Gou­ver­ne­ment : après le sus­pense, les vrais pro­blèmes

La vraie ques­tion pour l’Ely­sée : com­ment re­bon­dir après un été et une ren­trée qui ont indisposé l’opi­nion ?

La Manche Libre (Saint-Lô) - - FRANCE-MONDE -

Le lun­di 8 oc­tobre, la liste de mi­nistres des­ti­née à être an­non­cée aux Fran­çais à par­tir du len­de­main mar­di avait été ins­pec­tée par une ins­tance neuve : la “Haute Au­to­ri­té pour la trans­pa­rence de la vie pu­blique”. Créée pour em­pê­cher de nou­veaux scan­dales mi­nis­té­riels du genre Ca­hu­zac, cette cel­lule de six ju­ristes a pour mis­sion – no­tam­ment – de vé­ri­fier que les éven­tuels nou­veaux membres du gou­ver­ne­ment sont bien en règle avec le fisc…

Pour ce gou­ver­ne­ment Phi­lippe-3, la Haute Au­to­ri­té n’au­ra eu qu’un bref dé­lai d’en­quête avant la pro­cla­ma­tion de l’in­ves­ti­ture of­fi­cielle : mais, de­puis, elle conti­nue ses in­ves­ti­ga­tions de ma­nière aus­si “ap­pro­fon­die” que le lui pres­crit sa feuille de route.

Nou­velles pro­cé­dures, donc. Mais pour un très vieux casse-tête : les re­ma­nie­ments gou­ver­ne­men­taux ont tou­jours été un art dif­fi­cile pour les chefs de l’exé­cu­tif. Sup­pu­ta­tions et hy­po­thèses… De­puis huit jours les com­men­ta­teurs en­tre­te­naient le sus­pense : ce re­ma­nie­ment al­lait-il ou non être “large” ?

S’il était large, Edouard Phi­lippe al­lait-il en ren­for­cer la so­len­ni­té en dé­mis­sion­nant pour se faire re­nou­ve­ler aus­si­tôt la confiance de l’As­sem­blée na­tio­nale ? Ain­si ré­in­ves­ti à la tête d’une nou­velle équipe de mi­nistres, il pou­vait en ti­rer une lé­gi­ti­mi­té ac­crue : “C’est d’ailleurs une cou­tume de la Ve Ré­pu­blique”, rap­pe­laient les po­li­to­logues ex­perts.

Mais le rap­port de forces ac­tuel au sein de l’exé­cu­tif n’a guère d’an­té­cé­dents sous la Ve.

En ce dé­but d’oc­tobre, le Pre­mier mi­nistre, éclip­sé du­rant qua­torze mois par un pré­sident de la Ré­pu­blique om­ni­pré­sent, voyait la si­tua­tion se re­tour­ner en sa fa­veur dans la me­sure où l’étoile d’Em­ma­nuel Ma­cron sem­blait pâ­lir. Af­faire Be­nal­la, couacs de l’été, ren­trée plom­bée par le dé­part à grand fra­cas de Gé­rard Col­lomb le 2 oc­tobre… Si Edouard Phi­lippe dé­ci­dait de dé­mis­sion­ner, ce­la lui per­met­tait un dis­cours de po­li­tique gé­né­rale de­vant les dé­pu­tés, sui­vi d’un vote de confiance – ga­ran­ti – qui do­pe­rait le troi­sième gou­ver­ne­ment Phi­lippe. La ma­noeuvre était ten­tante.

Le pro­blème de l’Ely­sée

Mais dé­mis­sion ou pas, pour en ar­ri­ver à ce troi­sième gou­ver­ne­ment il fal­lait ré­soudre une sé­rie de pro­blèmes.

D’abord : qui pla­cer au mi­nis­tère de l’In­té­rieur, poste stra­té­gique ? Il y fal­lait une per­son­na­li­té à fa­cettes : douée pour jouer au “pre­mier flic de France”, mais ca­pable de faire po­li­ti­que­ment le poids sur des dos­siers graves : la po­li­tique mi­gra­toire, la fronde des élus lo­caux, etc. Et de quelle cou­leur po­li­tique ? Un mi­nistre de l’In­té­rieur de droite, c’était de quoi ir­ri­ter en­core l’élec­teur de gauche. Mais s’il était de gauche, c’était dan­ge­reux pour les eu­ro­péennes ! Du point de vue de l’Ely­sée, la ques- tion se pro­fi­lait au­tre­ment : après l’été né­ga­tif et la ren­trée mar­quée par le scan­dale Col­lomb, com­ment trans­for­mer tout ça en point d’ap­pui pour re­lan­cer le quin­quen­nat ? ou plus sim­ple­ment : com­ment re­bon­dir après une mau­vaise sé­rie d’évé­ne­ments ? Le vrai pro­blème pour l’exé­cu­tif est de res­tau­rer la confiance par­mi la po­pu­la­tion, faute de quoi le pro­gramme de ré­formes ac­cé­lé­rées risque de dé­railler.

Mais la confiance de l’opi­nion vient-elle du look d’un gou­ver­ne­ment ? Ce n’est pas sûr. Sans doute dé­pend-elle plu­tôt de l’ap­ti­tude de l’Ely­sée et de Ma­ti­gnon à écou­ter les Fran­çais : et de ce cô­té-là, un dé­fi­cit s’est in­dis­cu­ta­ble­ment ins­tal­lé de­puis six mois.

L’exé­cu­tif doit trou­ver quelles res­sources l’ai­de­raient à se ré­in­ven­ter.

L’heure d’Edouard Phi­lippe ?

Le Pre­mier mi­nistre Edouard Phi­lippe, éclip­sé du­rant 14 mois par un pré­sident de la Ré­pu­blique om­ni­pré­sent, dé­ci­dait de dé­mis­sion­ner, ce­la lui per­met­tait un dis­cours de po­li­tique gé­né­rale de­vant les dé­pu­tés, sui­vi d’un vote de confiance qui do­pe­rait le troi­sième gou­ver­ne­ment Phi­lippe.

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