“Le culte est la der­nière roue du car­rosse”

Pas de cé­ré­mo­nies re­li­gieuses avant le 2 juin. Fi­dèles et évêques ne com­prennent pas. En Nor­man­die, les ré­ac­tions se mul­ti­plient.

La Manche Libre (Avranches) - - Coronaviru­s -

“Dé­cep­tion, co­lère, in­com­pré­hen­sion et même in­jus­tice.” Le plan de dé­con­fi­ne­ment dé­voi­lé par le Pre­mier mi­nistre, ne plait pas aux fi­dèles. Les ras­sem­ble­ments re­li­gieux res­tent in­ter­dits jus­qu’au 2 juin.

“Si nous avons pro­mis d’as­su­rer les consignes, ce n’était pas du pi­peau. Est-ce qu’on nous fait confiance ou pas ?”

L’évêque de Cou­tances, Mgr Laurent Le Boulc’h, ne com­prend pas cette dé­ci­sion : “Nous avons fait des ef­forts et nous nous sommes im­pli­qués de fa­çon scru­pu­leuse dans l’ap­pli­ca­tion de toutes les consignes.” Un plan de ré­ou­ver­ture après le 11 mai dans des condi­tions très li­mi­tées avait été adres­sé par l’épis­co­pat ca­tho­lique au gou­ver­ne­ment : “Vi­si­ble­ment, il n’a pas été pris en compte et l’ar­gu­men­taire du Pre­mier mi­nistre n’est pas très li­sible, c’est une grande sur­prise. Le plan était tout à fait rai­son­nable.” Il es­pé­rait une ré­ou­ver­ture juste avant la Pen­te­côte, le 31 mai, fête im­por­tante pour les chré­tiens : “Il y a des choses tout à fait cu­rieuses qui m’étonnent. Au­jourd’hui, nous sommes sur une di­men­sion sym­bo­lique et de sens in­té­rieur qui nous pa­raît es­sen­tielle. Nous ne sa­vons pas ce qui a conduit à cette dé­ci­sion fi­nale.”

L’ar­che­vêque de Rouen, Do­mi­nique Le­brun, va plus loin. Il parle d’une “re­lé­ga­tion de la li­ber­té de culte à la der­nière roue du car­rosse de la na­tion fran­çaise”. Se­lon lui, les fi­dèles se­raient dé­çus et cer­tains se­raient même “en co­lère”.

Dans une tri­bune, le père Oli­vier Le Page, cu­ré de la pa­roisse d’oc­te­ville, comme 129 autres prêtres, aler­tait dé­jà le gou­ver­ne­ment sur “l’im­por­tance de la di­men­sion spi­ri­tuelle” et le rôle es­sen­tiel du prêtre dans la so­cié­té. “Des per­sonnes âgées iso­lées n’ont plus l’oc­ca­sion de cé­lé­brer l’eu­cha­ris­tie et elles ne com­prennent pas le fait qu’on puisse al­ler dans un su­per­mar­ché et pas à la messe. Cette non prise en compte crée des in­com­pré­hen­sions.” Un manque de confiance est aus­si sou­le­vé de la part du dio­cèse : “Si nous avons pro­mis d’as­su­rer de fa­çon très sé­rieuse les consignes, ce n’était pas du pi­peau !”, confie l’évêque.

“Est-ce qu’on nous fait confiance ou pas ? C’est une ques­tion que l’on peut se poser. De même pour la ca­té­chèse. Puisque l’école re­dé­marre, il n’y avait pas de rai­son que la ca­té­chèse ne re­dé­marre pas.” En at­ten­dant,

“j’ap­pelle les gens à vivre dans la cha­ri­té et à conti­nuer à ap­pli­quer les consignes pour le ser­vice des plus fra­giles”.

L’ab­bé Oli­vier Le Page a aus­si trou­vé

“as­sez cho­quant” que l’église ne soit évo­quée que par une seule ligne dans l’al­lo­cu­tion d’edouard Phi­lippe même si “on com­prend bien que la si­tua­tion est dif­fi­cile à ap­pré­hen­der et à gé­rer. Dans la Manche, nous sommes quand même très peu frap­pés et il y a sans doute des amé­na­ge­ments pos­sibles.”

La ca­thé­drale de Cou­tances et les églises de Nor­man­die at­ten­dront avant de pou­voir pro­po­ser de nou­velles cé­ré­mo­nies re­li­gieuses. Seuls les ob­sèques y sont cé­lé­brées.

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