Ils sont les ba­li­seurs de la mer

La sub­di­vi­sion des Phares et Ba­lises de la Manche as­sure l’en­tre­tien de 340 ou­vrages de si­gna­li­sa­tion ma­ri­time.

La Manche Libre (Coutances) - - Reportage - Hu­go Char­pen­tier

Fin dé­cembre 2007, les gar­diens du phare de Chau­sey quittent l’ar­chi­pel, scel­lant l’his­toire du der­nier phare en mer ha­bi­té de la Manche. Au­jourd’hui, l’édi­fice est vi­si­té de fa­çon ré­gu­lière par les équipes de la sub­di­vi­sion des Phares et Ba­lises Cher­bourg-gran­ville. Sur nos côtes, elles as­surent le fonc­tion­ne­ment de 340 “éta­blis­se­ments de si­gna­li­sa­tion ma­ri­time”, c’est-à-dire les bouées, perches, tou­relles et phares… dis­sé­mi­nés de la baie des Veys au Mont-saint-michel. Em­preinte d’une image ro­man­tique, l’ac­ti­vi­té des phares et ba­lises a évo­lué. La tech­no­lo­gie a ap­por­té l’au­to­ma­ti­sa­tion des ou­vrages qui fonc­tionnent dé­sor­mais grâce à des lampes LED et sont ali­men­tés par l’éner­gie so­laire. Cer­tains, à l’image du phare du Sé­ne­quet, au large de Gou­ville­sur-mer, sont même contrô­lés à dis­tance de­puis la côte. Mal­gré ces avan­cées, il s’agit d’édi­fices an­ciens ex­po­sés à la fu­rie des tem­pêtes… ce qui in­duit l’at­ten­tion mi­nu­tieuse des équipes mis­sion­nées pour s’en oc­cu­per.

“Les tou­relles comme celles du Loup, face au port de Gran­ville, sont âgées d’une cen­taine d’an­nées. Au­jourd’hui, ces ou­vrages at­teignent leurs li­mites.” Bru­no Le Roux, res­pon­sable du pôle de Gran­ville des Phares et Ba­lises, est à la tête d’une équipe d’ou­vriers, de tech­ni­ciens et de ma­rins qui as­surent l’étude, la mise en place et la main­te­nance de la si­gna­li­sa­tion ma­ri­time sur la fa­çade ouest de la Manche. Chaque bouée, perche, tou­relle et phare pos­sède son propre ca­rac­tère, avec un rythme lu­mi­neux et des cou­leurs lui at­tri­buant une si­gni­fi­ca­tion pré­cise. Ce ba­li­sage ré­pond à des règles mon­diales mais aus­si à des spé­ci­fi­ci­tés lo­cales. “Quand notre ser­vice étu­die la concep­tion du ba­li­sage, il doit se mettre à la place d’un na­vi­ga­teur qui ne connaît pas le sec­teur. Avec une carte et les ins­truc­tions nau­tiques, ce­lui-ci doit être en me­sure de tra­ver­ser la zone de fa­çon in­tui­tive. Mais on ne peut pas ba­li­ser chaque caillou. Le si­gna­le­ment dé­pend donc de la pra­tique lo­cale, de la fré­quen­ta­tion, de l’ac­ci­den­to­lo­gie…”

“On ne peut ba­li­ser chaque caillou”

Des bouées de trois tonnes

Avec les tem­pêtes, les perches, tout comme les phares et les tou­relles, sont mis à rude épreuve. “La mer les­sive et mar­tèle les édi­fices, les vagues des­cellent les pierres… Lorsque des tra­vaux sont né­ces­saires, il faut in­ter­ve­nir ra­pi­de­ment pour li­mi­ter les dé­gâts”, note le res­pon­sable du pôle gran­vil­lais. Ces opé­ra­tions de ma­çon­ne­rie ou de pein­ture ne po­se­raient pas de dif­fi­cul­tés si elles de­vaient être réa­li­sées sur la terre ferme. En mer, dans un mi­lieu dé­fa­vo­rable, c’est une autre paire de manche. Les chan­tiers sont donc scru­pu­leu­se­ment pré­pa­rés. D’au­tant que l’in­ter­ven­tion des équipes est contrainte par de mul­tiples fac­teurs. Comme l’in­dique le chef d’équipe : “A Gran­ville, où les ma­rées sont par­mi les plus fortes d’eu­rope, la plage de tra­vail peut être très courte en fonc­tion des hau­teurs d’eau, des ho­raires du port et du temps de tra­jet”. Pour opé­rer sur les ou­vrages, les Phares et Ba­lises sont do­tés de moyens lé­gers de chan­tier : treuils, moyens de le­vage… L’équipe com­prend éga­le­ment des cor­distes, ce qui per­met d’in­ter­ve­nir sans écha­fau­dage. En­fin, pour les lourdes opé­ra­tions, la sub­di­vi­sion de la Manche re­çoit le concours du na­vire ba­li­seur océa­nique de 50 mètres Hauts-de-france. C’est no­tam­ment le cas pour le rem­pla­ce­ment des bouées. Pe­sant de 3 à 4 tonnes, celles-ci sont amar­rées sur un corps-mort de 5 tonnes grâce à une chaîne pou­vant me­su­rer jus­qu’à 120 mètres.

L’équipe des Phares et Ba­lises com­prend des cor­distes, ce qui per­met d’in­ter­ve­nir pour des tra­vaux sans écha­fau­dage.

Au to­tal, 340 “éta­blis­se­ments de si­gna­li­sa­tion ma­ri­time” sont dis­sé­mi­nés de la baie des Veys au Mont-saint-michel. Ici, le phare d’agon-cou­tain­ville.

Les équipes de l’an­tenne gran­vil­laise sont do­tées d’un ba­teau de tra­vaux : les Epiettes.

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