Illustres Nor­mands mé­con­nus !

Le Cher­bour­geois Jean Hamon, mé­de­cin du corps et de l’âme, me­na une vie aus­tère au ser­vice des pauvres et des ma­lades.

La Manche Libre (Cherbourg) - - VIE PRATIQUE - Jean-Pierre Gi­ron­del

Jean Hamon est bap­ti­sé le 2 jan­vier 1618, le len­de­main de sa nais­sance, dans l’église de la Sain­teT­ri­ni­té à Cher­bourg. Jeune, il fait ses études à Va­lognes, le “Ver­sailles nor­mand”. A Pa­ris, Jean Hamon est re­con­nu comme un très sa­vant bachelier pos­sé­dant une élo­quence rare et de la sa­ga­ci­té. Point sur­pre­nant à sou­li­gner, ce jeune mé­de­cin exerce dans la pa­roisse Saint-Mer­ri. Là, il jeûne et soigne les in­di­gents, et fait la rencontre d’An­toine Sin­glin et An­toine Ar­nauld, fa­mi­liers de Port-Royal. Une rencontre dé­ci­sive pour Jean Hamon : après moult hé­si­ta­tions, il adhère au Jan­sé­nisme qui règne à Port-Royal-des-Champs, dont la mère su­pé­rieure est la propre soeur d’An­toine Ar­nauld. Le Jan­sé­nisme, dont Blaise Pas­cal a été l’un des prin­ci­paux avo­cats, trouve sa source dans les écrits de Saint Au­gus­tin, re­pris par Jan­sé­nius, évêque d’Ypres. Ses écrits sont pu­bliés en 1640. Sa pen­sée est claire : la Grâce de Dieu, né­ces­saire au sa­lut de l’âme hu­maine, est ac­cor­dée ou re­fu­sée par avance, sans que les oeuvres du croyant, tout en­ta­ché du pé­ché ori­gi­nel, puissent chan­ger le sort de son âme. Les So­li­taires - ain­si ap­pe­lai­ton les hommes qui ré­si­daient à Port-Royal, à cô­té des re­li­gieuses - An­toine Arnaud, Blaise Pas­cal, Jean Hamon et bien d’autres dé­ve­loppent ce cou­rant de ré­flexion qui de­vient une mode chez les élites. Comme ces Mes­sieurs de PortRoyal, Jean Hamon adopte une vie humble, ne man­geant que du pain de son et ne bu­vant que de l’eau. Mais ce cou­rant de pen­sée ins­pi­ré de la pré­des­ti­na­tion chez les pro­tes­tants, en­traîne les foudres du Pape In­no­cent X et le cour­roux de Louis XIV, qui or­donne la dis­per­sion des no­vices et pen­sion­naires de Port-Royal le 9 mars 1661. Jean Ha- mon, per­sé­cu­té avec ses confrères de Port-Royal, mé­de­cin re­nom­mé du corps et de l’âme, de­vient clan­des­tin pen­dant un temps, sous la vê­ture d’un simple jar­di­nier. Par la suite, il est au­to­ri­sé à re­ve­nir à PortRoyal pour soi­gner les men­diants, en­sei­gner et écrire de nom­breux ou­vrages. Il a comme élève Jean Ra­cine, qui exige d’être en­ter­ré à cô­té de lui. Jean Hamon va à la Trappe pour ren­con­trer Ran­cé, qui re­fuse ses re­mèdes. Le Nor­mand en re­vint cha­grin. Jean Hamon, ma­lade, re­fuse les car­rosses qu’on lui pro­pose et vi­site ses ma­lades dans le froid et à pied. Il dé­cède à Pa­ris à l’âge de 69 ans, le 22 fé­vrier 1687. Ses cendres se­ront je­tées plus tard dans la fosse com­mune.

Jean Hamon re­joint l’ab­baye de Port-Royal, foyer de la pen­sée jan­sé­niste. Il y soigne les men­diants, en­seigne et écrit de nom­breux ou­vrages.

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