­ten­du de longues an­nées, elles peuvent en­core at­tendre une heure”, sou­rit Sé­bas­tien, un col­lègue de Sté­phan. La mer est éga­le­ment concer­née, car de nom­breuses mu­ni­tions de la Se­conde Guerre Mon­diale sont noyées au fond de la Manche. “Il y a en­core énor­mé­ment de tra­vail, c’est cer­tain”, confie le maître Julien, du Grou­pe­ment de Plon­geurs-Dé­mi­neurs (GPD) ba­sé à Cher­bourg. En 2018, le GPD a dé­truit 679 en­gins ex­plo­sifs pour un to­tal de 12,7 tonnes de mu­ni­tions sur l’en­semble du lit­to­ral.

Les cir­cons­tances de dé­cou­verte d’une mu­ni­tion sur le lit­to­ral ou en pleine mer sont dif­fé­rentes que sur terre. “A chaque phé­no­mène naturel comme les grandes ma­rées, les tem­pêtes ou les mou­ve­ments de sable, des mu­ni­tions jus­qu’alors en­fouies sous le sable peuvent bou­ger et être dé­pla­cées. C’est le prin­ci­pal de notre tra­vail”, confirme le maître Julien.

Les chan­tiers des parcs éo­liens sont aus­si l’oc­ca­sion de re­trou­ver de nom­breuses mu­ni­tions. “Nous de­vons vé­ri­fier la zone d’ins­tal­la­tion des éo­liennes avec un so­nar”, ex­plique le maître Julien. La tâche est néan­moins ren­due plus dif­fi­cile par l’eau : “Cer­tains en­gins sont très bien conser­vés, d’autres pas du tout. Une éven­tuelle oxy­da­tion com­plique la tâche.” Les dé­mi­neurs ont de quoi en­core tra­vailler de longues an­nées.

Entre 400 et 500 tonnes de mu­ni­tions sont trai­tées par an par les dé­mi­neurs en France.

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