L'UE di­vi­sée face à la crise : elle joue main­te­nant son ave­nir

Les Etats d'europe du nord per­sis­te­ront-ils à re­fu­ser de mu­tua­li­ser la dette de re­cons­truc­tion ? Le sort de L'UE elle-même est en jeu.

La Manche Libre (Avranches) - - France Monde -

Comme le dit le com­mis­saire eu­ro­péen Thier­ry Bre­ton, “je ne connais qu'un seul mot pour en sor­tir : c'est la so­li­da­ri­té !” C'est donc main­te­nant que se joue l'ave­nir de l'europe. Si les Etats membres ne veulent pas qu'elle se dé­fasse, ils doivent dé­pas­ser leur di­vi­sion.

Nord contre sud, “ra­dins” contre “gas­pilleurs” : ces ac­cu­sa­tions ré­ci­proques ré­vèlent en ef­fet chez les Etats du nord une sorte d'ani­mo­si­té tein­tée de mé­pris en­vers ceux du sud. Et cette frac­ture cultu­relle pour­rait faire dé­railler l'europe, alors que ses membres af­frontent une crise sa­ni­taire et éco­no­mique sans pré­cé­dent.

Sous cet angle, la vi­sio­con­fé­rence des di­ri­geants des Vingt-sept le 23 avril n'a mar­qué qu'un pro­grès théo­rique. Tous ont ap­prou­vé le prin­cipe d'un “fonds de re­cons­truc­tion de l'éco­no­mie des Etats membres” pou­vant al­ler jus­qu'à 500 mil­liards d'eu­ros. Mais com­ment s'ex­pri­me­rait cette so­li­da­ri­té fi­nan­cière ? L'ar­gent eu­ro­péen se­ra-t-il sim­ple­ment prê­té aux pays qui en ont be­soin ? Ou leur se­ra-t-il don­né en sub­ven­tion au titre du bud­get com­mu­nau­taire, ce qui équi­vau­drait à mu­tua­li­ser la dette ? Au­cun ac­cord là-des­sus ! L'axe Al­le­magne-au­triche-suède-fin­lande-paysbas

re­fuse sè­che­ment de faire des dons qui se­raient “fi­nan­cés par de la dette”, fût-elle à taux zé­ro.

Au pied du mur

Mais si l'aide eu­ro­péenne à la re­cons­truc­tion ne prend que la forme de prêts, elle man­que­ra son but : ce sont les pays em­prun­teurs qui de­vront s'en­det­ter – en­core plus – pour rem­bour­ser ces prêts… Ils se pri­ve­ront alors d'un ar­gent qui au­rait pu leur ser­vir à in­ves­tir pour res­tau­rer l'ave­nir de leur éco­no­mie : ce qui éloi­gne­ra celle-ci en­core plus de celle des “pays du nord”, et com­pro­met­tra l'exis­tence des deux pi­liers de L'UE : le mar­ché in­té­rieur et la mon­naie unique.

C'est au pied du mur qu'on voit le ma­çon. De­vant l'opi­nion pu­blique des Etats membres, les construc­teurs de l'europe vont de­voir prou­ver que la vo­ca­tion de L'UE est de faire vivre une so­li­da­ri­té ac­tive.

Faute de quoi l'opi­nion pour­rait prê­ter l'oreille aux eu­ros­cep­tiques, qui ac­cusent l'union de n'être qu'une plate-forme fi­nan­cière sans lien avec les peuples…

L'UE sau­ra-t-elle créer un ou­til bud­gé­taire in­cluant le fu­tur fonds de re­cons­truc­tion, c'est-à-dire “as­sez grand pour faire face à l'am­pleur de la crise et di­ri­gé vers les sec­teurs et les zones géo­gra­phiques les plus af­fec­tés en Europe” – se­lon l'ex­pres­sion du pré­sident du Con­seil eu­ro­péen Charles Mi­chel ? D'après l'en­tou­rage de Thier­ry Bre­ton, cette pro­po­si­tion de bud­get ré­vi­sée pour­rait être adop­tée par le col­lège des com­mis­saires vers la mi-mai. Les chefs d'etat et de gou­ver­ne­ment au­ront en­suite à y tra­vailler en­semble, pour contour­ner les com­plexi­tés des dos­siers et ten­ter d'ac­cor­der les points de vue.

Dé­con­fi­ner les di­ri­geants

Mais il fau­dra pour ce­la qu'une par­tie des di­ri­geants na­tio­naux ac­ceptent de re­la­ti­vi­ser les po­si­tions “très dures” que leur dictent “la psy­cho­lo­gie pro­fonde et les contrainte­s po­li­tiques” de leurs pays, comme le dit Em­ma­nuel Ma­cron. L'ita­lie et l'es­pagne, éco­no­mi­que­ment plus si­nis­trées que d'autres na­tions par le co­ro­na­vi­rus, es­pèrent avec ar­deur que ce mi­racle soit pos­sible. Mais il ne sau­rait se pro­duire que dans des face-à-face en chair et en os entre di­ri­geants, non à tra­vers l'écran nu­mé­rique des vi­sio­con­fé­rences… En somme, l'ave­nir de l'europe dé­pend du dé­con­fi­ne­ment.

Les com­mis­saires eu­ro­péens Stella Ky­ria­kides, en charge de la san­té, Thier­ry Bre­ton, en charge de la po­li­tique in­dus­trielle, du mar­ché in­té­rieur, et le mi­nistre de la San­té Oli­vier Ve­ran, à Bruxelles.

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