Res­tau­ra­tion : "nous sommes les ou­bliés"

Une étoile au Mi­che­lin ne le pro­tège pas plus que les autres de la crise. Mi­ckaël Ma­rion, chef du res­tau­rant “In­tui­tion” à Saint-lô.

La Manche Libre (Avranches) - - La Une -

Mi­ckaël Ma­rion, chef étoi­lé par­ti­cipe au collectif “Dé­fend ton res­to !” En lo­cal, les res­tau­ra­teurs s'or­ga­nisent pour dé­ve­lop­per des al­ter­na­tives.

“J’ai dis­tri­bué tout ce que je pou­vais, on n’a pas je­té. Je re­tourne au res­tau­rant deux fois par se­maine pour voir com­ment ça se passe, on a lais­sé des choses tour­ner : fri­gos, chambre froide...”, ex­pli­quait mer­cre­di 22 avril, Mi­ckaël Ma­rion, chef étoi­lé saint­lois, à la tête avec son épouse du res­tau­rant gas­tro­no­mique In­tui­tion et de la bras­se­rie Les Ca­pu­cines. L’éta­blis­se­ment saint-lois, lui, est fer­mé de­puis le 14 mars. “On pou­vait nous pré­ve­nir avant, c’était un peu juste pour l’or­ga­ni­sa­tion per­son­nelle et la mar­chan­dise. Si seule­ment on avait été pré­ve­nus 48 à 72 heures avant…”

Sa quin­zaine de sa­la­riés est ac­tuel­le­ment en chô­mage par­tiel, une aide qu’il es­time in­suf­fi­sante. “Au­jourd’hui, à part ça, on n’a rien. Pour l’ins­tant je tiens, mais il va fal­loir que ça re­prenne très très vite”, alerte tout de même le chef man­chois. Et l’étoile du guide Mi­che­lin ac­quise en 2018 ne l’épargne pas pour au­tant en pé­riode de crise. “Je ne pense même pas à l’étoile, mais sur­tout à sau­ver des em­plois et l’en­tre­prise. On a tra­vaillé dur pen­dant des an­nées pour en ar­ri­ver là, et tout s’écroule en 2-3 mois. Je pense aus­si aux grandes mai­sons gas­tro­no­miques qui ont des cen­taines de sa­la­riés.

C’est dé­jà une ca­tas­trophe cette an­née”. Pe­tite ou grande mai­son, tous dans le même ba­teau.

Le plus dur à gé­rer ? L’at­tente, et le flou au­tour d’une date de re­prise. “Les sa­la­riés m’ap­pellent sou­vent pour sa­voir quand nous pour­rons re­prendre. Si au moins on avait une date, on pour­rait se ré­or­ga­ni­ser. Là, ça a l’air de bou­ger un peu. Alain Du­casse doit voir Em­ma­nuel Ma­cron pour dis­cu­ter de la si­tua­tion dans l’hô­tel­le­rie et la res­tau­ra­tion”.

“Ce qui nous a pi­qués, c’est le dis­cours du Pre­mier mi­nistre le 19 avril, c’était folk­lo­rique”

Ces der­niers jours, les bruits de cou­loir pré­di­saient une ré­ou­ver­ture pour la mi-juin. “C’est très bien pour se pro­je­ter, or­ga­ni­ser le re­dé­mar­rage de l’équipe, et connaître les me­sures sa­ni­taires à prendre”.

Pour es­sayer de faire bou­ger les choses, il s’est aus­si lan­cé, avec d’autres com­mer­çants saint-lois, dans la mise en place du collectif ‘Dé­fends ton res­to’. Ce der­nier ras­semble “les ca­fés, hô­tels, res­tau­rants et dis­co­thèques de l’ag­glo­mé­ra­tion saint-loise. Nous sou­hai­tons ob­te­nir des aides au ni­veau lo­cal, et l’idée aus­si, que ça re­monte au ni­veau na­tio­nal. Ce qui nous a pi­qués, c’est le dis­cours du Pre­mier mi­nistre le di­manche 19 avril, c’était folk­lo­rique. Il ne nous a pas ci­tés, il nous a ou­bliés. On ne veut pas être les ou­bliés de l’etat”. En at­ten­dant, il prend son mal en pa­tience, et conti­nue à tra­vailler de chez lui. “Etant don­né que ma cui­sine est tournée sur la na­ture, je me ba­lade pour trou­ver de l’ins­pi­ra­tion, et je cherche tou­jours des re­cettes”.

Mi­ckaël Ma­rion, chef étoi­lé du res­tau­rant In­tui­tion, fait par­ti du collectif saint-lois ‘Dé­fends ton res­to’ ap­pe­lant les com­mer­çants de l’ag­glo­mé­ra­tion à s’unir pour ob­te­nir des aides.

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