Guillaume Pos­tel, es­prit uni­ver­sel et cos­mo­po­lite (acte 4)

La Manche Libre (Avranches) - - Saint-hilaire -

Guillaume Pos­tel s'en­thou­siasme pour une re­li­gieuse, mère Jeanne, la consi­dère comme une pro­phé­tesse, et n'hé­site pas à l'ap­pe­ler

“la nou­velle Ève mère du monde”. Cette ren­contre entre deux exal­tés est à l'ori­gine d'un étrange mes­sia­nisme, d'es­sence so­phia­nique : spi­ri­tuel­le­ment proche du grand kab­ba­liste juif Isaac Lou­ria, Pos­tel pro­fesse, en confor­mi­té avec le Zo­har, qu'il y a deux mes­sies. L'es­prit fé­mi­nin de l'homme, qu'il nomme (le pre­mier) ani­ma, com­pro­mis par le pé­ché d'ève et n'ayant pas fait l'ob­jet de la ré­demp­tion du Ch­rist, doit être sau­vé par un mes­sie femme, in­car­na­tion de l'âme du monde (la So­phia, iden­ti­fiée à mère Jeanne). En 1549, avec l'ap­pui de l'im­pri­meur Da­niel Bom­berg, Pos­tel en­tre­prend son deuxième voyage en Orient, se ren­dant no­tam­ment à Jé­ru­sa­lem (lettre à An­dreas Maes écrite au mo­nas­tère du Mont Sion le 21 août 1549), en Égypte et à Cons­tan­ti­nople (lettre au même da­tée du 10 juin 1550, où il an­nonce qu'il vient de re­co­pier un Nou­veau Tes­ta­ment en sy­riaque), et se joi­gnant à la suite de Ga­briel de Luetz, sei­gneur d'ara­mon, am­bas­sa­deur du roi Hen­ri II au­près du sul­tan. À la fin de l'an­née 1550, Pos­tel est de re­tour à Ve­nise, avec de nou­veau tré­sors rap­por­tés d'orient. Da­niel Bom­berg est alors mort, mais c'est dans sa mai­son qu'il ren­contre Moïse de Mar­din, un prêtre sy­rien en­voyé en Oc­ci­dent par le pa­triarche ja­co­bite, avec des ma­nus­crits, pour réa­li­ser l'im­pres­sion du Nou­veau Tes­ta­ment en sy­riaque. Les deux hommes étu­dient en­semble les textes qu'ils pos­sèdent l'un et l'autre. Le pro­jet de Moïse de Mar­din est ca­res­sé aus­si par Pos­tel de­puis des an­nées (dans une lettre à An­dreas Maes du 22 jan­vier 1547, il par­lait d'une édi­tion bi­lingue sy­riaque-arabe), mais il n'a tou­jours pas les ca­rac­tères ty­po­gra­phiques (en avril 1555, il se ren­dra à Pa­vie pour es­sayer de ré­cu­pé­rer ceux de Te­seo Am­bro­gio). Du­rant l'un de ses sé­jours à Ve­nise, Pos­tel au­rait ser­vi de se­cré­taire à un groupe de quatre éru­dits qui se réunis­saient deux fois par se­maine pour dis­cu­ter des mé­rites res­pec­tifs des di­verses re­li­gions. Les notes prises à cette oc­ca­sion au­raient ser­vi à Jean Bo­din pour la ré­dac­tion du Col­lo­quium hep­ta­plo­meres.

Sé­jours à Pa­ris et à Bâle

Au dé­but de 1552, Pos­tel re­gagne Pa­ris avec une étape à Di­jon. Il est ac­cueilli avec beau­coup d'in­té­rêt à la cour et dans le mi­lieu hu­ma­niste de la ca­pi­tale, mais on ne lui rend pas sa chaire au col­lège des lec­teurs royaux. Il se met à en­sei­gner au col­lège des Lom­bards, en y mê­lant ses prêches po­li­ti­co-re­li­gieux et mys­tiques, avec beau­coup de suc­cès d'ailleurs, jus­qu'à ce que son en­sei­gne­ment soit in­ter­dit. Il quitte à nou­veau Pa­ris en mai 1553, et avec des étapes à Di­jon et à Be­san­çon se rend à Bâle. Dans cette ville, il ren­contre no­tam­ment Cas­par Sch­wenck­feld von Os­sig, Sé­bas­tien Cas­tel­lion et Da­vid Jo­ris. Il est de re­tour à Ve­nise en août 1553. Mi­chel Ser­vet, ar­rê­té à Ge­nève le 13 août, est brû­lé vif par les cal­vi­nistes le 27 oc­tobre. A suivre.

Ce phi­lo­sophe reste le re­pré­sen­tant fran­çais le plus ca­rac­té­ris­tique de la kab­bale chré­tienne.

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