L’union sa­crée des agri­cul­teurs

A Flot­te­man­ville-hague, plus de 50 agri­cul­teurs se sont unis pour sau­ver leur garage grâce à une Cu­ma Ate­lier.

La Manche Libre (Granville) - - Entreprise - Pierre-maxime Le­pro­vost

L’union fait la force. Si cet adage fait par­fois un peu cli­ché, il est to­ta­le­ment adap­té aux agri­cul­teurs du sec­teur de Flot­te­man­ville-hague, dans le nord-co­ten­tin. Avec la créa­tion d’une Coo­pé­ra­tive d’uti­li­sa­tion de ma­té­riel agri­cole (Cu­ma, repères ci-contre) Ate­lier, plus de 50 ex­ploi­tants agri­coles conti­nuent de bé­né­fi­cier d’un garage tout près de chez eux, le tout en créant un emploi. L’his­toire re­monte au dé­but de l’an­née 2017. Olivier Gué­rand, mé­ca­ni­cien agri­cole à Flot­te­man­ville-hague de­puis 28 ans, ac­cuse de plus en plus le poids des an­nées. Le mé­tier, aus­si sti­mu­lant soit-il avec sa mul­ti­tude d’équi­pe­ments et de marques, est ex­té­nuant. “Olivier m’a par­lé de ses pro­blèmes de dos qui de­ve­naient trop im­por­tants pour conti­nuer à s’oc­cu­per de cer­tains gros tra­vaux, et m’a dit qu’il son­geait à ar­rê­ter, se sou­vient Her­vé Mes­nil, éle­veur lai­tier et pré­sident de la Cu­ma d’ac­que­ville. En tant que client de longue date, je me suis dit qu’on ne pou­vait pas lais­ser tom­ber le garage.”

Sans ce site, les agri­cul­teurs se­raient alors obli­gés de faire au mi­ni­mum 20 ki­lo­mètres pour en trou­ver un autre, voire 30 ou 40 pour les plus iso­lés. Au­tant dire une grande dis­tance pour ces vé­hi­cules qui roulent très len­te­ment. Ses col­lègues de la Cu­ma d’ac­que­ville, qui met­taient tous leurs équi­pe­ments chez Olivier Gué­rand, par­tagent alors cette in­quié­tude. Comment sau­ver le site ? Une so­lu­tion semble vite s’im­po­ser : le re­cours à la Cu­ma Ate­lier, un genre aus­si par­ti­cu­lier que rare de Cu­ma.

Les 12 adhé­rents de la Cu­ma d’ac­que­ville en­vi­sagent tout de suite de re­prendre l’ac­ti­vi­té, mais ils ne sont pas as­sez nom­breux pour faire tour­ner un garage à eux seuls. Ils sen­si­bi­lisent alors leurs col­lègues alen­tours. Les Cu­ma d’ur­ville-nac­que­ville, d’oc­te­ville et Les Landes, dont cer­tains membres al­laient aus­si faire ré­pa­rer leurs équi­pe­ments agri­coles à Flot­te­man­ville-hague, sont qua­si una­nimes pour par­ti­ci­per au sau­ve­tage du garage.

Mé­ca­ni­cien ori­gi­naire de la com­mune

Les quatre en­ti­tés se re­groupent et lancent les dé­marches pour créer la Cu­ma Ate­lier de la Hague. Une pre­mière dans la Manche. Une cin­quan­taine d’agri­cul­teurs de­viennent membres de cette coo­pé­ra­tive à vo­ca­tion de mé­ca­nique agri­cole qui a ou­vert ses portes dé­but avril.

Pour mieux en as­si­mi­ler les spé­ci­fi­ci­tés, di­verses vi­sites sont ef­fec­tuées dans des Cu­ma Ate­liers d’autres dé­par­te­ments. “Ce­la nous a été très utile pour mieux en as­si­mi­ler le fonc­tion­ne­ment”, se fé­li­cite Her­vé Mes­nil. Des ob­ser­va­tions per­ti­nentes au mo­ment d’ac­cueillir leur nou­veau mé­ca­ni­cien, Adrien Le­va­vas­seur. Car en plus de sau­ver l’en­tre­prise, l’opé­ra­tion per­met de créer un emploi avec l’em­bauche du suc­ces­seur d’olivier Gué­rand.

“J’ai deux an­nées d’ex­pé­rience der­rière moi, c’est vrai­ment ma pas­sion ce mé­tier, pré­cise le jeune homme. Je suis content car je suis ori­gi­naire de la com­mune, c’est un plai­sir de tra­vailler au pied de sa porte. Il y a aus­si quelques agri­cul­teurs que je connais­sais dé­jà, donc c’est tou­jours utile.”

“Pas­ser le cap de la pre­mière an­née”

“On ne pou­vait pas lais­ser tom­ber le garage”

Les res­pon­sables de la Cu­ma Ate­lier, son pré­sident Her­vé Mes­nil en tête, ont éga­le­ment dé­ci­dé de louer les lo­caux de l’an­cien garage à Olivier Gué­rand. Une ma­nière de ne pas dé­pay­ser les ha­bi­tués du garage, mais pas seule­ment. “C’est bien plus souple pour nous de louer que d’ache­ter des lo­caux pour dé­bu­ter, concède-t-il. Mais au-de­là des murs, Olivier nous laisse à dis­po­si­tion l’en­semble de ses équi­pe­ments, du pe­tit ou­tillage jus­qu’au pont. C’est très bien pour Adrien qui peut ef­fec­tuer une mul­ti­tude de ré­pa­ra­tions sur les vé­hi­cules qui lui sont ame­nés.” Une ex­cel­lente nou­velle pour le jeune homme, qui n’avait tra­vaillé qu’en conces­sion jus­qu’ici et ne maî­tri­sait donc les ou­tils et équi­pe­ments que d’une seule marque. Quant à Olivier Gué­rand, il n’est pas to­ta­le­ment à la re­traite. Pour as­su­rer une tran­si­tion en dou­ceur, il par­tage son ex­pé­rience et ses as­tuces avec son jeune hé­ri­tier. Trente ans d’ex­pé­rience et de pra­tique ne sont pas de trop pour maî­tri­ser la va­rié­té de tech­no­lo­gies, de pièces et de marques du mar­ché. Il se charge aus­si de com­man­der les pièces dont a be­soin Adrien Le­va­vas­seur, qu’il ob­tient au meilleur prix et dans de bons dé­lais grâce à un ré­seau tis­sé au fil des an­nées.

“Il facture di­rec­te­ment les pièces à la Cu­ma, pré­cise Her­vé Mes­nil.

Nous sommes bien deux en­ti­tés dif­fé­rentes.”

Les pre­mières se­maines sont pour le mo­ment pro­met­teuses. Si le jeune mé­ca­ni­cien ne peut pas prendre en charge cer­tains tra­vaux très longs comme les ré­pa­ra­tions de mo­teurs et de boîtes de vi­tesses - “j’en au­rais pour la semaine rien que pour ça, c’est im­pos­sible en haute sai­son”, ex­plique Adrien Le­va­vas­seur, il est mal­gré tout très po­ly­va­lent. Pi­gnons, rou­le­ments ou sys­tèmes élec­triques n’ont pas de se­crets pour lui. L’ac­ti­vi­té ne manque pas, si bien qu’il doit par­fois mettre en at­tente cer­taines ré­pa­ra­tions pour s’oc­cu­per d’autres plus prio­ri­taires.

Après ce dé­but en­cou­ra­geant, “d’autres co­opé­ra­tives du sec­teur nous ont contac­tés pour faire part de leur in­té­rêt à nous re­joindre”, se fé­li­cite Her­vé Mes­nil. Les portes ne leurs se­ront pas ou­vertes tout de suite pour au­tant : ils ne veulent pas sa­tu­rer de tra­vail leur jeune mé­ca­ni­cien agri­cole. Mais rien n’est in­ter­dit pour l’ave­nir, sur­tout si le garage tourne bien.

“Nous fe­rons un pre­mier point de si­tua­tion dans quelques mois, puis un autre après l’hi­ver, dé­ve­loppe Her­vé Mes­nil. On ne s’in­ter­di­ra pas alors d’em­bau­cher un se­cond mé­ca­ni­cien s’il le faut pour avoir plus de sou­plesse et d’am­pli­tude ho­raire dans l’ate­lier, mais nous en sommes en­core loin.”

Avec cette mo­ti­va­tion et ce sé­rieux, rien ne semble im­pos­sible aux membres de cette belle aven­ture col­lec­tive.

Adrien Le­va­vas­seur re­pré­sente, à 22 ans, l’ave­nir de la Cu­ma Ate­lier de Flot­te­man­ville-hague. Une cin­quan­taine d’agri­cul­teurs viennent dé­po­ser leurs vé­hi­cules chez lui de­puis le dé­but du mois d’avril.

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