Le pa­ri du dé­bat na­tio­nal

La Manche Libre (Granville) - - La Une - Par Fran­çois Ké­ro­nic

Nous avons au moins une cer­ti­tude pour cette an­née : nous vo­te­rons le 26 mai pro­chain. Ce se­ra le ren­dez-vous des élec­tions eu­ro­péennes. Mais on peut se de­man­der si l’on ne vo­te­ra pas ce jour-là une seule fois mais deux. Une fois pour le scru­tin eu­ro­péen, une deuxième pour un ré­fé­ren­dum… Le­quel ? Une ma­nière de ra­ti­fier par un vote so­len­nel la syn­thèse des pro­po­si­tions qui au­raient été dé­ga­gées lors du “grand dé­bat na­tio­nal” qui doit se dé­rou­ler du­rant les trois mois à ve­nir.

Le pré­sident de la Ré­pu­blique vat-il l’an­non­cer dans la lettre qu’il s’ap­prête à adres­ser ces jours­ci aux Fran­çais ? S’il veut sor­tir par le haut de l’im­passe dans la­quelle il se trouve avec cette crise qui n’en fi­nit pas, il n’au­ra pas d’autre is­sue que d’in­vi­ter le peuple à s’ex­pri­mer par un vote et pas seule­ment par ce­lui des eu­ro­péennes. La mo­bi­li­sa­tion des Gi­lets jaunes ne peut pas se pour­suivre en­core pen­dant vingt se­maines sans qu’em­ma­nuel Ma­cron ne prenne une ini­tia­tive po­li­tique forte. L’ap­pel au peuple en est une.

Le grand dé­bal­lage

Croire que le mou­ve­ment va pour­rir de lui-même, que l’opi­nion pu­blique est en train de se las­ser, qu’elle va pous­ser à ar­rê­ter ces cor­tèges tou­jours sui­vis par les sac­cages des cas­seurs, ne suf­fit pas. On le voit bien en ob­ser­vant ce qui s’est pas­sé le 5 jan­vier der­nier (“l’acte VIII” de la mo­bi­li­sa­tion…) : le mi­nistre de l’in­té­rieur et ses ser­vices de ren­sei­gne­ment étaient convain­cus que le mou­ve­ment al­lait à l’es­souf­fle­ment, que ses ef­fec­tifs se ré­dui­saient de se­maine en se­maine. Il avait donc al­lé­gé net­te­ment son dis­po­si­tif de sé­cu­ri­té, à Pa­ris comme dans les villes de pro­vince. En fait d’es­souf­fle­ment, les ras­sem­ble­ments de Gi­lets jaunes ont re­pris en vi­gueur et en de­gré de ra­di­ca­li­sa­tion, pre­nant de court les ins­truc­tions du gou­ver­ne­ment et celles des pré­fets. En re­po­sant à nou­veau la ques­tion : ce­la peut-il conti­nuer comme ça, de se­maine en se­maine ?

Em­ma­nuel Ma­cron fait le pa­ri qu’en ou­vrant son grand dé­bat na­tio­nal, dans les lieux pu­blics et sur In­ter­net, il offre à tout le monde, à com­men­cer par les Gi­lets jaunes, de s’ex­pri­mer (au­tre­ment que sur les pla­teaux de té­lé­vi­sion), de faire connaître leurs re­ven­di­ca­tions, de les cla­ri­fier, de par­ve­nir à des conclu­sions écrites, tout en les confron­tant à celles des autres ci­toyens.

Ce­la va res­sem­bler à une vaste as­sem­blée gé­né­rale comme les étu­diants et les syn­di­ca­listes savent en or­ga­ni­ser. Un grand dé­bal­lage de tout ce que les uns et les autres ont sur le coeur, une ma­nière de faire sur­gir les lea­ders et les porte-pa­role qui peuvent, de­main, de­ve­nir des têtes po­li­tiques et des in­ter­lo­cu­teurs avec qui par­ler sé­rieu­se­ment.

Il s’agit en­fin de dé­com­pres­ser, comme on le dit au soir d’une épreuve longue et dif­fi­cile, de dis­si­per ce cli­mat dé­lé­tère qui flotte dans ce pays de­puis plu­sieurs mois, qui fait que l’on s’at­taque dé­li­bé­ré­ment aux élus, aux mé­dias, aux ins­ti­tu­tions de la Ré­pu­blique, aux sym­boles de notre his­toire, que l’on se nour­rit des slo­gans hai­neux char­riés par les ré­seaux so­ciaux, ré­pan­dant la dé­fiance dans tous les mi­lieux de la so­cié­té, lais­sant la France en­tière som­brer dans un pes­si­misme des­truc­teur. Pro­fi­tons-en, lais­sons les idées noires à la sai­son d’hi­ver et sor­tons en pleine lu­mière au prin­temps avec des idées neuves.

Em­ma­nuel Ma­cron va-t-il an­non­cer un ré­fé­ren­dum ?

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