Dé­cou­verte : ba­lise mys­tère.

Le re­quin du Groen­land se dé­voile,

La Manche Libre (Avranches) - - Week-end - Da­vy Del­motte

“Trou­ver ces ba­lises échouées sur les plages, c'est comme trou­ver de l'or. Ces don­nées sont une chance in­es­ti­mable”

Ni­gel Hus­sey, en­sei­gnant-cher­cheur

Pour les cher­cheurs, la dé­cou­verte de cette ba­lise est un évé­ne­ment. Une sorte de vic­toire. Ni­gel Hus­sey est l'homme qui a dé­po­sé sur un re­quin du Groen­land cette fa­meuse ba­lise, échouée le 11 mai der­nier sur la côte nor­mande, à Gef­fosses, entre Pi­rou et Gou­ville-sur-mer.

Cette histoire “fan­tas­tique” a dé­bu­té avec An­to­ny Han­nok, garde du lit­to­ral ba­sé à Les­say. Il dé­couvre dans le havre de Gef­fosses une ba­lise des­ti­née à ta­guer les gros pois­sons. Elle était prise dans les fi­lets élec­triques des­ti­nés à conte­nir les bre­bis dans l'es­tuaire. “De­puis main­te­nant trois ans, nous dis­po­sons d'une con­ven­tion avec la Fé­dé­ra­tion des chas­seurs de la Manche pour faire pâ­tu­rer nos bre­bis”, ex­plique An­to­ny Han­nok.

Ce type de ba­lise est uti­li­sé par de nom­breuses as­so­cia­tions, dont celle pour l'étude et la conser­va­tion des sé­la­ciens (AECS) - pois­sons ma­rins au sque­lette car­ti­la­gi­neux, com­pre­nant les re­quins - qui tague le re­quin-taupe et le re­quin pè­le­rin, entre autres, “mais le code de la ba­lise trou­vée ne leur ap­par­tient pas”, in­dique An­to­ny Han­nok.

Seuls 45 re­quins du Groen­land ont été équi­pés de cette ba­lise, pour un taux de ré­cu­pé­ra­tion ex­trê­me­ment bas, d'où l'en­thou­siasme du cher­cheur

Il lance alors des pre­mières re­cherches. “La ba­lise, en de­hors de son nu­mé­ro de sé­rie, dis­pose d'une adresse e-mail : tags@wild­li­fe­com­pu­ters.com. Je contacte donc la so­cié­té, ba­sée à cô­té de Seat­tle, dans l'état de Wa­shing­ton aux Etats-unis. Il se passe une quin­zaine de jours, le Co­vid-19 est vi­ru­lent là-bas aus­si.” Puis, il re­çoit un pre­mier mes­sage lui in­di­quant que la ba­lise a ces­sé d'émettre en 2015 et qu'elle a par­cou­ru 5 000 km de­puis sa der­nière po­si­tion. “Quelques heures après, c'est la per­sonne qui a ta­gué le re­quin qui me contacte : il s'agit de Ni­gel Hus­sey, en­sei­gnant cher­cheur à l'uni­ver­si­té de Wind­sor, au Ca­na­da.” Il l'avait ta­gué dans un fjord de la com­mu­nau­té inuite la plus sep­ten­trio­nale du Ca­na­da, à 1 100 km du cercle arc­tique.

Cet en­sei­gnant lui in­dique que l'ani­mal me­sure 2,39 mètres, que la ba­lise s'est dé­ta­chée en oc­tobre de la même an­née au nor­douest du Groen­land, ce qui fait taire les ru­meurs du genre : “Le plus grand re­quin du monde est-il sur nos côtes ?” L'ani­mal marin en ques­tion fait par­tie des plus grands re­quins car­ni­vores, der­rière le grand re­quin blanc. Il peut at­teindre les sept mètres et vivre plu­sieurs cen­taines d'an­nées ! Très mal connu, il évo­lue à des pro­fon­deurs de 200 à 400 mètres.

La ba­lise a alors dé­ri­vé pen­dant cinq ans, jus­qu'à se re­trou­ver échouée dans “un pe­tit fjord de la côte Ouest du Co­ten­tin”. Ac­tuel­le­ment, seuls 45 re­quins du Groen­land ont été équi­pés de cette ba­lise, pour un taux de ré­cu­pé­ra­tion ex­trê­me­ment bas, d'où l'en­thou­siasme du cher­cheur à l'idée de dé­cou­vrir les don­nées en­re­gis­trées dans la ba­lise qu'an­to­ny Han­nok vient de lui ren­voyer.

Contac­té, Ni­gel Hus­sey, ins­tal­lé au Ca­na­da, a ac­cep­té de ré­pondre à nos ques­tions. La dé­cou­verte de cette ba­lise fut “une nou­velle ab­so­lu­ment fan­tas­tique”,

nous dit-il : “En trou­vant cette ba­lise, nous pou­vons main­te­nant té­lé­char­ger les don­nées qu'elle a ar­chi­vées. Ce­la four­ni­ra des in­for­ma­tions sur la pro­fon­deur de na­vi­ga­tion du re­quin et la tem­pé­ra­ture de l'eau chaque se­conde pen­dant toute la pé­riode de dé­ploie­ment. Ces don­nées sont une chance in­es­ti­mable pour com­prendre le com­por­te­ment de cette es­pèce peu connue et pour ai­der à sa conser­va­tion et à sa ges­tion.” Ni­gel Hus­sey ne cache pas sa joie et son émo­tion, et re­mer­cie le tra­vail réa­li­sé par An­to­ny Han­nok : “Trou­ver ces ba­lises échouées sur les plages, c'est comme trou­ver de l'or.” Il lance d'ailleurs un ap­pel aux

ha­bi­tants : “Si vous trou­vez l'une de ces ba­lises, con­tac­tez les or­di­na­teurs de la faune car vous ren­drez les scien­ti­fiques quelque part dans le monde très heu­reux.”

Connaître les mou­ve­ments de ces re­quins à grande échelle, leur com­por­te­ment de plon­gée ver­ti­cale, etc., “tout ce­la est très im­por­tant pour com­prendre com­ment, par exemple, les re­quins in­ter­agissent avec les pê­che­ries com­mer­ciales et leur rôle dans la struc­tu­ra­tion des éco­sys­tèmes arc­tiques.”

Le cher­cheur tra­vaille en étroite col­la­bo­ra­tion avec les ges­tion­naires de res­sources et l'in­dus­trie et s'as­sure que ces don­nées sont uti­li­sées di­rec­te­ment pour la ges­tion de ces ani­maux.

La ba­lise d'un re­quin du Groen­land s'est échouée dans le havre de Gef­fosses. Elle pour­ra ai­der des cher­cheurs amé­ri­cains et ca­na­diens à en sa­voir plus sur l'ani­mal et à com­prendre son com­por­te­ment en mer.

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