Sport en hi­ver : gare aux bles­sures

La Manche Libre (Saint-Lô) - - LA UNE - Pro­pos recueillis par Syl­vain Le­tou­zé

Quelles sont les bonnes pra­tiques à suivre pour exer­cer une ac­ti­vi­té spor­tive dans le froid de l’hi­ver ? Un mé­de­cin vous donne tous les con­seils pour évi­ter les bles­sures... et les froi­dures !

Quand les tem­pé­ra­tures chutent, les spor­tifs sont plus ex­po­sés aux bles­sures, comme l’ex­plique le Dr Fré­dé­ric Paing.

Quand on parle de bles­sures de l’hi­ver en ma­tière de sport, de quoi parle-t-on ? “On parle en pre­mier lieu et qua­si-sys­té­ma­ti­que­ment de bles­sures mus­cu­laires et ten­di­neuses. Ce­la peut ap­pa­raître comme une La­pa­lis­sade mais l’en­ne­mi, ce n’est pas l’hi­ver en lui-même, c’est le froid. L’or­ga­nisme lutte en per­ma­nence pour main­te­nir une tem­pé­ra­ture cor­po­relle in­terne à 37° C, donc plus la tem­pé­ra­ture ex­té­rieure est basse, plus la lutte est rude pour l’or­ga­nisme.”

Cette “lutte” dont vous par­lez, com­ment se ma­té­ria­lise-t-elle ? “Plus il fait froid et plus le coeur doit s’em­ployer pour per­mettre aux or­ganes vi­taux d’être toujours fonc­tion­nels. Le rythme car­diaque aug­mente, la pres­sion ar­té­rielle aus­si, il faut donc sa­voir adap­ter son ac­ti­vi­té.”

“At­ten­tion à la déshy­dra­ta­tion”

Com­ment s’adap­ter jus­te­ment, il faut man­ger dif­fé­rem­ment par exemple ?

“Non, pas man­ger dif­fé­rem­ment, mais en re­vanche, il faut s’hy­dra­ter plus. Ce­la peut pa­raître cu­rieux mais le froid fa­vo­rise tout bê­te­ment la déshy­dra­ta­tion. La sen­sa­tion de soif qui existe du­rant les sai­sons chaudes est moins pro­non­cée l’hi­ver, on boit moins et donc, on ne sent pas la déshy­dra­ta­tion ar­ri­ver. Quand un or­ga­nisme est déshy­dra­té, le coeur a plus de dif­fi­cul­tés à tra­vailler cor­rec­te­ment.”

Quelles sont, dès lors, vos pre­mières pré­co­ni­sa­tions pour en­ta­mer cette lutte contre le froid ? “La pre­mière chose, c’est l’ha­bille­ment. Plus on va se pro­té­ger des at­teintes du froid et des dé­per­di­tions de cha­leur, moins l’or­ga­nisme de­vra pio­cher dans ses res­sources. At­ten­tion, il ne sert à rien de s’ha­biller plus, mais il faut mieux s’ha­biller. C’est une nuance qui compte car mieux vaut por­ter de fines couches de vê­te­ments syn­thé­tiques adap­tés, plu­tôt que d’em­pi­ler les vê­te­ments trop lourds et qui vont re­te­nir l’hu­mi­di­té.” En ma­tière de vê­te­ments de sport, les pro­grès sont là de­puis une di­zaine d’an­nées. Quel est, se­lon vous, l’ha­bille­ment idéal ? “Sur­tout ne pas uti­li­ser des vê­te­ments en co­ton qui fa­vo­risent l’hy­po­ther­mie en res­tant long­temps hu­mides ! Il convient au­jourd’hui de por­ter de la fibre syn­thé­tique, et je le dis, les col­lants couvrent une sur­face im­por­tante. En plus, j’y ajoute les gants évi­dem­ment mais aus­si le bon­net pour les sport où il est au­to­ri­sé.”

S ur l e pl a n mus­cu­laire à pré­sent, le dan­ger de casse est-il plus im­por­tant en hi­ver ? “Oui, c’est avé­ré. A froid et avec le froid, les muscles mais aus­si les ten­dons de l’en­semble du corps sont plus raides. Ils sont ain­si plus fa­ci­le­ment su­jets aux at­teintes. La sy­no­vie, le li­quide qui en­globe les ar­ti­cu­la­tions du corps, est moins abon­dant quand il fait froid et sur­tout moins fluide. Les ar­ti­cu­la­tions sont donc, comme on le dit dans le lan­gage com­mun, un peu plus rouillées. Les vais­seaux san­guins sont éga­le­ment im­pac­tés par tout phé­no­mène de froid, la va­so­cons­tric­tion est net­te­ment am­pli­fiée, ce qui conduit, de fait, à une ir­ri­ga­tion des muscles de moins bonne qua­li­té.”

“Trans­pi­rer pour éli­mi­ner : idée re­çue”

On en dé­duit donc qu’il faut plus s’échauf­fer, quel que soit le sport pra­ti­qué ?

“Il faut s’échauf­fer plus long­temps et pas for­cé­ment plus in­ten­sé­ment ! La pré­co­ni­sa­tion en gé­né­ral, c’est, d’un échauf­fe­ment de 30 mi­nutes, de pas­ser à un échauf­fe­ment de 45 mi­nutes com­plètes en pé­riode de froid. Autre chose es­sen­tielle, et là je parle pour les sports de plein air, il convient de s’échauf­fer à la tem­pé­ra­ture de pra­tique, au­tre­ment dit, ne sur­tout pas s’échauf­fer dans une salle si le match ou la course a lieu de­hors. C’est mal­heu­reu­se­ment ce que l’on voit de plus en plus. La ten­ta­tion est grande mais il faut ha­bi­tuer le corps à ce qu’il va su­bir au lieu de lui in­fli­ger un gros choc ther­mique en pas­sant d’une salle au grand air.”

Un mot éga­le­ment, et pas des moindres, sur la grippe et les dif­fé­rentes ma­la­dies de l’hi­ver : des me­sures sont à prendre, aus­si, dans ce re­gistre ?

“Je le dis et le ré­pète, vac­ci­nez­vous contre la grippe. Pour­quoi ? Parce que vos en­traî­neurs se­ront contents, pour ceux qui pra­tiquent des sports col­lec­tifs, ils n’au­ront pas quatre ou cinq ab­sents dans une même se­maine mais sur­tout, et c’est l’es­sen­tiel, parce qu’en cas de grippe, une fois gué­ri, il faut en­suite res­ter huit jours sans pra­ti­quer le moindre sport !”

Pour­quoi donc une telle re­com­man­da­tion ?

“Si la fièvre est su­pé­rieure à 38,5°, il ne faut pas de sport dans les huit

“Après une grippe, il faut res­ter 8 jours sans faire de sport”

jours après la fin d’un épi­sode grip­pal, il s’agit d’une re­com­man­da­tion im­por­tante des Car­dio­logues fran­çais du sport.

Je m’ex­plique : la fièvre fait aug­men­ter l’ac­ti­vi­té car­diaque de ma­nière trop éle­vée. Alors certes, les com­pli­ca­tions sont rares mais elles sont dra­ma­tiques, et il n’y a au­cune dif­fé­rence dans ce do­maine entre un spor­tif d’élite et un spor­tif ama­teur. Dans 10 à 20 % des cas, dans un épi­sode grip­pal, il y a ce qu’on ap­pelle une at­teinte myo­car­dique, une in­flam­ma­tion du myo­carde, le muscle du coeur. Le re­pos est donc né­ces­saire après toute in­fec­tion vi­rale car le corps a be­soin de mé­na­ge­ment pour se ré­ta­blir com­plè­te­ment.”

Se re­po­ser et re­prendre dou­ce­ment, tel est le leit­mo­tiv fi­na­le­ment ?

“To­ta­le­ment ! L’ac­ti­vi­té phy­sique qui éli­mine les toxines par la trans­pi­ra­tion est une idée re­çue, un non­sens même ! L’in­tense pra­tique ne fait qu’am­pli­fier la dis­sé­mi­na­tion du vi­rus dans l’or­ga­nisme.

Il faut sa­voir que le risque de bles­sure est mul­ti­plié par trois dans les quinze jours sui­vant une agres­sion vi­rale.”

Quel que soit le sport pra­ti­qué, les bles­sures de l’hi­ver sont po­ten­tiel­le­ment pré­vi­sibles. Tout un ar­se­nal de dis­po­si­tions est ré­ser­vé à cette époque de l’an­née.

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