La vic­time pro­tège son conjoint

La Manche Libre (Avranches) - - Faits Divers / Justice -

A Ber­nières-le-Pa­try, le 28 avril der­nier, un homme en couple en­tre­prend de fê­ter l’ins­tal­la­tion de sa nou­velle ter­rasse. Il invite son voi­sin, en ami. Les heures pas­sant, les verres dé­filent.

La com­pagne, vic­time, ra­conte : “L’apé­ro a traî­né, les en­fants avaient faim, je leur ai fait à man­ger et on les a cou­chés. J’étais en train de dormir, quand je suis re­des­cen­due en tenue de nuit. La mu­sique était vrai­ment trop forte. Je suis al­lée fu­mer une ci­ga­rette de­hors, le temps que tout se calme. J’ai en­ten­du mon homme ti­tiller notre voi­sin à mon su­jet. Je suis in­ter­ve­nue pour les sé­pa­rer. J’ai pris des coups in­vo­lon­tai­re­ment, je n’étais pas vi­sée.”

Puis le conjoint, le nez en sang, ap­pelle les gen­darmes qui, se­lon lui, tardent à ve­nir. Il part à leur rencontre et se fait contrô­ler à conduire en état d’ivresse, en di­rec­tion de Vire.

“C’était in­vo­lon­taire”

A l’au­dience du 14 août 2019, le com­pa­gnon ré­pond de vio­lence sur conjoint, de conduite de vé­hi­cule sous l’em­prise d’un état al­coo­lique et de deux me­naces de mort. Le pré­sident lit la dé­po­si­tion du voi­sin : “J’étais par­ti fu­mer quand j’ai en­ten­du un bruit de claques. En me re­tour­nant, j’ai vu mon voi­sin qui frap­pait sa femme. Je n’ai pas sup­por­té, et je lui ai mis un coup de poing dans le nez. Puis il m’a frap­pé à son tour. Il a me­na­cé ‘Je les tue tous et je me tue après’.” Le conjoint ob­jecte: “J’ai pi­qué une crise de ja­lou­sie, il m’a frap­pé, ma femme a es­sayé de nous sé­pa­rer, j’ai mis deux ou trois coups der­rière la tête de mon voi­sin qui est par­ti. Mes lunettes étaient cas­sées, il y avait du sang, j’ai eu peur et je suis par­ti en voi­ture pour al­ler à l’hôpital (1,87 g d’al­cool par litre de sang).” La femme a un oeil au beurre noir et souffre de di­verses ec­chy­moses. Le voi­sin a trois jours d’in­ter­rup­tion to­tale de tra­vail. Le pré­sident s’étonne : “Madame, quel in­té­rêt votre voi­sin a-t-il à dire que votre ma­ri vous frap­pait ?” “Au­cun, mon ma­ri m’a frap­pée, mais, c’était in­vo­lon­taire, je ne de­mande rien”, ré­pond-elle. Le pré­ve­nu, qui a un an­té­cé­dent de vio­lence, re­prend : “C’est le voi­sin qui m’a frap­pé en pre­mier, je de­vais sû­re­ment par­ler mal à ma femme, je ne me sou­viens de rien.” Le pro­cu­reur ré­sume : “Les époux nient toute vio­lence vo­lon­taire et on com­prend que madame pro­tège son conjoint. Mais l’al­cool n’excusera pas tout.”

L’homme, re­laxé de vio­lences sur conjoint et de me­naces de mort, écope pour vio­lences sur son voi­sin de 120 jours-amende à 10 eu­ros et de six mois de suspension de son per­mis de conduire.

A l’heure où les fé­mi­ni­cides aug­mentent, la vic­time avoue qu’elle était “sans doute un peu trop dé­col­le­tée, en tenue de nuit”.

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