Anaële An­dré, le ral­lye au fé­mi­nin

La Manche Libre (Saint-Lô) - - AUTOMOBILE -

Anaële An­dré fait par­tie des quelques pi­lotes femmes à écu­mer les ral­lyes en Nor­man­die.

L’uni­vers du ral­lye pas­sionne de nom­breux Fran­çais. Avec des idoles comme les cham­pions du monde Sé­bas­tien Loeb et Sé­bas­tien Ogier, cette dis­ci­pline spec­ta­cu­laire où les pi­lotes roulent à tom­beau ou­vert entre les arbres avec sous leurs roues de l’as­phalte, du gra­vier ou en­core de la neige, ins­pire de très nom­breux pi­lotes ama­teurs avides de sen­sa­tions fortes. Très mas­cu­line, il existe néan­moins une dis­ci­pline mixte où les femmes concourent face aux hommes. A 28 ans, la pi­lote du Mes­nil-Her­man Anaële An­dré fait par­tie de ces com­pé­ti­trices.

Son his­toire avec le ral­lye, c’est avant tout une his­toire de fa­mille. “La pas­sion n’est ve­nue par mon père, ex­plique-t-elle. Il était mé­ca­ni­cien et un grand fan de courses au­to­mo­biles. Quand j’étais en­fant, il m’em­me­nait voir des com­pé­ti­tions sau­vages de fun-car (courses qui mêlent per­for­mances et fi­gures spec­ta­cu­laires), dans les champs.” Elle adhère tout de suite à cet uni­vers, mais le dé­cès de son père en 2006, alors qu’elle n’a que 16 ans, marque un coup d’ar­rêt. La pas­sion ne la quitte pas pour au­tant et peu de temps après, lorsque son frère An­tho­ny, qui fai­sait éga­le­ment du fun-car, passe aux courses de côte et au sla­lom, elle re­trouve à ses cô­tés tout le plai­sir qu’elle éprou­vait avec son père.

Pre­mier ral­lye à Hé­bé­cre­von en 2012 sur Peu­geot 106

Dès ses 18 ans, le per­mis en poche, l’en­vie de pas­ser der­rière le vo­lant la dé­mange. C’est en­core une fois son frère qui la lance dans le grand bain. “Il m’a pro­po­sé de m’ache­ter une voi­ture pour faire de la com­pé­ti­tion, se sou­vient-elle. Ça ne s’est pas fait tout de suite mais en 2011 je suis de­ve­nue sa co-pi­lote sur des courses de ral­lye, on rou­lait sur une 205 GTI.” Après une pre­mière sor­tie au Ral­lye du Cou­tan­çais, Anaële et An­tho­ny roulent en­semble du­rant une bonne an­née. En 2012, elle dé­bute comme pi­lote au Ral­lye d’Hé­bé­cre­von avec une Peu­geot 106. “On a fait plus de 1 400 km pour al­ler la cher­cher, nous sommes ren­trés à Hé­bé­cre­von la veille du ral­lye, il était temps !”, se re­mé­more-t-elle avec amu­se­ment. Anaële An­dré par­ti­cipe en moyenne à 5 ral­lyes par an, tous en Nor­man­die -“dif­fi­cile d’en faire plus et d’al­ler très loin”, ad­me­telle. Entre le coût du vé­hi­cule, son en­tre­tien, les frais d’ins­crip­tion ou en­core de li­cence, le ral­lye n’est pas une dis­ci­pline ac­ces­sible à toutes les bourses. Elle peut heu­reu­se­ment comp­ter sur des spon­sors fi­dèles de­puis ses dé­buts, tout comme sur son frère An­tho­ny. Mé­ca­ni­cien, il lui pré­pare du mieux pos­sible sa voi­ture avant chaque course. “C’est un im­mense plai­sir de tra­vailler en­semble. Nous sommes très com­plices, un re­gard nous suf­fit pour nous com­prendre.” L’his­toire de fa­mille qu’est le ral­lye va même plus loin que son frère. Son com­pa­gnon l’ac­com­pagne sur chaque course avec leur fille de 4 ans. Une so­li­da­ri­té fa­mi­liale né­ces­saire pour celle qui est aus­si chauf­feur rou­tier dans le civil.

Plus qu’une his­toire de fa­mille, c’est aus­si une his­toire d’ami­tié avec ses co-pi­lotes. Après avoir dé­bu­té aux cô­tés de son amie So­nia La­caine, elle roule de­puis 2016 avec Co­ra- lie Yver. L’ac­com­plis­se­ment d’une pro­messe de longue date. “On se connaît de­puis plus de 10 ans et on s’est tou­jours pro­mis de faire des ral­lyes en­semble. Il y a une très forte com­pli­ci­té entre nous dans la voi­ture, avant les courses on ri­gole et on chante beau­coup.” Si elle ne cherche pas la vic­toire à tout prix - “mon ob­jec­tif est avant tout de voir la ligne d’ar­ri­vée sans cas­ser la voi­ture, tout en trou­vant au vo­lant une adré­na­line que la vie de tous les jours ne peut pas of­frir” -, elle est to­ta­le­ment fan de l’am­biance de ce mi­lieu. D’au­tant plus que les hommes qui com­posent la qua­si in­té­gra­li­té du mi­lieu sont de moins en moins ma­chos. “Ça l’a long­temps été et il en reste, ana­lyse Anaële An­dré. Mais dans l’en­semble, ils sont bien­veillants avec les pi­lotes femmes, nous donnent des conseils. De toute ma­nière, avec notre ca­rac­tère, il ne vaut mieux pas nous mar­cher sur les pieds !” Pro­chaine étape pour mar­quer son ter­ri­toire et se faire plai­sir : le ral­lye du Bocage, les 1er et le 2 sep­tembre.

Ac­com­pa­gnée de sa co-pi­lote Co­ra­lie Yver, Anaële An­dré (à droite) par­ti­ci­pe­ra au Ral­lye du Bocage les 1er et 2 sep­tembre pro­chains.

Anaële An­dré concourt avec une Peu­geot 106.

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