Au gui, l’an neuf !

La Manche Libre (Granville) - - Granville/de Port En Port -

En Grande-bre­tagne, les fêtes de fin d’an­née sont très po­pu­laires et le gui, plante sa­crée des druides bri­tan­niques, a tou­jours été as­so­cié aux tra­di­tions de Noël et du nou­vel An.

Ain­si, se­lon la cou­tume, une branche de gui doit-elle être ac­cro­chée au pla­fond du sa­lon ou au-des­sus de la porte d’en­trée et, le 31 dé­cembre à mi­nuit, on s’em­brasse des­sous en échan­geant des voeux.

Cette tra­di­tion a ten­dance à dis­pa­raître au­jourd’hui mais au XIXE siècle et jus­qu’au dé­but du XXE, de grosses quan­ti­tés de gui, ve­nues es­sen­tiel­le­ment des dé­par­te­ments de la Manche, du Cal­va­dos et de l’ile-et-vi­laine étaient ex­por­tées vers la Grande-bre­tagne de­puis plu­sieurs ports bre­tons et nor­mands dont Gran­ville.

Un tra­fic sai­son­nier

Tous les ma­tins, d’oc­tobre à dé­cembre, des hommes, des femmes, voire des en­fants, par­taient dans la cam­pagne avec un cha­riot, une car­riole à la re­cherche de la pré­cieuse plante qu’ils trou­vaient avant tout dans les pom­miers.

Dans la soi­rée, ils ap­por­taient leur ré­colte de la jour­née chez Louis Par­fait fils, né­go­ciant à Saint-ni­co­las et Vic­tor Rou­sée, rue du Port. Ceux-ci en­tas­saient avec beau­coup de pré­cau­tion les branches de gui dans les ha­rasses, caisses à claire-voie uti­li­sées pour les trans­ports fra­giles, avant de les trans­por­ter au ba­teau. Ce tra­fic se ré­pé­tait tous les ans mais au mois de dé­cembre 1903, le ton­nage à ex­por­ter se ré­vé­la par­ti­cu­liè­re­ment im­por­tant.

Outre le va­peur Lau­ra qui en char­gea lors de ses deux tra­ver­sées heb­do­ma­daires entre Saint-hé­lier et Gran­ville, la Lon­don & South Rail­way Com­pa­ny(ls­wr) dé­tour­na un car­go le South Wes­tern de sa liai­son ha­bi­tuelle Sou­thamp­ton-saint-ma­lo pour em­bar­quer des ha­rasses de gui. Ain­si le 14 dé­cembre, le va­peur, mis à la dis­po­si­tion des af­fré­teurs, quit­ta le port de Gran­ville pour Sou­thamp­ton avec un char­ge­ment de 1 200 ha­rasses pe­sant cha­cune 50 kg. En 1904, pas moins de 220 000 kg par­tirent du port mais en 1905, le re­cord fut bat­tu : trois va­peurs de la LS­WR trans­por­tèrent en­vi­ron 257 000 kg de gui, soit 5140 ha­rasses ! En plus du Hon­fleur qui sup­pléait le Lau­ra, l’ada char­gea 1340 ha­rasses et le Ber­tha fit deux voyages, en em­por­tant 1 000 à chaque fois…

Ce tra­fic im­por­tant ces­sa avec la Grande Guerre et ne put re­prendre après le conflit, la liai­son avec Saint-hé­lier étant sup­pri­mée.

Le gui, plante tra­di­tion­nelle des fêtes de fin d’an­née, a tou­jours eu une pré­di­lec­tion à se fixer dans les pom­miers.

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