Crise du lait : “C’était un truc très fort”

La crise du lait a trans­for­mé la ferme de Vains en Ca­ra-Meuh.

La Manche Libre (Avranches) - - Avranches -

An­dré Le­franc se sou­vient avec émo­tion de la crise du lait de 2009. Une pé­riode de sur­pro­duc­tion lai­tière, mar­quée par fin des quo­tas et un prix du lait au ras des pâ­que­rettes. De quoi faire sor­tir les éle­veurs lai­tiers de leur étable. Les plus mo­ti­vés s’étaient réunis dans la toute jeune Apli, l’as­so­cia­tion des pro­duc­teurs de lait in­dé­pen­dants. Elu pré­sident dé­par­te­men­tal, An­dré Le­franc était pré­sent, le ven­dre­di 18 sep­tembre 2009, dans la baie du Mont-SaintMi­chel en com­pa­gnie de 300 autres éle­veurs. 3,5 mil­lions de litres de lait avaient été épan­dus dans un champ. Les images avaient fait le tour du monde. “C’était un truc très fort. On pen­sait que cette ac­tion al­lait faire bou­ger les lignes, chan­ger le rap­port de force entre les pro­duc­teurs et les in­dus­triels mais ils ont fait le dos rond. On au­rait dû conti­nuer pour mettre le sys­tème à plat mais nous n’avions plus d’éner­gie pour re­lan­cer la guerre.” Si la Ré­vo­lu­tion n’a pas eu lieu, le mou­ve­ment a per­mis aux éle­veurs d’échan­ger, de s’in­for­mer et de re­pen­ser leur tra­vail. “Avec l’Apli, nous avons re­bon­di sur autre chose : le lait équi­table de la marque Fair France, seule marque qui ap­par­tient aux éle­veurs.”

“Mon père était pay­san”

De 2011 à 2014, An­dré Le­franc est élu pré­sident na­tio­nal de l’Apli. Entre-temps, il dé­cide de trans­for­mer lui-même son lait pour échap­per à l’em­prise des in­dus­triels. “Mon père était pay­san, il ven­dait son beurre au mar­ché. Quand on est que pro­duc­teur, on pro­duit et on se tait.” Il opte pour les ca­ra­mels, un pro­duit longue conser­va­tion, et lance la pro­duc­tion avec suc­cès. Mais les ca­ra­mels ne re­pré­sentent que 50 000 litres de lait sur les 700 000 pro­duits à la ferme. Après avoir vi­sion­né le do­cu­men­taire de Co­line Ser­reau, “So­lu­tions lo­cales pour un désordre glo­bal”, il n’hé­site plus à se conver­tir au bio. Un choix confor­té par un voyage ef­fec­tué au Bur­ki­na-Fas­so en 2018. “Les in­dus­triels eu­ro­péens y ex­portent de la poudre de lait écré­mé en­ri­chie à l’huile de palme, in­di­geste, qui vient concur­ren­cer la fi­lière lo­cale. Un non-sens.”

An­dré Le­franc dans sa ferme des Ca­ra-Meuh à Vains jeu­di 5 sep­tembre.

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