Ed­dy Mit­chell au nom du père

Le chan­teur-co­mé­dien in­carne un père aty­pique aux cô­tés de Ma­thieu Amalric dans une sé­rie d’arte. Ren­contre avec un monstre sa­cré

La Manche Libre (Avranches) - - Tv Magazine - Pro­pos re­cueillis par Ju­lia Bau­din £@Bau­dinj

Per­sonne ne vou­drait d’un tel père. C’est pour­tant le lot d’oli­vier (Ma­thieu Amalric) dans L’agent im­mo­bi­lier, qui traîne comme un bou­let ce type odieux mais at­ta­chant, cam­pé par Ed­dy Mit­chell.

Com­ment ra­con­ter cette drôle d’his­toire et com­ment êtes-vous en­tré dans la peau de cet in­vrai­sem­blable per­son­nage ?

Je se­rais bien en peine de ré­su­mer l’his­toire si­non qu’à la lec­ture du scé­na­rio elle m’a fait l’ef­fet d’un long poème, d’une ba­lade pour gens pas très heu­reux, en l’oc­cur­rence les deux gui­gnols in­car­nés par Ma­thieu Amalric, dont j’ad­mire beau­coup le tra­vail, et moi-même. Et, en même temps, c’est une vé­ri­table ode à la vie. Dif­fi­cile de ré­sis­ter à l’appel d’arte…

Qui sont ce père et ce fils ?

Ma­thieu Amalric est un pe­tit agent im­mo­bi­lier ra­té, di­vor­cé, es­seu­lé, pas très bon père, pas très bon fils, mais très dé­voué, dont les dettes et les en­nuis aug­mentent à me­sure que son père, c’est-à-dire moi, les lui crée. Moi, je suis en­core bien pire. Je suis le bou­let que per­sonne ne de­vrait avoir à traî­ner. Je suis égoïste, mal­hon­nête, gros­sier, insupporta­ble, in­sol­vable, et j’en­chaîne les conne­ries en fai­sant por­ter le cha­peau à mon fils sans au­cune consi­dé­ra­tion pour lui. Je suis un gros en­fant mons­trueux. Même mort, je conti­nue à l’em­mer­der, dans des scènes tristes et oni­riques, des si­tua­tions étranges et dro­la­tiques, des dia­logues fron­taux et sa­vou­reux… Bref, tout ce que j’aime !

C’est une vieille ca­naille, en quelque sorte ?

Un peu. Sauf que ce n’est pas juste l’his­toire d’une vieille ca­naille. C’est sur­tout l’his­toire d’une fi­lia­tion ra­tée (et peut-être fi­na­le­ment pas tant que ça), de la fi­gure pa­ter­nelle et de ce qu’on en fait. De ce à cô­té de quoi on passe, des com­bats que l’on re­nonce sou­vent un peu vite à me­ner, de ce sur quoi on de­vrait par­fois se re­tour­ner. Il y a de l’amour, des re­grets, du Pa­ris d’au­jourd’hui, des pe­tites frappes, du fan­tas­tique, des pe­tits es­poirs et des grands mal­heurs.

Fal­lait-il un pro­jet aus­si ori­gi­nal pour vous at­ti­rer dans une sé­rie ?

À mon grand âge, je n’ai pas tant de pro­po­si­tions que ça, si­non des rôles gé­né­ra­le­ment dra­ma­tiques de mé­dio­cri­té. Les rôles mi­teux que Jacques Du­tronc re­fuse, on me les pro­pose en­suite à moi, et in­ver­se­ment. On en ri­gole au té­lé­phone ! Alors, quand un pro­jet comme L’agent im­mo­bi­lier se pré­sente, ça re­lève du mi­racle. Et puis c’est une mi­ni-sé­rie. Un cas­ting for­mi­dable. Un tour­nage et une équipe très agréables. Sans ou­blier l’as­pect fan­tas­tique, l’im­meuble qui s’ef­fondre, la vieille lo­ca­taire et le pois­son rouge.

Les au­teurs sont is­raé­liens. Di­riez-vous que leur ma­nière de ra­con­ter est dif­fé­rente ou meilleure que celle des Fran­çais ?

Je ne vois pas suf­fi­sam­ment de sé­ries pour en ju­ger. Il me semble ce­pen­dant qu’il y a une fron­ta­li­té, une ca­pa­ci­té à dire les choses, un goût pour la sub­ver­sion et une poé­sie qu’on trouve ra­re­ment ailleurs. Sauf peut-être chez les Belges. Les scé­na­ristes de sé­ries fran­çaises de­vraient se lâ­cher un peu, avoir moins peur de cho­quer, du CSA et des au­diences. Ça nous fe­rait beau­coup de bien.

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