Im­por­ter la viande, où est l’éco­lo­gie ?

Cet éle­veur bo­vin fait le buzz sur in­ter­net avec sa vi­déo “coup de gueule” contre le CETA.

La Manche Libre (Avranches) - - Agricultur­e -

Si sa vi­déo sur les ré­seaux so­ciaux a mis la lu­mière sur lui, Thi­baut Giraud est sur­tout un agri­cul­teur pas­sion­né par son mé­tier, et le dé­fend.

D’où est par­ti ce coup de gueule? Le CETA et le MER­CO­SUR touchent la fi­lière de la viande dans la­quelle je tra­vaille. Il me tient à coeur de pro­duire de la qua­li­té pour les consom­ma­teurs, parce que je suis le pre­mier à vou­loir bien man­ger. Mais la France va im­por­ter de la viande étran­gère pro­duite se­lon des règles qui sont in­ter­dites chez nous de­puis des an­nées ! Il fal­lait éga­le­ment in­ter­pel­ler les po­li­tiques qui nous ont ren­con­trés, mais qui nous la font fi­na­le­ment à l’en­vers (sic). Nous pro­dui­sons dé­jà de la viande et nous avons du mal à la vendre. Alors, pour­quoi en im­por­ter ?

“Le CETA est in­équi­table”

Les ré­seaux so­ciaux étaient la ma­nière la plus simple de faire pas­ser votre mes­sage? Plu­sieurs de mes col­lègues font ré­gu­liè­re­ment des vi­déos pour ex­pli­quer notre mé­tier, et je trouve la dé­marche bonne. J’es­pé­rais que mon coup de gueule fasse un petit bout de che­min, mais je ne m’at­ten­dais pas à un tel suc­cès. Der­niè­re­ment, j’ai été contac­té par une jour­na­liste ar­gen­tine, et j’ai éga­le­ment lu des com­men­taires de Ca­na­diens. Glo­ba­le­ment, ils ne com­prennent pas notre co­lère face à ces ac­cords. C’est pour­tant simple : leurs règles de pro­duc­tion sont bien moins strictes que les nôtres. Ils uti­lisent des hor­mones de crois­sance pour faire gran­dir plus vite leurs bêtes tan­dis que nous, il nous faut six mois de plus pour éle­ver une bête. For­cé­ment, c’est in­équi­table. Se­riez-vous pour le CETA si vos normes d’éle­vage étaient moins strictes ?

Je ne veux pas de baisse de nos normes ! Pas ques­tion de des­cendre au même ni­veau sa­ni­taire que l’Ar­gen­tine ou le Ca­na­da ! Au­jourd’hui, nous avons un ter­roir de qua­li­té en France. Le gou­ver­ne­ment nous de­mande de mon­ter en gamme, mais nous l’avons dé­jà fait.

La France est-elle le pays le plus strict en termes de normes? Oui, de plus les agri­cul­teurs par­tagent au­jourd’hui la prise de conscience sur les phy­to­sa­ni­taires et autres pro­duits. Nous avons di­mi­nué entre 30 à 40 % la consom­ma­tion d’an­ti­bio­tiques en 10 ans dans les fermes, sans di­mi­nuer le nombre de bêtes. Nous sommes ca­pables de nous adap­ter, mais jus­qu’à quand ? Les consom­ma­teurs doivent réa­li­ser les normes aux­quelles nous sommes sou­mises. Celles sur les bâ­ti­ments ou celles sur le nombre d’ani­maux à l’hec­tare. Au­jourd’hui en France, 90 % des éle­veurs ont moins de 150 vaches, ce qui est loin d’être le cas à l’étran­ger.

Fi­nan­ciè­re­ment, vous y re­trou­vez­vous?

Je de­vrais at­teindre l’équi­libre cette an­née. Même en pro­dui­sant plus qu’in­di­qué dans mon dos­sier d’ins­tal­la­tion il y a 3 ans, mes re­cettes com­pensent tout juste les charges. La viande ra­cée a beau­coup dé­co­té de­puis quelques an­nées, car la consom­ma­tion de viande est mise à mal à cause de ces vi­déos d’abat­toirs qui mal­traitent les ani­maux. Pour pou­voir vivre, il faut pro­duire de gros vo­lumes de viande ou bien créer de la va­leur ajou­tée. Ain­si, je vends di­rec­te­ment au consom­ma­teur : en sup­pri­mant les in­ter­mé­diaires, je gagne plus mais tous ne peuvent pas le faire.

Res­sen­tez-vous l’agri­ba­shing ? Lorsque je mets les par­celles en cul­ture, les gens me re­gardent d’un oeil bi­zarre, car ils ont l’im­pres­sion que je ré­pands des pes­ti­cides et de l’engrais à go­go. Au prix que ça coûte, je vous as­sure que je ne les uti­lise pas par plai­sir. Avec un voi­sin, nous avons ré­duit de plus de 50 % nos doses de phy­to­sa­ni­taires. Nous trai­tons la nuit, car ce­la ré­duit l’éva­po­ra­tion -donc le vo­lume de pro­duits- et ce­la nuit moins au voi­si­nage. Mais les gens de­viennent agres­sifs. Au­jourd’hui, nous nous fai­sons gron­der pour un coq qui chante, ou même des mouches ! Sou­vent, nous n’y pou­vons rien, mais on fi­nit tou­jours par nous mon­trer du doigt : ça vient for­cé­ment des agri­cul­teurs.

Dans sa vi­déo, Thi­baut, éle­veur bo­vin près de Saint-Lô, dit : “On nous parle d’éco­lo­gie pour im­por­ter de la viande de l’autre cô­té de la pla­nète.”

200 000 per­sonnes ont vu la vi­déo de Thi­baut.

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