L’amie pro­di­gieuse : mer­veilleuse adap­ta­tion

Adap­tée du best-sel­ler d’ele­na Fer­rante, L’amie pro­di­gieuse dé­marre ce soir sur Ca­nal+

La Manche Libre (Granville) - - Tv Séries - JU­LIA BAU­DIN £@Bau­dinj

Adap­ter une oeuvre lit­té­raire a quelque chose de la ga­geure. Adap­ter un best-sel­ler en quatre tomes, tra­duit dans 40 langues et ven­du en peu d’an­nées à plus de 10 mil­lions d’exem­plaires, semble en­core plus im­pro­bable. D’au­tant que, dans le cas de L’amie pro­di­gieuse, l’au­teur est non seule­ment vi­vante, mais aus­si par­fai­te­ment ano­nyme. Per­sonne, sauf peut-être son édi­teur, ne connaît le vi­sage de la ro­man­cière ita­lienne Ele­na Fer­rante.

Un ac­cueil en­thou­siaste

Entre le suc­cès de ses livres et le mys­tère de son iden­ti­té, et dans le flot de ro­mans por­tés avec plus ou moins de gé­nie sur le pe­tit écran, cette nou­velle sé­rie était donc très, très at­ten­due. Elle n’a pas dé­çu. Pré­sen­tés cette an­née en avant-pre­mière mon­diale à la Mos­tra de Ve­nise, les deux pre­miers épi­sodes de la sai­son 1 ont été sa­lués avec en­thou­siasme. Nor­mal. L’his­toire de Li­la et Lenù est d’une lim­pi­di­té et d’une poé­sie rares. Le réa­li­sa­teur Réa­li­sée par Sa­ve­rio Cos­tan­zo, co­pro­duite par Pao­lo Sor­ren­ti­no

(The Young Pope), co­écrite par Lau­ra Pao­luc­ci

(Go­mor­ra)

et Fran­ces­co Pic­co­lo

(Ha­be­mus Pa­pam), L’amie pro­di­gieuse

syn­cré­tise ce que l’ita­lie pro­duit de plus re­mar­quable en ma­tière de sé­rie de­puis quelque temps. Sa­ve­rio Cos­tan­zo a fait ses preuves avec La So­li­tude des nombres pre­miers. Et la sé­rie est co­pro­duite par HBO.

Des ac­cents fel­li­niens

La sai­son 1 – huit épi­sodes – re­prend le pre­mier vo­lume de la té­tra­lo­gie. Elle re­late, du point de vue d’ele­na « Lenù » Gre­co, l’une des deux hé­roïnes, leur ren­contre, leur ri­va­li­té, leur at­ta­che­ment vis­cé­ral et leur com­bat pour la li­ber­té, alors même qu’elles sont nées dans le Naples po­pu­laire des an­nées 50 et qu’elles sont pro­mises à une pro­gé­ni­ture nom­breuse, au dur la­beur, aux vio­lences conju­gales et aux vê­te­ments ra­pié­cés. Les jeunes ac­trices, d’abord en­fants, puis ado­les­centes, sont ma­gis­trales. Les se­conds rôles, de l’ins­ti­tu­trice de l’école au ma­fieux en de­ve­nir, en pas­sant par les pa­rents, les voi­sins et les fra­tries, sont épa­tants. Le rythme, scan­dé par les mille in­ci­dents du quo­ti­dien, est sou­te­nu. Le dé­cor en­fin, un car­ré de pe­tits im­meubles blanc sale dis­tri­bués au­tour d’un square pe­lé dont per­sonne ne semble pou­voir ja­mais sor­tir, a des ac­cents théâ­traux, très fel­li­niens. Le dé­fi de l’adap­ta­tion est ma­gni­fi­que­ment re­le­vé.

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