Em­ma­nuel Ma­cron à la re­con­quête de l’opi­nion fran­çaise

Des évêques aux té­lé­spec­ta­teurs de TF1 et de BFM-Me­dia­part, l’Ely­sée veut re­ga­gner du ter­rain dans l’opi­nion.

La Manche Libre (Saint-Lô) - - FRANCE-MONDE -

Du­rant ses six pre­miers mois, Em­ma­nuel Ma­cron avait vou­lu s’éloi­gner des jour­na­listes et se te­nir au-des­sus du champ de ba­taille mé­dia­tique. Etait-ce une illu­sion ? Le pré­sident et ses conseillers ont fi­ni par voir les dé­fauts de la pos­ture, d’au­tant que les mi­nistres ne se ré­vé­laient pas très bons com­mu­ni­cants... D’où le flot­te­ment de l’opi­nion pu­blique, consta­té par les son­dages et qui peut de­ve­nir pé­rilleux pour l’exé­cu­tif alors que la grève des che­mi­nots cherche à s’étendre à d’autres sec­teurs. Ma­cron lance donc une contre-of­fen­sive vers les mi­lieux qui se sen­taient dé­lais­sés : re­trai­tés frap­pés par la CSG, po­pu­la­tion des ré­gions, classes po­pu­laires. L’opé­ra­tion psy­cho­lo­gique a com­men­cé le soir du 9 avril aux Ber­nar­dins, vi­trine pa­ri­sienne de l’Église ca­tho­lique, avec un dis­cours du pré­sident face à des re­pré­sen­tants des “fra­gi­li­tés” : per­sonnes han­di­ca­pées, sans res­sources et sans do­mi­cile fixe... En ef­fet, cette soi­rée de quatre cents in­vi­tés se vou­lait une ren­contre avec la so­cié­té ci­vile, non avec les re­pré­sen­tants d’une re­li­gion par­ti­cu­lière.

Le jeu­di 12 avril à l’heure du dé­jeu­ner, Em­ma­nuel Ma­cron était à l’école com­mu­nale de Berd’huis, vil­lage de 1100 ha­bi­tants dans l’Orne : pour ré­pondre pen­dant une heure aux ques­tions du po­pu­laire pré­sen­ta­teur Jean-Pierre Per­naut... In­ha­bi­tuelle de la part d’un chef d’État ac­cu­sé d’être le “pré­sident des grandes villes”, cette lo­ca­li­sa­tion n’avait pas été choi­sie au ha­sard : au pre­mier tour de la pré­si­den­tielle, Berd’huis avait pla­cé en tête Ma­rine Le Pen, qui se vou­lait l’avo­cate des “Fran­çais ou­bliés” ; le mo­der­niste Ma­cron n’était ar­ri­vé qu’en troi­sième po­si­tion... De même le choix du jour­na­liste : Jean-Pierre Per­naut étant iden­ti­fié par tous les Fran­çais comme le chantre de la France ru­rale, avec lui Ma­cron tou­chait un pu­blic à mille lieues de la “start-up na­tion” sou­vent cé­lé­brée par La Ré­pu­blique en marche.

Par ailleurs, Berd’huis avait de quoi sou­te­nir l’op­ti­misme ma­cro­nien : beau­coup d’éco­liers, une zone in­dus­trielle de 250 em­plois, des en­tre­prises tra­vaillant à l’in­ter­na­tio­nal, deux mé­de­cins, un den­tiste, une agence pos­tale à la mai­rie…

L’école com­mu­nale de Berd’huis

Ma­cron, Bour­din et Ple­nel

Mais Bri­gitte Luy­paert, maire – sans éti­quette – de Berd’huis, avait an­non­cé son in­ten­tion de dire son fait au pré­sident : “Nous vou­lons conti­nuer à bé­né­fi­cier de do­ta­tions suf­fi­santes pour gar­der nos ser­vices sans tom­ber dans le mi­sé­ra­bi­lisme. Chez nous, ce n’est pas ‘Bien­ve­nue chez les ploucs’ !” Les re­trai­tés de Berd’huis étaient ré­so­lus eux aus­si à dire ce qu’ils res­sen­taient : “La CSG a aug­men­té et ça fait quand même 35 eu­ros en moins tous les mois pour nous deux”, ex­pli­quait un couple à la presse. Sans ou­blier la ré­duc­tion de la vi­tesse à 80 km/h, me­sure ju­gée dan­ge­reuse par les ha­bi­tants de cette pe­tite ville tra­ver­sée par une dé­par­te­men­tale… Le di­manche 15 avril, tout autre exer­cice pour Em­ma­nuel Ma­cron : à BFM-TV, face au caus­tique JeanJacques Bour­din et au très ra­di­cal Edwy Ple­nel, il de­vra se mon­trer dans le per­son­nage du chef d’État “ga­rant de l’ordre ré­pu­bli­cain”. Oc­ca­sion cette fois de par­ler dur contre l’is­la­misme, ce que Ma­cron n’a pas en­core fait à la té­lé­vi­sion et dont il peut es­comp­ter un gain dans l’opi­nion pu­blique - sur­tout si ce type de pro­pos réus­sit à faire perdre son sang-froid à Edwy Ple­nel. Si par ailleurs le pré­sident parle sé­vè­re­ment de la grève de la SNCF et plaint os­ten­si­ble­ment la ga­lère des usa­gers, la bien­veillance des ac­tifs de la France pé­ri­phé­rique – dont beau­coup sont les au­di­teurs de Jean-Jacques Bour­din – de­vrait lui être ac­quise...

Alors que la grève des che­mi­nots cherche à s’étendre à d’autres sec­teurs, le pré­sident Em­ma­nuel Ma­cron va s’ex­pri­mer à la té­lé­vi­sion à deux re­prises et à trois jours d’in­ter­valle.

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